Faits divers – Justice

Yonne : le procès des deux gendarmes accusés de harcèlement sexuel renvoyé à février 2016

Par Denys Baudin et Renaud Candelier, France Bleu Auxerre et France Bleu mercredi 14 octobre 2015 à 19:55 Mis à jour le jeudi 15 octobre 2015 à 15:52

des gendarmes jugés pour harcèlement sexuel sur une de leur collègue
des gendarmes jugés pour harcèlement sexuel sur une de leur collègue - Renaud CANDELIER

Les faits remontent à 2012 et 2013. Les deux gendarmes, gradés, âgés de 36 et 37 ans, auraient multiplié les propos tendancieux et les propositions explicites. Ils comparaissent ce jeudi à Paris. L'un des deux sera également jugé pour avoir supposément pointé son arme de service sur la jeune femme.

Les parties voulaient toutes que le procès ait lieu, mais le magistrat en charge du dossier a préféré renvoyer l'audience au 2 février 2016. Le magistrat en charge de l'affaire à Paris ce jeudi était en effet en poste à Sens, dans le nord de l'Yonne, au  moment des faits. Ayant ordonné des commissions rogatoires exécutées par les prévenus, il a souhaité "qu'aucun élément ne fasse douter de son impartialité". C'est donc un autre magistrat qui présidera la prochaine audience.

Les deux gendarmes de la brigade de Joigny (Yonne) devaient être jugés à Paris ce jeudi pour harcèlement sexuel envers une collègue de 26 ans, entre octobre 2012 et novembre 2013. Les deux militaires étaient en position d'autorité sur la victime, ce qui pourrait constituer une circonstance aggravante. L'un était adjudant, l'autre maréchal des logis. La victime, simple gendarme avait aussi 10 ans de moins. Ils risquent trois ans de prison et 45.000 euros de réparation.

Lors des auditions, les deux militaires ont reconnu leur goût pour les blagues salaces ainsi que des propos à caractère sexuel, mais qui selon eux relevaient de la "plaisanterie". L'un des avocats va d'ailleurs plaider la relaxe. La victime, elle, a rapporté une longue liste de faits : des gémissements suggestifs dans les couloirs, des mains posées sur l'épaule ou la hanche et des propositions sexuelles sans ambiguïté.

Un tabou lourd au sein de l'armée

La victime a eu du mal à se faire entendre. Au départ, ses supérieurs ont refusé  de prendre toute sa plainte, minimisant certains faits. Ils lui ont rappelé aussi que cette plainte risquait de nuire à sa carrière. Quant elle a pris un avocat, l'armée ne lui a octroyé que 500 euros d'aide juridique, alors que le coût de la procédure est de plusieurs milliers d'euros. Elle a finalement eu gain de cause devant le tribunal administratif.

La jeune gendarme vient d'être convoquée en procédure disciplinaire dans la région pour s'expliquer à nouveau en interne, ce qui, selon une personne proche du dossier, pourrait s'apparenter à une pression de la part de sa hiérarchie. Depuis que cette affaire a été révélée, le groupement de gendarmerie de l'Yonne a créé un poste de référente chargée des personnels féminins. Son rôle est de veiller à éviter les discriminations.

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