Faits divers – Justice

18 ans de réclusion criminelle pour Johan Smith, ce père qui avait tenté d'assassiner sa fille à Talence

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde samedi 17 octobre 2015 à 7:00

La Cour d'Appel de Bordeaux
La Cour d'Appel de Bordeaux © Maxppp

Il comparaissait pour tentative d'assassinat sur sa fille, 2 ans et demi à l'époque. A l'issue de ce procès qui aura duré trois jours, il écope finalement de 18 ans de réclusion criminelle assortis d'une peine de sûreté de 12 ans. Il lui est aussi interdit de séjourner en Gironde pendant dix ans.

C'est une affaire sensible qui était présentée aux juges et jurés de la Cour d'Assises de Bordeaux cette semaine. Celle d'un homme qui a tenté d'assassiner sa fille, pour se venger de son ex-compagne qui venait de lui annoncer sa volonté de le quitter. Les faits remontent au mois d'avril 2012: l'homme de 33 ans, alcoolisé "voit rouge"et saute littéralement au cou de sa fille de 2 ans et demi, il blesse au passage son ancienne compagne, le frère et les parents de cette dernière qui s'étaient interposés pour le maîtriser. L'accusé, alcoolique et dépressif à l'époque, est sujet à de "sérieux soucis psychologiques" selon sa propre mère.

La thèse de la préméditation 

A-t-il oui ou non prémédité son acte ? C'est une question qui a largement occupé le procès puisque le jour des faits, il était non seulement très alcoolisé (plus de 2 grammes d'alcool dans le sang) mais il détenait surtout dans sa poche une arme blanche, un couteau papillon plus précisément, qui est devenu un des éléments constitutifs de la préméditation qui lui est reprochée. Pour l’avocat général Eric Seguin, « son mobile, c’est faire souffrir à perpétuité celle qui a voulu le quitter. Et sa fille n’était qu’un objet dans l’enjeu de son pouvoir. »

La thèse de la préméditation est en revanche décriée par les avocats de la défense: « on n’échafaude pas un plan dans l’alcool » a martelé Maître Alexandre Novion. « La violence n’est pas une seconde nature chez lui, il fait partie de ces accusés qui ne viennent qu’une seule fois en Cour d’Assises ». Il a ensuite rappelé lors de sa plaidoirie que l’alcool était au cœur de cette affaire: « ce n’est pas une excuse bien sûr, mais c’est un remède à son angoisse, sa mélancolie, sa souffrance, il s’agit d’un geste désespéré » a-t-il soutenu.

Qu’il aille en prison, c’est normal, il a quand-même blessé sa fille. Mais pas pour un aussi long moment, c’est injuste 

— la mère de l'accusé

La mère de l’accusé – qui a fait le déplacement de la Réunion pour assister au procès de son fils – qualifie le verdict de « scandaleux ». « Mon fils a besoin de soins psychiatriques, ce n’est pas la prison qui règlera son problème », a-t-elle assuré. « Aujourd’hui, c’est surtout à ma petite-fille que je pense. Cela fait maintenant trois ans et demi que je ne l’ai pas vue, j’espère qu’elle ne sera pas élevée par sa mère dans la haine de son père. »

La petite fille a aujourd’hui 5 ans et demi, elle garde des séquelles de cette plaie, notamment une cicatrice sur le front. L’accusé ne dispose désormais plus de droits parentaux sur sa fille, sur décision du Juge aux affaires familiales.

Il risquait la perpétuité, l'avocat général réclamait 20 ans de réclusion criminelle, il a finalement écopé de 18 ans

Pour Maître Alexandre Novion, l'un des avocats de la défense, cette décision est satisfaisante: "pour nous, ce qui était vraiment important, c'est de convaincre que l'accusé était à demi responsable, son discernement était altéré, un fait qui a été très contesté lors des débats. Au final, même si la peine parait lourde, c'est une satisfaction de savoir que nous avons convaincu concernant cette altération de l'état mental dans cette affaire d'une très lourde gravité sur le plan symbolique. C'est extrêmement rare, un père s'en est pris à sa fille. Dans ces affaires-là, la plupart du temps, le jury se montre impitoyable parce que l'on porte atteinte au symbole de l'innocence même, l'enfance. La dimension symbolique est énorme."

Maître Alexandre Novion, l'un des avocats de la défense

Pour l'avocate de la partie civile, Maître Julie L'Hospital, "la justice a été rendue, même si cela est difficilement acceptable pour les victimes, surtout dans ce genre de cas, la peine ne sera jamais à hauteur de leur souffrance. La période de sûreté a été prononcée alors qu'elle n'avait pas été requise par le parquet, elle a aussi son symbolisme. Ces éléments devraient permettre à la famille de la victime d'avancer. C'est une décision dont il va falloir prendre acte, afin de construire l'avenir."

Maître Julie L'Hospital, l'avocate de la partie civile

Johan Smith est retourné dès la fin de son procès à la maison d’arrêt de Gradignan, où il est détenu depuis 2012. Il dispose désormais de 10 jours pour décider d’un éventuel appel.