Faits divers – Justice

Accident de Puisseguin : "Cette route n'est pas classée comme particulièrement dangereuse"

Par Pierre-Marie Gros, France Bleu Gironde et France Bleu mercredi 28 octobre 2015 à 19:18

Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité Routière
Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité Routière © Maxppp

En visite ce mercredi à la Maison de la Sécurité Routière à Lormont, Emmanuel Barbe est revenu sur la catastrophe de Puisseguin. Le délégué interministériel à la Sécurité Routière a confirmé que selon les résultats des enquêtes, la réglementation sur le transport en autocars pourrait être modifiée.

France Bleu Gironde : votre visite en Gironde était prévue de longue date, mais elle intervient, triste ironie de l'histoire, quelques jours après la tragédie de Puisseguin. Faut-il selon vous changer la législation sur les transports en autocars ?_

Emmanuel Barbe_ : Lors de l'hommage national aux 43 victimes rendu mardi à Petit Palais, François Hollande a promis que la lumière serait faite sur cette catastrophe, et que selon les conclusions des deux enquêtes en cours , les normes seraient corrigées et les réglementations changées. Cela avait été le cas après la tragédie de Beaune, en 1982. Là, nous sommes face à un phénomène - un incendie très rapide et très violent - qu'on a encore du mal à expliquer. Donc, si l'analyse des causes montre que la législation peut être améliorée, on le fera bien entendu. Mais pour l'instant, c'est un peu précoce de tirer des conclusions.

Arrivera-t-on à savoir exactement ce qui s'est passé lors de la collision entre le poids-lourd et l'autocar ?

Je peux vous dire que le matériel recueilli par les gendarmes sur place est considérable, les prélèvements ont été faits de façon scientifique et moderne, et cela permettra de se faire une idée précise des causes de la catastrophe.

Peut-on incriminer la route ? A partir de quand peut-on parler d'une route dangereuse ? 

Il est difficile de dire que la route est en cause. C'est une route qui n'a jamais été classée comme véritablement dangereuse. Dans le fichier des accidents corporels de la Sécurité Routière, la commune de Puisseguin n'a jamais fait l'objet du moindre enregistrement, même d'un accident corporel. La route était relativement bien signalée, le revêtement a été refait en 2011. Des virages comme celui-là en France, il y en a sans doute des centaines de milliers. Il faut donc être très prudent dans les conclusions.

Je trouve tout à fait compréhensible, vu l'étendue de ce drame, de se poser toutes ces questions, mais les réponses doivent être sérieuses et étayées. C'est rare de faire de bonnes législations dans l'urgence, sous le coup de l'émotion. Il n'y a pas de fatalité dans les accidents, mais il peut y en avoir un petit peu. Il faut faire attention aussi aux conséquences économiques et sociales des décisions que l'on peut prendre. Il faut trouver une réponse équilibrée et réaliste.

Comment pourra-t-on à l'avenir éviter ces dramatiques accidents ?

Quand on est réaliste, on se dit qu'il est quasiment impossible d'éviter un camion immobilisé dans un virage. On peut penser que les nouvelles technologies demain, comme les véhicules connectés, pourraient un jour apporter des réponses à ce type de situation. Mais encore une fois, rien n'est interdit, et c'est ce qu'a répété le président. Les rapports qui seront rendus seront analysés par tous les services de l'Etat, Sécurité Routière et gestionnaire de voiries. S'il le faut , des mesures seront prises, et pour celà, vous pouvez compter sur la détermination de l'ensemble du gouvernement. 

"Ne pas décider dans l'urgence, attendre les conclusions de l'enquête"