Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

A La Rochelle, un quartier sous le choc après la mort d'un homme causée par des adolescents

mardi 8 mai 2018 à 18:58 Par Julien Fleury, France Bleu La Rochelle et France Bleu

Un homme de 63 ans battu, torturé et laissé pour mort par cinq adolescents qui en voulaient à sa carte bleue. L'affaire provoque la stupeur dans le quartier de Port-Neuf où tout le monde connaissait la victime comme ses agresseurs présumés. L'épouse de la victime réclame justice.

Sur le buffet de son petit salon, la photo de Patrick Céleste, "légende du quartier de Port-Neuf où tout le monde l'aimait"
Sur le buffet de son petit salon, la photo de Patrick Céleste, "légende du quartier de Port-Neuf où tout le monde l'aimait" © Radio France - Julien Fleury

La Rochelle, France

"Parler fait du bien", reconnaît Sylvette, accablée de douleur dans son petit salon au rez-de-chaussée d'un immeuble du quartier populaire de Port-Neuf. Son mari Patrick battu et torturé par des adolescents, mort dans la solitude, elle ne l'accepte pas: "On s'imagine qu'il va rentrer le soir. Parfois j'ai l'impression de l'entendre entrer... c'est un cauchemar! Je ne peux pas vivre sans lui, on était tellement proche l'un de l'autre..."

La vie de Sylvette s'est arrêtée depuis cette nuit de jeudi à vendredi, quand son mari n'est pas rentré à la maison. "La dernière fois que je l'ai eu au téléphone, c'était quelques heures avant sa mort" se souvient Sylvette. "Il m'a dit: je suis sur le chemin du retour. Et j'ai entendu des jeunes gueuler derrière. Et après, le téléphone s'est coupé, j'ai rappelé et le téléphone était éteint." Rongée par l'inquiétude, Sylvette a passé cette nuit-là dans les rues, à chercher, sans savoir que Patrick gisait dans un buisson: "Je suis passée dix fois devant" se lamente cette femme de 58 ans. "Il devait être encore vivant. Si je l'avais trouvé, j'aurais appelé et peut-être qu'on aurait pu le sauver."

La victime connaissait bien ses agresseurs présumés

Sylvette revient désormais très souvent devant la scène du crime, pour se recueillir: "Je suis obligée de retourner tous les jours, pour voir. Je me dis: c'est pas possible, il est pas mort..." D'autant plus incompréhensible que Sylvette et son mari Patrick connaissaient plutôt bien les adolescents soupçonnés dans cette affaire. "Il y en a un qui est ami avec ma fille, il est même venu chez moi", décrit Sylvette, dépassée par ce déchaînement de violence: "C'est de la barbarie. S'acharner sur une personne qui a plus de 60 ans... Et puis voir le sang qu'il y a là-bas, C'est pas possible de faire ça!"

Patrick Céleste vivait avec sa femme et sa fille dans cet immeuble en cours de rénovation. L'un de ses agresseurs présumés vivait à quelques dizaines de mètres. - Radio France
Patrick Céleste vivait avec sa femme et sa fille dans cet immeuble en cours de rénovation. L'un de ses agresseurs présumés vivait à quelques dizaines de mètres. © Radio France - Julien Fleury

Cinq adolescents sont poursuivis dans cette affaire. Quatre garçons sont mis en examen pour vol avec violence ayant entraîné la mort, accompagné d'actes de torture et de barbarie. Ils sont incarcérés. Une jeune fille est placée en centre éducatif fermé, mise en examen pour non assistance à personne en danger. Tout ça pour voler une carte bleue... un motif tellement dérisoire pour Sylvette: "Je m'en fous de l'argent, de la carte bleue... ça ne rendra pas sa vie à Patrick." L'épouse de la victime réclame maintenant justice:

Je suis très en colère. On n'a pas le droit de faire justice soi-même, mais ça me démange. - Sylvette, veuve de la victime

En attendant le procès, l'urgence pour Sylvette c'est que la justice lui rende le corps de son mari. Qu'elle puisse le voir une dernière fois avant de l'enterrer.

Stupeur chez les voisins

Des questions et de la colère également chez les autres habitants de Port-Neuf. Catherine promène son chien entre les HLM: "Bien sûr que je connaissais Patrick. Il avait un petit chien, donc on se croisait souvent." Patrick, une figure du quartier, qui passait beaucoup de temps sur les bancs, à faire la fête avec des voisins. "Il avait l'habitude de boire son petit coup, mais quand même! Le torturer pour lui prendre sa carte bancaire, dans quel monde on vit?" Stupeur encore chez Yamina: "Quand on a appris que les suspects étaient des adolescents, ça choque!"On on'aurait pas cru que c'était les gamins du quartier" renchérit une voisine, Valérie. "Surtout qu'ils connaissaient bien Patrick."

"Patrick, à Port-Neuf, c'est une légende, tout le monde l'aimait!" poursuit Valérie: "Quand il buvait, il râlait un peu mais il avait la joie de vivre!" Valérie très amie avec sa veuve Sylvette: "Elle est abattue, elle pleure tous les jours. On ne la laissera pas tomber."

"Un gamin nickel" décrit le voisin d'un des auteurs présumés

A quelques dizaines de mètres de là, autre immeuble, autre douleur, chez la famille d'un des jeunes auteurs présumés. Un garçon de 16 ans que Bruno et son frère ont vu grandir, eux qui partagent le même escalier: "Un gamin respectueux, nickel!" Qu'a-t-il pu se passer cette nuit-là? Les deux frères tentent une explication: "L'effet de groupe, peut-être de l'alcool, du cannabis... on ne sait pas. Mais à 16 ans, on surveille ses enfants!"

Que font les parents quand leurs adolescents sont dans la rue en pleine nuit? La question revient en boucle. Et elle risque de se poser encore longtemps dans ce quartier où tout le monde se connaît et tout le monde se croise. Famille de la victime. Et familles des auteurs présumés.