Faits divers – Justice

Chantal Laurent-Tropet, qui avait tué son ex-mari violent, ne restera que quelques semaines en prison

Par Alexandre Berthaud, France Bleu Isère et France Bleu mardi 13 décembre 2016 à 20:28

Le palais de justice de Grenoble
Le palais de justice de Grenoble © Radio France

La cour d'Assises de l'Isère a rendu son verdict ce mardi soir. Elle a reconnu coupable Chantal Laurent-Tropet du meurtre d'Harry Ratgris et l'a condamnée à cinq ans de prison dont trois avec sursis. Avec le jeu des remises de peine, elle ne devrait pas rester plus d'un mois derrière les barreaux.

Un sourire, enfin, illumine le visage de Chantal Laurent-Tropet. Ses avocats viennent de lui expliquer : non, elle ne sort pas libre de la cour d'Assises de l'Isère, à Grenoble, mais elle ne passera que quelques semaines à Corbas, en prison. Ses proches, en apprenant la nouvelle, tombent dans les bras les uns des autres. Les avocats de la défense, en sortant de la salle, s'auto-congratulent. Même si l'accusée retourne en détention, le verdict des jurés est une excellente nouvelle. L'accusée écope de deux ans de prison ferme, elle a déjà été détenue pendant 18 mois, et avec les remises de peine, elle sera libre au plus tard en janvier 2017.

La cour a pris en compte les violences qui ont duré 35 ans

La sanction est en effet bien au-dessous des réquisitions de l'avocate générale. Celle-ci avait demandé 12 ans de prison ferme, et un suivi judiciaire de trois ans. Pour le parquet, il était nécessaire que l'accusée retourne en prison pour un certain temps. "Car il n'y a pas plus grave comme atteinte sociale que d'ôter la vie de quelqu'un". Néanmoins, la peine requise était bien loin du maximum légal - la perpétuité - afin de prendre en compte le fait que Chantal Laurent-Tropet a été une femme violentée, violée, et insultée, durant 35 ans.

Pour l'un des avocats de la défense, maître Gallo, le message est clair. "Je pense que la cour d'Assises a tenu compte de ces violences, alors que le parquet, en réclamant cette peine, ne l'a pas fait", déclare-t-il. "J'ai déjà vu une affaire où une femme avait porté trois coups de couteau au cœur d'un homme, sans violences au préalable, et le parquet avait aussi requis 12 ans". Chantal Laurent-Tropet sera néanmoins en prison avec sursis pendant 3 ans, avec l'interdiction de porter une arme, et l'obligation de poursuivre des soins.

Une femme battue pendant 35 ans

Chantal Laurent-Tropet, 58 ans, avait tué son ex mari le 29 mai 2011, le lendemain d'une énième dispute. Chantal et Harry Ratgris étaient mariés depuis 1974. Elle n'avait que 16 ans, lui quatre de plus. Elle accouche au même âge du premier de leur trois fils.Trois enfants témoins toute leur enfance de la violence verbale et physique du père contre la mère. Hyper jaloux et alcoolique il l'empêche de sortir, la frappe, et selon elle, la viole.

Elle doit aussi avorter trois fois, car Harry lui interdit de prendre la pilule. Il est condamné deux fois par la Justice, à chaque occasion il écope de plusieurs mois de prison avec sursis, à chaque fois les violences reprennent. En parallèle Chantal sombre dans l'alcool, puis les deux se sèvrent, et la situation s'arrange, un peu, à partir de 2008. Pour maître Gallo, "la justice avait fait preuve de cécité concernant le cas d'Harry Ratgris, cause indirecte de ce qui s'est passé, peut-être en a-t-elle pris compte aujourd'hui".

L'espoir qu'il n'y ait pas d'appel

Mais Chantal craque après que, selon elle, son ex-mari l'a insultée et menacée devant leur petit-fils. À 8h55 celui ci quitte la maison. À 9h12 elle appelle les gendarmes et avoue tout de suite avoir tué son mari. "J'irai en prison mais au moins il le laissera tranquille ", peut on l'entendre prononcer, la voix pleine de sanglots, l'élocution paniquée, dans l'enregistrement de l'appel.

"Un vrai message pour toutes les femmes battues" - Maître Gallo, avocat de l'accusée

Elle ira bien en prison, mais juste "pour du tourisme" jubile maître Gallo. L'avocat le clame : c'est un message fort de la justice pour toutes les femmes battues. "Madame Laurent-Tropet aurait pu mourir sous les coups de son mari, comme c'est le cas tous les trois jours en France. Ma cliente est d'abord une victime, qui est devenue auteur de violences, mais d'abord c'est une victime". Désormais la défense n'espère qu'une chose, que le parquet n'interjette pas appel. Dans une autre affaire similaire en Isère, Bernadette Dimet était ressortie libre du tribunal en début d'année. Le ministère public n'avait pas fait appel.

A noter que l'ex belle-fille de Chantal Laurent-Tropet a obtenu 5000 euros de préjudice pour chacun de ses quatre enfants (petits-enfants de l'accusée et de la victime). La défense fera appel uniquement si le parquet fait appel de la condamnation.