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Faits divers – Justice

Trois ans de prison requis pour des soupçons d'abus de faiblesse et de vol avec violence sur un ancien maire de Chimilin

mercredi 7 novembre 2018 à 19:15 Par Céline Loizeau, France Bleu Isère

La victime est Maurice Mazard, maire de Chimilin de 1959 à 1977 et ex directeur d'un atelier de tissage. A la barre, un couple de retraités, recruté pour veiller sur lui. L'homme étant très affecté après le décès de son épouse. Le couple conteste les faits. Le jugement sera rendu le 18 décembre.

Le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu rendra sa décision le 18 décembre.
Le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu rendra sa décision le 18 décembre. © Radio France - Jacky Page

Chimilin, France

Trois ans de prison dont la moitié avec sursis et obligation d'indemniser les victimes, c'est la peine demandée ce mercredi matin par la procureure de la République de Bourgoin-Jallieu à l'encontre d'un couple. 

La femme, aujourd'hui âgée de 78 ans, et son époux de 76 ans étaient poursuivis pour des faits d'abus de faiblesse entre novembre 2009 et fin juillet 2010, ainsi que pour un fait de vol avec violence le 22 juillet 2010. La victime est Maurice Mazard, alors âgé de 92 ans. Il est décédé depuis. Il fut maire de Chimilin de 1959 et 1977 et connu pour avoir été aussi chef d'entreprise 

Au décès de son épouse en 2007, Maurice Mazard tombe en dépression. Sa famille recrute alors un couple, recommandé par une connaissance, pour veiller sur lui. Tous deux sont retraités et cherchent un complément de revenus. 

Elle fut aide-soignante. Lui a travaillé dans le domaine de la sécurité notamment. Le profil idéal en somme. Un logement, situé dans la vaste propriété à quelques mètres de la maison de la victime, est mis à leur disposition gratuitement. Et la dame reçoit 350 euros tous les mois pour s'assurer que tout va bien.

Les comptes des uns et des autres analysés

Sauf qu'au fil des mois, les relations familiales se détériorent. Pour le ministère public comme l'avocat des parties civiles, le couple isole au fil du temps le nonagénaire des siens. "Il était devenu un pantin entre les mains du sang froid de Madame et celles au sang chaud de Monsieur", pour Me Eymeric Molin, l'avocat des deux filles et des deux petits-enfants de M.Mazard. Il était "comme un père", rétorque le prévenu, pour qui dans cette affaire on a été "cherché la petite bête de partout."

Le couple amène Maurice Mazard acheter de l'alcool, lui qui pourtant à des soucis d'addiction. "On le pousse dans son vice, dans son supplice", pour Dietlind Baudoin, la procureure. Celle-ci relève aussi que les dépenses de M.Mazard "explosent" d'un seul coup : "plus de 40 mille euros entre janvier et juillet 2010, étrange pour un homme de 92 ans. Il y a des achats dans une boutique de vêtements féminins." 

Dans le même temps, la situation financière délicate du couple, elle, s'améliore. Le couple connaissait le code de sa carte bancaire."M.Mazard ne s'en souvenait pas", affirme la prévenue. Il y a aussi à compter du printemps 2010, ces soudains changements en matière de testaments. Un lègue de 93.000 euros est ainsi promis au couple. 

Une chute juste après le retrait de 31.000 euros en liquide

Puis, il y a cette chute dans l'escalier, le 22 juillet 2010, le lendemain d'un retrait de 31.000 euros en liquide par la victime. Retrait dont le couple était au courant ayant conduit M.Mazard à la banque. Cet argent, le couple a longtemps nié l'avoir eu entre les mains. Confronté aux écoutes téléphoniques et à l'analyse de leurs relevés de compte, le couple reconnaît finalement l'avoir. 

Lors des écoutes, la prévenue dit à sa fille que "pour le reste, ils ne peuvent rien prouver". "Le reste, c'est quoi ?", demande Marie-France Bay-Renaud, la présidente. A la barre, la prévenue hésite, parle de "tableaux" puis s'emporte : "vous voulez dire qu'on a voulu le tuer?"

Le soir du 22 juillet, Maurice Mazard a-t-il été victime d'une chute -comme l'affirme le couple- ou d'un acte de violence - comme en est convaincue sa famille ? S'il y a de nombreux éléments troublants -on ne saura jamais, par exemple, pourquoi le couple a mis plus d'une heure a alerté les secours- la procureure reconnaît "n'avoir aucune certitude." En revanche, pour elle, l'abus de faiblesse est clairement caractérisé. Elle parle de "la poule aux œufs d'or dont on profite." Elle demande au tribunal de reconnaître le culpabilité du couple et de condamner l'un et l'autre à trois ans de prison, dont la moitié avec sursis.

Pour Me Leïla Djebrouni, l'avocate des deux prévenus, sur le fait de vol avec violence du 22 juillet 2010, on est dans "l'hypothèse". Elle demande la relaxe au bénéfice du doute. Même chose pour l'abus de faiblesse. 

Pour elle, ses clients sont des "gens braves qui aimaient M. Mazard, pas des machiavéliques". Même si des expertises parlent d'une victime vulnérable, influençable de par son âge et un début de maladie, pour elle, "c'était un homme fier, autoritaire, il ne donnait pas s'il ne voulait pas. Il voulait ainsi les remercier. Ce n'est pas quelqu'un à qui on faisait une affaire par derrière." Et de souligner au passage, à ses yeux, une faible rétribution pour une présence quotidienne auprès de Maurice Mazard.

Le jugement sera rendu le 18 décembre. Après les faits du 22 juillet 2010, Maurice Mazard a été hospitalisé quelques semaines, puis a vécu en maison de retraite. Il est décédé en novembre 2011, à l'âge de 93 ans.