Faits divers – Justice

Dix-huit mois de prison avec sursis requis contre le Dr. Gujadhur pour homicide involontaire

Par Gérard Fourgeaud, France Bleu Isère mercredi 9 novembre 2016 à 0:59

Palais de Justice de Grenoble
Palais de Justice de Grenoble © Radio France

La Justice reproche à ce médecin psychiatre d'avoir laissé sortir, sans contrôle, Jean-Pierre Guillaud, un schizophrène récidiviste qui allait assassiner en 2008, Luc Meunier, un étudiant de 26 ans, choisit au hasard sur un trottoir du cours Berriat, en plein centre de Grenoble.

Le centre hospitalier Alpes-Isère de Saint-Égrève et le Dr. Gujadhur, médecin psychiatre, comparaissaient mardi à Grenoble devant le tribunal correctionnel pour "homicide involontaire". Ils étaient en charge de Jean-Pierre Guillaud, 56 ans, schizophrène, alors hospitalisé en psychiatrie, quand le 12 novembre 2008, cet homme a fugué puis poignardé au hasard Luc Meunier qui marchait cours Berriat à Grenoble. Cet étudiant de 26 ans succombera à l'époque aux coups de couteau.

100.000 euros d'amende avec sursis, dix-huit mois d'emprisonnement avec sursis

Le Parquet a requis 100.000 euros d'amende avec sursis contre l’établissement psychiatrique de Saint-Égrève pour un enchaînement de manquements et d'omissions qui permettaient aux malades de sortir sans contrôle même s'il n'avait pas le droit. Dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis ont été requis à l'encontre du praticien. Le tribunal correctionnel qui les a jugé mardi après-midi, rendra son jugement le 14 décembre. Il devra trancher entre les arguments développés par les parties.

Me Gerbi au nom des parties civiles a fait un travail de procureur

Il entendait des voix

Pour Me Hervé Gerbi, avocat de la famille de Luc Meunier, il ne fait aucun doute que la mort de ce dernier, poignardé au hasard cours Berriat à Grenoble, le 12 novembre 2008, ne serait pas produite si le Dr. Gujadhur avait correctement fait son travail auprès de son malade schizophrène paranoïaque qui répétait depuis plusieurs jours avant le drame que des voix lui demandaient de se suicider ou de tuer quelqu'un. Entre 1995 et 2008, il avait déjà tenté de tuer cinq personnes.

"Qu'aujourd'hui on dise qu'un médecin est responsable pénalement de ses actes, c'est à la mesure du dossier"

— Me Hervé Gerbi, avocat de la famille de Luc Meunier

L'accusation de Me Gerbi

Pour Me Balestas, l'avocat du Dr Gujadhur, au contraire, ce dernier ne pouvait pas prévoir ce qui s'est passé.

"La difficulté de la psychiatrie c'est effectivement son incertitude (...). Il n'y avait aucune prévisibilité du passage à l'acte de monsieur Guillaud"

— Me Balestas, avocat du Dr Gujadhur

La défense de Me Balestas

Le directeur de l'hôpital a présenté ses excuses à la famille

Dans les huit années passées depuis la mort de Luc Meunier, le Parquet avait essayé trois fois de clore le dossier sans jugement. Mardi soir, Olivier Nagabbo, procureur adjoint de la République, a suivi l'avocat de la famille, Me Gerbi qui pendant 1h15, durée inhabituelle pour les parties civiles, a soutenu la thèse de la responsabilité du médecin et de l’hôpital.

Moment émouvant, le directeur de l'hôpital a présenté ses excuses à la famille, visiblement touchée. Pendant ce temps, Jean-Pierre Guillaud, le meurtrier irresponsable est enfermé dans une Unité pour Malades Difficiles. Il a été indiqué pendant l'audience qu'il en ressortirait un jour.