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Faits divers – Justice

Affaire de la "chemise arrachée" : Air France devant la justice pour "atteinte au droit de grève"

vendredi 26 janvier 2018 à 3:34 Par Géraldine Houdayer, France Bleu Paris et France Bleu

Dans l'affaire de la "chemise arrachée", c'est au tour d'Air France de comparaître en justice pour "atteinte au droit de grève", ce vendredi. La compagnie aérienne et deux sociétés de sécurité sont poursuivies par la CGT pour "immixtion dans un conflit social."

En octobre 2015, le DRH d'Air France s'était fait arracher sa chemise par des manifestants après l'annonce d'un plan social.
En octobre 2015, le DRH d'Air France s'était fait arracher sa chemise par des manifestants après l'annonce d'un plan social. © AFP - Kenzo TRIBOUILLARD

L'épisode de la "chemise arrachée", qui avait traumatisé Air France en 2015, revient ce vendredi devant la justice mais, cette fois, c'est la compagnie qui est visée, aux côtés de deux sociétés de sécurité, poursuivies par la CGT pour "immixtion dans un conflit social". La CGT d'Air France, quatrième syndicat de l'entreprise, a appelé à un rassemblement devant le tribunal de Bobigny à 9h30, avant l'audience qui se tiendra à 10h15.

Pour la CGT, Air France a porté atteinte au droit de grève

Poursuivie pour "complicité d'immixtion dans un conflit social", Air France comparaîtra aux côtés des sociétés privées Lancry Protection Sécurité et International Security network division protection, ainsi que six de leurs agents. Pour Maître Lilia Mhissen, qui représente la CGT et deux ex-salariés, ces entreprises avaient clairement _"pour mission d'empêcher le rassemblement"des salariés qui a dégénéré sur le parvis, et de bloquer les accès au siège. Et ce faisant, pour elle, Air France a "porté atteinte au droit de grève"_. 

"La loi est claire sur le sujet : une direction d'entreprise n'a pas le droit de faire appel à des sociétés de sécurité pour s'immiscer dans un mouvement de grève. C'est pourtant ce qui s'est passé le 5 octobre 2015", a indiqué de son côté la CGT d'Air France, pour qui cette décision a contribué au "climat de tension". Ce procès "engage la question de l'exercice du droit syndical, du droit de grève et de la légalité d'un piquet de grève", a ajouté la CGT.

Des images qui ont fait le tour du monde 

Le 5 octobre 2015, la manifestation devant le siège de la compagnie à Roissy avait dégénéré quand des grévistes avaient envahi la salle où venait d'être annoncé en Comité central d'entreprise (CCE) un plan de restructuration menaçant des milliers d'emplois. Les images de deux dirigeants d'Air France fuyant, l'un torse nu, l'autre la chemise en lambeaux, la colère des manifestants, avaient alors fait le tour du monde.

Air France dénonce une "inversion des rôles"

"Air France dénonce fermement l'artifice qui consiste à transformer les victimes en prévenus et les prévenus en victimes", a réagi la compagnie dans un communiqué à l'agence AFP. Elle rappelle que la manifestation avait été autorisée "exclusivement" devant le siège et que c'est l'envahissement du CCE qui a précipité l'intervention des vigiles, permettant ainsi d'éviter "le pire". En outre, ces derniers avaient été recrutés uniquement dans le but d'assurer "la protection rapprochée" des dirigeants, au vu de "l'ambiance tendue" au sein de la compagnie. Ainsi, "ce n'est pas la société de sécurité qui s'est immiscée dans le conflit, mais la manifestation qui est entrée par effraction dans le siège d'Air France", fait-elle valoir.

Trois salariés condamnés à du sursis en 2016 seront rejugés en appel  

Jugés pour les violences commises ce jour-là, trois anciens salariés ont été condamnés en novembre 2016 à des peines de prison avec sursis et deux relaxés. Ils seront jugés en appel à Paris en mars, ainsi que l'un des deux relaxés. Ce sont ces quatre-là qui ont assigné, avec la CGT, leur ancien employeur devant le tribunal correctionnel de Bobigny.