Faits divers – Justice

Accident du train fantôme : six mois de prison ferme requis contre le forain

Par Anne Oger, France Bleu Orléans mardi 29 novembre 2016 à 18:48

Le train fantôme "Horror Show" à la fête foraine d'Orléans.
Le train fantôme "Horror Show" à la fête foraine d'Orléans. © Radio France-Stéphane Barbereau

C'était le 31 mai 2014, un wagon du train fantôme "Horror Show" faisait une chute de quatre mètres à la fête foraine d'Orléans. Deux jeunes filles de 15 et 19 ans étaient grièvement blessées. Au procès du forain et d'un employé, le procureur a requis de la prison ferme ce mardi.

C'est l'oncle de Valentine, la plus jeune des victimes, qui avait eu l'idée de cette sortie à la fête foraine d'Orléans, ce 31 mai 2014. Avec Emilie, sa collègue de travail. Lui monte dans le premier wagon du Horror Show "qui n'a rien d'un manège à sensation, ils l'ont choisi parce que c'était une attraction familiale" précise leur avocate, Me Sabine Petit. Les deux jeunes filles montent dans le wagon derrière, et puis les sœurs, ensuite.

Je n'avais reçu aucune consigne de sécurité particulière en cas de problème sur les wagons. Oui mais vous auriez pu faire quelque chose, les sortir de là, au lieu de vous enfuir

Il est 22h50, le wagon des deux victimes arrive au premier étage, où deux employés (non déclarés apprendront les enquêteurs), sont là pour faire peur aux clients. L'un porte un masque de clown et brandit une tronçonneuse. L'autre, déguisé en moine, leur met sous le nez une araignée au bout d'une canne à pêche. Ils sont là pour l'animation, "je n'avais reçu aucune consigne de sécurité sur le fonctionnement des wagons" assure l'un des employés à l'audience du tribunal correctionnel. Des deux, les enquêteurs n'ont retrouvé que lui, un homme de 30 ans, qui travaillait au noir. "J'ai appelé le forain, qui était en bas à la caisse, pour lui signaler le problème. Il m'a dit de partir". L'homme prend la fuite et rentre chez lui. Il est poursuivi pour non assistance à personne en danger. "Vous auriez pu simplement lever la barre de sécurité du wagon, les faire sortir de là" précise la présidente du tribunal. "J'avais peur de faire quelque chose de dangereux, je suis parti. Cet accident c'était la providence, le hasard, ça aurait pu arriver à n'importe qui". Des mots difficiles à entendre pour les victimes et leur famille.

Les victimes, une excellente élève qui fatigue vite aujourd'hui, qui peine à réussir ses épreuves du bac blanc dans les temps, et une jeune fille coquette qui a dû subir de très nombreuses opérations de chirurgie esthétique pour masquer les cicatrices

Les victimes," deux jeunes filles venues s'amuser à la fête foraine" raconte leur avocate. Quand leur wagon s'écrase au sol, poussé dans le vide par les suivants, elles font une chute de quatre mètres, elles tombent face contre terre. Toutes les deux souffrent d'un traumatisme crânien. La plus jeune est la plus gravement touchée, son pronostic vital est engagé, elle restera 5 jours dans le coma. "Aujourd'hui, elle qui était une excellente élève au lycée, a du mal à se concentrer, elle fatigue très vite" explique à l'audience Me Sabine Petit. Valentine, l'autre victime, a le visage détruit par le choc. "Elle qui est si coquette a dû subir plusieurs opérations de chirurgie esthétique pour masquer les cicatrices". Et elle aussi se fatigue vite. Elle n'a pas pu garder son emploi, un CDD à la Poste.

L'avocat du forain plaide la relaxe : un accident imprévisible

Alors qui est responsable de cet accident ? Le forain et l'employé sont renvoyés devant le tribunal correctionnel au bout de deux ans d'instruction. Le premier pour blessures involontaires et travail dissimulé. "Cet accident c'est la faute à pas de chance" assure-t-il devant le tribunal. "Moi et ma femme on y pense tout le temps, on est désolés pour les victimes". La faute à pas de chance, l'accident imprévisible pour lequel on ne peut pas désigner le forain comme responsable, c'est la thèse de son avocat, Me Guy Debuisson. La contre-expertise qu'il a demandée au juge d'instruction est selon lui formelle : c'est une pièce du manège, le galet de guidage du wagon, censé empêcher tout déraillement, qui n'était pas aux bonnes dimensions. "Il manquait moins de 50 millimètres, donc il y avait du jeu, comment voulez-vous que mon client s'en soit aperçu ?". Lui plaide une relaxe.

Des mesures de sécurité qui auraient permis d'éviter le drame

Mais l'expert ajoute une liste des mesures qui auraient pu éviter le drame. Elles n'étaient pas obligatoires, c'est vrai, mais si elles avaient été prises le wagon n'aurait pas basculé dans le vide. Il n'y avait pas de système d'arrêt automatique en cas de problème sur un wagon, pas d'alarme, pas de caméras de vidéo-surveillance. Et puis les enquêteurs eux, ont recueilli près d'une vingtaine de témoignages. D'autres clients, qui dans les jours et les heures précédents, avaient signalé au forain des dysfonctionnements. Des wagons qui s'arrêtaient sans raison, qui patinaient dans le vide, certains même qui avaient été percutés par l'arrière, comme celui du drame. "Certains disent qu'ils vous ont signalé ces problèmes, vous avez même proposé de les rembourser" dit la présidente au forain. "Ca m'étonnerait, on n'a pas l'habitude de rembourser les clients" répond celui-ci.

Il n'y a pas besoin de consignes de sécurité particulières pour porter secours à quelqu'un qui est en danger, on y va et puis c'est tout

Pour le procureur de la République, qui se base sur les rapports d'expertise, c'est une série d'erreurs qui a conduit à cet accident, le forain connaissait le problème il n'a rien fait. Il requiert contre lui deux ans de prison dont 18 mois avec sursis. Six mois de prison ferme, donc. L'interdiction d'exploiter un manège pendant trois ans, une amende de 30 000 euros et la confiscation du manège, qui ne lui appartient pas. Une interdiction d'exploiter un manège qui s'applique déjà dans le cadre de son contrôle judiciaire. C'est sa femme qui a repris le métier, lui travaille sur les manèges comme salarié. Contre l'employé qui s'est enfui, il demande 12 mois de prison dont 8 avec sursis. "Il ne faut pas de consignes particulières pour porter secours à quelqu'un" dit-il à son attention. "On y va et c'est tout".

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