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Faits divers – Justice

A Nancy, le procès d'un réseau de proxénétisme sur fond de magie vaudou

Sept femmes et trois hommes comparaissent pour proxénétisme aggravé devant le tribunal correctionnel de Nancy. Les jeunes femmes, sur le trottoir à Colmar dans le Haut-Rhin, étaient recrutées au Nigeria après une cérémonie vaudou. Un procès qui met en évidence un réseau organisé via la Libye.

L'une des "mamas" est décrite par une victime comme une "personne démoniaque" qui jette des sorts pour menacer.
L'une des "mamas" est décrite par une victime comme une "personne démoniaque" qui jette des sorts pour menacer. © Radio France - Thierry Colin

Grand Est, France

Le réseau de prostitution s’était installé en soirée dans une zone industrielle de Colmar en Alsace et dans les vignes en journée. Les juges correctionnels de Nancy démêlent une enquête au long cours, depuis ce lundi et durant quatre jours, avec sept femmes et deux hommes devant la justice. Tous sont soupçonnés de proxénétisme aggravé mais aussi de traite d’être humain. 

A la barre, une quadragénaire explique qu’elle fait "juste" un commerce de cosmétiques pour "proposer des crèmes" et nie les faits alors que des écoutes téléphoniques ne laissent guère de doute sur la prostitution et l’enquête, longue et très fouillée, et laissent apparaître un véritable trafic très organisé.

Les jeunes femmes, tout juste majeures, étaient recrutées au Nigeria et même envoûtées lors d'une cérémonie vaudou avec des prêtres qui choisissaient des jeunes femmes peu instruites. Le juju ou «djoudjou», un rite qui consiste à «envoûter» et convaincre les jeunes femmes de rembourser leur dette une fois arrivées en France. La pratique permettait de menacer les jeunes femmes quand elles rapportaient moins d’argent.

Aide au logement et Blablacar

L’enquête cible un trafic qui s’est étendu de 2015 à 2017 : le réseau prétendait investir plusieurs dizaines de milliers d’euros pour payer les passeurs au Nigéria et en Libye et trouver un travail en France. Les "mamas", s'occupent de la logistique : trouver un logement et un emplacement sur le trottoir ou encore réserver un BlaBlaCar entre l'Italie et la France.

Des proxénètes qui mettent la pression sur les filles ou se réjouissent de deux jeunes recrues qui ont "du succès". Des conversations téléphoniques et témoignages sans ambiguïté avec des envois d'argent très réguliers. L'une des "mamas" est décrite par une victime comme une "personne démoniaque" prête à tout qui aime l'argent et jette des sorts, fait du djoudjou pour menacer les jeunes femmes. A la lecture du témoignage accablant par la présidente du tribunal correctionnel, l'une des prévenues ne se démonte pas : "c'est des mensonges" affirme-t-elle par l'intermédiaire de son interprète. 

les menaces liées à la pratique de ces cérémonies du djoudjou étaient prises très au sérieux par les prostituées

Des filles choisies au Nigeria qui pouvaient rapporter 1200 € par semaine pour certaines selon l'enquête menée entre la France et l'Italie par les juges de la Jirs (Juridiction inter-régionale spécialisées), basée à Nancy.  "Les mamas présentent à l'audience disposent de relais au Nigeria ou en Libye» estime le vice procureur de la Jirs, Jean Richert, qui note que selon les écoutes, «les menaces liées à la pratique de ces cérémonies du djoudjou étaient prises très au sérieux par les prostituées».

Gros moyens pour une longue enquête

«C’est un dossier exotique car les jeunes filles auraient prêté serment au Nigeria» estime Guillaume Royer, avocat au barreau de Nancy qui défend deux prévenus accusés de proxénétisme. Il constate que «les enquêteurs ont mis les moyens en terme d’écoute et en terme de moyens humains». 

Reste à tenter de démêler à l’audience les responsabilités de chacun, mais lors de la première journée, la première accusée, mise devant ses contradictions, ne s’est pas vraiment montrée coopérative. A la barre, aucune victime : les deux anciennes prostituées qui ont dénoncé leurs "mama" aux policiers de Metz ne sont pas partie civile. Le procès doit s'achever ce jeudi 4 avril.