Faits divers – Justice

Cour d'assises du Loiret : quatre ans de prison pour avoir tiré sur son ami

Par Anne Oger, France Bleu Orléans vendredi 16 septembre 2016 à 10:50

Mohamed El Mossaoui a été incarcéré à l'issue du verdict
Mohamed El Mossaoui a été incarcéré à l'issue du verdict © Radio France - Luc Barre

La Cour d'assises du Loiret a condamné Mohamed El Mossaoui à 4 ans de prison. Le 29 septembre 2012, dans un appartement de la Source à Orléans, il avait tiré sur son ami Hassan. Leurs trois copains, également jugés, sont condamnés à 6 mois de prison, des peines aménageables

Hassan n'en veut pas à ses amis. Aux policiers venus l'interroger quand il est sorti du coma, plusieurs jours après le drame, il a même dit "c'est grâce à eux si je suis encore en vie". Pourtant c'est bien son copain, son "meilleur ami" (c'est ce que dit Mohamed El Mossaoui), qui a tiré ce jour-là, après une soirée pendant laquelle ils avaient tous les 5 beaucoup bu et beaucoup fumé de cannabis. Une balle dans la tête, tirée "sans faire exprès", parce que Mohamed, surexcité par l'alcool, par le sentiment de toute puissance que lui donnait cette arme entre les mains, avait fini par appuyer sur la détente. Oui, par appuyer, le coup n'est pas parti tout seul, ça c'est certain et c'est ce que confirme l'expert en balistique.

Nous sommes une famille à l'agonie, nous avons eu beaucoup de difficulté avec les administrations, personne ne nous aide, et Hassan, on dirait qu'il n'en veut pas de cette vie

Mais ses copains, Mohamed et deux autres, ont conduit Hassan à l'hôpital de la Source tout proche. L'un d'eux avait bien commencé par appeler les pompiers, mais il était tombé sur Police Secours, et il avait raccroché. Affolé par le mot "police", ou parce qu'il avait été mis en attente, on ne sait pas. On ne sait pas non plus si ce transport, sur la banquette arrière d'une voiture, a sauvé la vie d'Hassan ou a aggravé son état, le médecin légiste assure qu'on ne peut conclure ni l'un ni l'autre. Ce qui est sûr, c'est qu'Hassan est en vie, 4 ans après. "Mais cette vie, on dirait qu'il n'en veut pas" raconte son frère à la barre. Un frère dévasté par le chagrin, pilier d'une famille aujourd'hui "à l'agonie". "Dans le quartier les gens le voient comme un monstre, même mes filles, quand il vient à la maison, elles se cachent, elles ont peur de mon frère". Parce qu'Hassan est défiguré, la balle a fracturé la base du crâne, de l’œil droit à l'oreille gauche. "A la maison il a cassé tous les miroirs, il ne veut pas se voir" confie son mère en arabe. "Et il a tenté de mettre fin à ses jours plusieurs fois, vous savez. Un jour au Maroc, on l'a perdu une journée, on l'a retrouvé entièrement dénudé. Une autre fois il a tenté de se jeter d'une falaise. Et quand il marche dans la rue, c'est au milieu des voitures, pas sur le trottoir".

La justice, et la morale

"Et ceux qui se disaient ses amis, ils ne sont pas là" déplore l'avocate de la maman, Me Nadia Echchayb. "Personne n'est là pour soutenir la maman, pour l'accompagner aux rendez-vous médicaux".

Maitre Nadia Echchayb l'avocate de la mère d'Hassan

"Ça c'est la morale", répond l'avocate de Mohamed El Mossaoui, "ça n'est pas la justice" plaide Me Gaëlle Duplantier. "Mon client est rongé par la culpabilité, mais son contrôle judiciaire lui interdit de voir la victime".  "Depuis le début il assume ce qu'il a fait, il est resté à l'hôpital après avoir amené Hassan".

Maitre Gaëlle Duplantier l'avocate de Mohamed El Mossaoui

Ce ne sont pas de mauvais garçons, mais sans doute ne nous ont-ils pas encore dit toute la vérité au cours de ce procès. Ils prétendent tous ne rien y connaître aux armes, mais lui sait charger un pistolet, eux savent vider un chargeur

L'avocat général, Luc Belan, prend soin dans ses réquisitions, de redonner sa qualification exacte au crime dont Mohamed El Mossaoui est accusé : des violences avec armes, "dont il n'a pas souhaité le résultat". Un crime passible de 15 ans de prison, "moins qu'un meurtre, moins qu'un assassinat". Ce sera donc 4 ans de prison pour lui, l'accusation en avait requis 6. Pour les trois autres accusés, il requiert 9 mois de prison. Les jurés de la cour d'assises prononcent des peines de 6 mois, qui seront aménageables.

Parce que tous, dans cette affaire, ont eu un comportement inadapté, tout le monde en convient, entre celui qui, après le tir met ses chaussures et qui rentre chez lui, "tranquillement" dit l'avocat général. Et ceux qui reviennent dans l'appartement, prennent l'arme "comme dans les Experts Miami", vident le chargeur, l'enterrent dans une forêt de Sologne, se réfugient à Bourges, puis reviennent le lendemain, pour se rendre au commissariat de la Source. Eux sont condamnés pour modification d'une scène de crime de nature à faire obstacle à la manifestation de la vérité. "Ils peuvent, tous les 4, avoir une deuxième chance" conclut l'avocat général. "Même si, c'est vrai, de deuxième chance, Hassan lui, n'en aura pas"...

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