Faits divers – Justice

Cinq ans avec sursis pour une mère qui a tué sa fille handicapée

Par Brigitte Hug, France Bleu Armorique, France Bleu Breizh Izel et France Bleu mercredi 16 septembre 2015 à 0:28

Laurence Nait Kaoudjt et son avocat, Me Eric Dupont-Moretti
Laurence Nait Kaoudjt et son avocat, Me Eric Dupont-Moretti - Brigitte Hug

Laurence Nait Kaoudjt était accusée d'avoir étranglé sa fille lourdement handicapée, en mai 2010, à Saint Malo. La cour d'assises d'Ille et Vilaine a suivi mardi soir les réquisitions du parquet soit cinq ans de prison avec sursis.

Le procès de Laurence Nait Kaoudjt s'est achevé, mardi soir, avec ses larmes et ses cris de colère. "Vous n'avez rien compris, c'était un geste d'amour. Vous n'avez pas de coeur", a lancé l'accusée aux jurés, "Je vous regarde droit dans les yeux. Si je me suicide, vous aurez ma mort sur la conscience".

L'accusée s'est expliquée calmement auparavant: "Ma fille, c'était un prolongement de moi. Nous étions la même personne. J'avais décidé que nous allions partir ensemble toutes les deux. J'ai appelé ça le grand voyage". Elle a continué: "J'étais exténuée. Je ne voyais plus l'avenir".  Et puis, en sanglots, la mère a raconté  comment, le 22 août 2010, elle a mis fin aux jours de Méline. Elle a raconté la messe, les pâtisseries, la dernière promenade avec sa grand-mère,  puis le somnifère et l'anti-douleur "pour qu'elle n'ait pas mal" et comment elle a étranglé sa fille avec une écharpe. "J'ai dit : Méline, c'est Maman qui t'aime. J'ai dit : Seigneur, prenez mon enfant". Après, elle a préparé sa fille. "_Je lui ai mis ses petits doudous qu'elle aimait, une croix et je l'ai embrassée et puis je me suis occupée de mo_i". Alors, elle a avalé un tube de Lexomil, et s'est tranché les veines. Mais elle s'est réveillée le lendemain.

L' avocat, Me Eric Dupond-Moretti, a décrit qui était cette petite fille: "C'était un cerveau dégradée, un corset, un gémissement continu, d'autant plus insupportable qu'on n'en connaissait pas la cause". "Oui, cette mère a tué sa fille, a déclaré le défenseur en s'adressant aux jurés, mais des experts vous ont dit qu'elle n'avait pas d'autre choix. C'était une peau pour deux, elles ne faisaient qu'une". Et il a poursuivi :"Je vous supplie de l'acquitter. Etes-vous sûrs que vous auriez agi autrement?"

Mais la cour a suivi les réquisitions de l'avocat général, Yann Le Bris. "Si on est là tous, surtout l'accusée, c'est parce qu'il y a une petite fille qui est morte. Vous ne devez pas l'oublier. Ce n'est pas uniquement une handicapée. Cette petite fille, elle souriait, elle aimait faire du poney, bien sûr  pas toute seule, elle aimait la musique, elle était heureuse". Pour lui, Laurence Nait Kaoudjt est coupable d'avoir tué sa fille handicapée. "N'y avait-il pas d'autre solution que d'étrangler cet enfant ? Je représente la société et je dis : on n'étrangle pas une petite fille".