Faits divers – Justice DOSSIER : L'accident du TGV Est à Eckwersheim

Déraillement d'un TGV à Eckwersheim : "Je ne ferai jamais le deuil" témoigne la mère d'une victime

Par Yassine Khelfa M'Sabah, France Bleu Alsace, France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu Elsass, France Bleu Mayenne et France Bleu lundi 13 novembre 2017 à 20:54 Mis à jour le mardi 14 novembre 2017 à 12:07

Il s'agit du premier accident mortel dans l'histoire du TGV
Il s'agit du premier accident mortel dans l'histoire du TGV © Maxppp - PHOTOPQR/L'ALSACE

Ce mardi 14 novembre, les proches des victimes de la catastrophe d'Eckwersheim vont se recueillir sur les lieux du drame. Il y a deux ans, la rame d'essai d'un TGV avait déraillé, provoquant la mort de 11 personnes. Le PDG de la SNCF Guillaume Pépy sera présent à cette cérémonie.

Le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris, la rame d'essai du TGV 744 déraille à Eckwersheim et fait 11 morts et 42 blessés. C'est le premier accident mortel d'un TGV en France.

Les familles toujours sous le choc

Cette rame d'essai devait tester à l'époque un tout nouveau tronçon de 100 km pour réduire de 2h20 à 1h50 le trajet entre Strasbourg et Paris. À son bord : 53 passagers, des salariés du groupe ferroviaire et de sa filiale Systra, chargée de superviser les essais. 19 personnes étaient des invités, parfois même des enfants. Parmi les onze victimes, Jérémy Landais 28 ans, un jeune expert en dynamique ferroviaire pour la SNCF. Sa mère Christine Landais, assistante en ressources humaines en Mayenne, est toujours sous le choc.

C'est un manque énorme, je ne ferai jamais le deuil. On a eu une vie jusqu'au 14 novembre 2015 et là on vit parce qu'il faut vivre.

Où en est l'enquête ?

Deux ans après, l'enquête de la section de recherches de la gendarmerie avance. Dans les faits, le rapport final du BEA sur l'accident confirme un freinage tardif et des erreurs d'appréciation de la part de l'équipage. Le TGV d'essai circulait à 265 km/h à l'entrée de la courbe située en amont de l'accident, au lieu des 176 km/h requis. Cette expertise est insuffisante pour Arthur Mary, le frère de Fanny. Âgée de 25 ans, il s'agit de la plus jeune des victimes à bord. Elle accompagnait son petit ami qui travaillait à l'époque pour Systra. "Nous sommes très mécontents de lire dans le rapport des experts que des données importantes ont disparu, notamment les données contenues dans les enregistreurs, indispensables pour savoir si le train a pu résister à ces vitesses" déplore Arthur Mary.

La SNCF et Systra sont jugées responsables du drame dans les conclusions de l'enquête judiciaire. Les entreprises sont convoquées devant un juge les 18 et 20 décembre prochain en vue d'une possible mise en examen.

L'instruction avance. Un des avocats des parties civiles, l'alsacien Claude Lienhard, est confiant.

On aura probablement le casting complet de tous les responsables : les personnes morales qui auraient dû superviser, les personnes qui auraient dû se rendre compte des limites de leurs compétences.

"Un éventuel procès serait satisfactoire pour les familles" poursuit Me Lienhard. En effet, "quand il y aura un jugement, il sera plus simple d'avancer" nous confie Nicolas Heury, habitant de Sarrebourg qui travaille dans la capitale alsacienne. Ce dernier a perdu son père dans l'accident, Daniel Heury, un contrôleur qui a travaillé 36 ans au sein de la SNCF.