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500 enseignants réunis à Chambéry, un livre à la main, en hommage au collègue décapité

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Par , France Bleu Pays de Savoie

Le rassemblement spontané a été lancé en quelques heures sur les réseaux sociaux. Une petite foule très émue et déterminée s'est réunie ce samedi après-midi, devant un lycée, en plein centre de Chambéry (Savoie).

Un livre tendu contre l'obscurantisme
Un livre tendu contre l'obscurantisme © Radio France - Christophe Van Veen

La place était pleine, vers 15 h, ce samedi, devant le lycée Vaugelas. Le choc et la douleur sont immenses. 500 enseignants de Savoie se sont réunis spontanément, en ce premier jour de vacances scolaires,  devant le lycée de Chambéry, tous "armés" d'un livre à la main pour lutter contre les forces de l'obscurantisme. 

"Le savoir implique de monter au front. Un de nous est tombé. On ne se soumettra pas." - Jean-Paul professeur

Pendant une minute de silence, les enseignants ont tendu chacun un livre symbole de la liberté de penser et d'enseigner, quelques heures après l'attentat islamiste qui a coûté la vie à leur collègue des Yvelines.

Jean-Paul qui a lancé l'idée de ce rassemblement
Jean-Paul qui a lancé l'idée de ce rassemblement © Radio France - Christophe Van Veen

Le mouvement est parti d'enseignants du Lycée du Granier, à la Ravoire , près de Chambéry. Jean-Paul ne pouvait pas passer sous silence sa détermination. Sans haine. " Beaucoup d'émotion, peu de colère et tout de suite après beaucoup de détermination. On veut exprimer l'absolue nécessité de se battre pour le savoir. La culture, c'est la face à paillettes. Le savoir, c'est un peu plus aride, et cela implique de monter au front. L'un de nous est tombé." 

Le professeur demande à la Nation, aux Républicaines et aux Républicains, de protéger, de soutenir ces enseignants" qui ne baisseront pas les bras. On ne se soumettra pas." 

Il est venu avec "Matin Brun", fable de Franck Pavloff, un auteur Isérois : "Il raconte comment dans un pays qui s'endort, les petites polices de la pensée sournoise vous privent de libertés." 

Jean-Paul : "On ne se soumettra pas."

L'affluence a réconforté les enseignants
L'affluence a réconforté les enseignants © Radio France - Christophe Van Veen

Relayée sur les réseaux sociaux par les syndicats enseignants, la mobilisation était au rendez-vous. Elle réconforte Isabelle : "Cela prouve que nous sommes plus nombreux que ces gens isolés qui commettent des actes atroces, démentiels." 

Professeure d'Histoire-Géographie, comme Samuel Paty, Isabelle est touchée par ce drame dans sa chair, dans sa pratique. "L'Histoire-Géographie est une matière passionnante. Ah non ! Elle ne doit pas devenir une matière dangereuse. Comment préserver notre liberté d'enseigner ? Cela fait peur et en même temps il faut rester optimiste. La France est un pays où on peut dire les choses."  

"On est plus nombreux que les gens isolés qui commettent des choses atroces. La France est un pays où on peut dire les choses." - Isabelle professeure d'Histoire-géographie

Marlène, enseignante des sciences de la vie et de la Terre, à Bourg-Saint-Maurice en Tarentaise, a fait le déplacement dans la ville-préfecture de Savoie. Elle porte sous le coude le numéro de Charlie Hebdo qui a republié les caricatures avant son procès, et un opuscule de Charb, "symbole de la liberté d'expression". Pour elle, "l'éducation est le fondement de la République. Il est impossible de s'y attaquer. J'ai travaillé en région parisienne. Je sais qu'il y a des difficultés à aborder certains thèmes comme l'évolution de Darwin. Mourir dans ces conditions en défendant les valeurs de la République... c'est très difficile, c'est impossible..."  

Des symboles de la liberté d'expression
Des symboles de la liberté d'expression © Radio France - Christophe Van Veen

Victor est professeur de dessin de l'agglomération de Chambéry. "Le jour du retour de vacances, je proposerai un exercice autour des caricatures. J'ai besoin de marquer le coup. Je ne me vois pas revenir dans 15 jours et dire à mes élèves : "Bonjour. Ça va ? Vous avez passé de bonnes vacances." Bien-sûr qu'ils préfèreraient qu'on parle du Covid ou de leur vie personnelle. Mais ce qui est arrivé, on ne peut pas le banaliser. Je leur dirai que ça peut se reproduire plus vite qu'ils ne le pensent. Je redoute une forme d'apathie, d'indifférence." 

Victor professeur d'arts plastiques

Le jeune homme porte sur le cœur un ouvrage intitulé "Couleurs". "Le métier d'enseignant n'est pas sensé être un métier à risque. On n'a pas à être pris pour cible pour des choses qu'on a le droit de dire."

Tous ces enseignants, auxquels se sont mêlés des syndicalistes et des hommes politiques tels que le maire de Chambéry Thierry Repentin, ont applaudi le discours très fort de leur collègue Jean-Paul, porte-voix à la main.  

Un discours empli d'émotion et de détermination

Un livre à la main
Un livre à la main © Radio France - Christophe Van Veen
  • Texte écrit et lu par Jean-Paul, professeur d'italien :

Chers collègues, chers élèves, chers parents d'élèves, 

A 7 h , devant mon café, les nouvelles à la radio avaient la couleur des matins bruns. Et les mots sont venus comme un appel, auquel vous avez répondu nombreux. Merci d'être là et de ne pas baisser les bras face à l'effroi qui nous saisit toutes et tous après l'assassinat de notre collègue Samuel Paty, 47 ans, professeur d'histoire et géographie dans les Yvelines.

Nous sommes là cet après-midi pour lui, avec lui. Et comme lui, nous sommes des enseignants, nous sommes cette armée de ringards moqués quotidiennement, nous qui n'avons pas l'argent pour valeur, nous dont le Savoir partagé est la religion.   Nous sommes ce corps et cet esprit qu'on mutile. Nous sommes, face aux moulins à vent de l'obscurantisme, les fragiles Don Quichotte qui ne décrocheront jamais. Alors aujourd'hui nous nous plaçons sous la protection de toutes les républicaines et de tous les républicains parce que nous ne serons pas les sacrifiés et nous ne nous soumettrons à aucune ténébreuse puissance . Pour faire vivre l'esprit libre qui anime nos élèves, vos enfants, nous continuerons, avec l'aide de toute la Nation à obéir exclusivement aux lois de notre conscience républicaine.   Dans nos poings levés, tenons bien haut le livre qui pour chacun de nous incarne la force du savoir émancipateur. Pendant la minute de silence à laquelle je vous invite, rendons hommage Samuel Paty, mort hier d'avoir été enseignant. Paix à son esprit libre ! 

Quelques mots pour conclure : chacun se souvient de cette parabole que Franck Pavloff, notre voisin isérois, a écrite il y a 20 ans. Dans son récit, écrit pour nos jeunes consciences et intitulé Matin Brun, une police de la pensée sournoise avait décidé d'exterminer tous les animaux non bruns. Et de renoncement en renoncement la catastrophe arriva, touchant chacune et chacun. Voici un passage de la conclusion : 

"Je n'ai pas dormi de la nuit. J'aurais dû me méfier des Bruns dès qu'ils nous ont imposé leur première  loi sur les animaux. Après tout, il était à moi mon chat, comme son chien pour Charlie, on aurait dû dire non. Résister davantage, mais comment ? Ça va si vite, il y a le boulot, les soucis de tous les jours. Les autres aussi baissent les bras pour être un peu tranquilles, non ? On frappe à la porte. Si tôt le matin, ça n'arrive jamais. J'ai peur. Le jour n'est pas levé, il fait encore brun dehors. Mais arrêtez de taper si fort, j'arrive." Franck Pavloff, Matin brun.

  • Ils étaient également ce samedi une centaine d'enseignants réunis à Thonon et Sallanches en Haute-Savoie. 
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