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Faits divers – Justice

Quinze ans de réclusion criminelle pour l'homme qui avait provoqué l'explosion de la rue Pierre-Palliot à Dijon

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Par , France Bleu Bourgogne, France Bleu

Le 16 septembre 2016, une formidable explosion détruisait un immeuble, 15 rue Pierre-Palliot à Dijon. Par miracle, personne n’était tué, mais on déplorait 13 blessés, dont Yves Naudé. Ce quinquagénaire venait de tenter de se suicider au gaz. Un acte qui lui vaut 15 ans de réclusion criminelle.

La cour d'assises avant l'audience
La cour d'assises avant l'audience © Radio France - Jacky Page

Dijon, France

La matinée de cette dernière journée de procès devant la cour d'assises de la Côte-d'Or a été consacrée aux plaidoiries des avocats des parties civiles. Dans ce procès hors-normes, une cinquantaine de parties civiles étaient représentées. On y trouve pêle-mêle des propriétaires qui louaient un logement anéanti par l’explosion, des étudiants qui occupaient un studio, certains blessés, d’autres pas. Des locataires, souvent malmenés, « cabossés » par la vie, comme l’a dit pour l’un d’entre eux Maître Bruno Nicolle. 

Quand une victime culpabilise

Des personnes divorcées, seules, vivant dans de petits appartements, autour de ce qui a été décrit comme une « cour des miracles ». Dont Angélique, dont s’était follement épris Yves Naudé. Ces deux-là passaient beaucoup de temps ensemble. Pour elle, c’était une simple amitié, pour lui, c’était l’espoir qu’elle l’aimerait un jour. 

Éconduit, l’homme ne l’avait pas supporté, jusqu’à ce fatidique 16 septembre 2016. Étonnamment,  Angélique, pourtant elle-même fortement traumatisée par l’explosion, se sent coupable. Son avocate, Maître Murielle Dumont, explique ce que ressent sa cliente : si Yves Naudé n’avait pas été amoureux d’elle, tout cela ne serait pas arrivé. Par ce procès, dit l’avocate, « Angélique attend d’être libérée de cette culpabilité qui ne lui appartient pas ».

La dignité des victimes

Maître Jean-Philippe Morel représente quant à lui dix parties civiles, parmi lesquelles Sabine, la plus cruellement blessée par l’explosion. Son pronostic vital avait été un moment engagé. Sa jambe gauche avait été déchiquetée. Après de nombreuses opérations, il avait fallu se résoudre à l’amputer neuf mois plus tard. Au procès, elle a témoigné de ses souffrances, de son traumatisme, de son incapacité désormais à se projeter dans l’avenir, tirant quelques larmes à Yves Naudé,  jusque-là impassible. 

Les victimes ont montré une dignité à toute épreuve, ainsi qu’une forme d’empathie pour l’accusé. _« Les victimes nous ont donné une très belle leçon de vie »_, souligne Maître Morel. « Elles ne sont pas dans la vengeance, elles sont simplement aujourd’hui dans la réparation, dans la compréhension et dans la reconnaissance de leur statut, pour faire le deuil, tourner la page et continuer de vivre ».

Une peine de 12 années de réclusion criminelle requise

L’avocat général, Christophe Aubertin, commence son réquisitoire par un constat : personne n’aurait pu imaginer qu’une peine de cœur allait provoquer chaos et désolation. Puis il enchaîne avec une question : «  Peut-on blâmer un homme dépassé par ses sentiments, et qui a fait le choix de mourir ? »  Cela dépend des intentions d'Yves Naudé au moment où il a allumé son briquet, dans son appartement où il avait ouvert deux grosses bouteilles de gaz. Et pour Christophe Aubertin, les mauvaises intentions de l'accusé ne font pas de doute. 

_"Je ne peux pas croire qu'il ait cru qu'il n'allait faire sauter que son appartement"_, lance-t-il, après avoir retracé le parcours d'Yves Naudé, son amour fou pour une voisine qui l'éconduit, son sentiment d'humiliation, son ressentiment, sa rancune qui se traduit par des formules menaçantes dans des SMS. 

Et puis cette semaine où tout a basculé, où il s'est tailladé les veines, en est venu aux mains avec une jeune voisine, et cette phrase, "vous allez me le payer", avant finalement de tout faire sauter. Quant à l'altération du discernement évoquée par le psychiatre, l'avocat général n'y croit guère. Il réclame une peine de 12 ans de réclusion criminelle.

Un verdict plus lourd

Pour la défense d’Yves Naudé, Maître Aurélie Champenois s’emploie à casser l’image de « roi de la cour », de tyran colérique dépeinte par moments dans ce procès. Elle cite les témoignages de proches et de voisins de l’accusé, qui le décrivent comme serviable, gentil, naïf. Jusqu’à cette semaine où il a sombré dans la violence. 

Maître Champenois invite les jurés à ne pas le juger sur quelques jours de sa vie, mais avec l’intégralité de sa personnalité. Et de rappeler l’expertise psychiatrique, selon  laquelle l’accusé a une personnalité de type psychotique s’apparentant à la paranoïa. L’avocate demande de retenir l’altération du discernement au moment des faits. 12 ans de réclusion criminelle pour un dépressif paranoïaque, cela lui paraît excessif.

Ce sera pire. La cour condamne Yves Naudé à 15 ans de réclusion criminelle, tout en reconnaissant l’altération de son discernement. Un verdict assorti d’un suivi socio judiciaire de 6 ans avec injonction de soins pour sa paranoïa. Le condamné a 10 jours pour interjeter appel s’il le souhaite.