Faits divers – Justice

Affaire du suicide de Julien : l'avocat général requiert une relaxe de la belle-mère

Par Alexandre Berthaud, France Bleu Isère mardi 11 octobre 2016 à 22:14

La cour d'appel de Grenoble rendra son arrêt le 6 décembre prochain.
La cour d'appel de Grenoble rendra son arrêt le 6 décembre prochain. © Radio France

La belle-mère du jeune Julien, mort à Saint-Quentin-Fallavier en novembre 2013 après avoir avalé de nombreux médicaments, était devant la cour d'appel de Grenoble ce mardi. L'avocat général a requis la relaxe. La belle-mère était accusée de non-assistance à personne en danger.

La déception était grande sur les visages de la mère et des sœurs de Julien à la sortie de la cour d'appel de Grenoble. Pas besoin d'être un expert en droit pour comprendre ce qui s'était tramé quelques minutes plus tôt. L'avocat général avait requis la relaxe de la belle-mère de Julien, "vous n'avez pas de certitudes dans ce dossier", avait-il lancé à la cour. Un manque de preuve, et d'éléments pour condamner l'accusée.

Pourtant l'audience avait duré plusieurs heures, l'avocate des parties civiles, Elsa Ghanassia, saluait d'ailleurs le travail "fouillé" de la conseillère rapporteur du dossier, Mme Stella. Pendant de longues minutes, celle-ci avait tenté de comprendre, interrogeant la belle-mère de Julien à plusieurs reprises. Pourquoi cette dernière n'avait pas appelé les secours, alors qu'elle se doutait que l'adolescent avait ingurgité les médicaments ? Pourquoi, également, ne lui avait-elle pas donné de médicaments anti-vomissements, alors que le jeune homme était malade depuis bientôt 24 heures ?

Des larmes pour la famille de la victime

Une audience longue, et difficile pour toutes les personnes présentes. Beaucoup de larmes, dans la famille de Julien, et une émotion à son paroxysme lors de l'écoute de l'enregistrement de l'appel aux pompiers par la belle-mère, paniquée au téléphone devant l'adolescent inconscient.

Sa bonne foi a finalement été retenue. Les symptômes (vomissements, diarrhée) étaient proches de ceux d'une gastro-entérite, expliquait la femme : "on ne va pas chez le médecin pour une gastro". Son compagnon, père biologique de l'enfant, non poursuivi au pénal mais également interrogé, donnait la même version. Même si l'adolescent mentait sur beaucoup de choses, pas une seconde il ne le pensait capable d'un tel acte.

Un adolescent "suicidaire", et "menteur"

Pourtant la mère biologique de l'enfant, partie civile dans cette affaire, était convaincue que le couple connaissait le caractère "suicidaire" de l'adolescent. Il avait déjà laissé une lettre de suicide sur Facebook quelques années plus tôt, sans conséquences. Il avait aussi été décrit comme "dangereux pour les autres, et pour lui-même", après avoir introduit des lames de rasoir dans son établissement scolaire, et s'être scarifié. Enfin, au moment du drame, Julien, 15 ans à peine, était en plein chagrin d'amour.

Tous ces éléments ont été repris par la partie civile, mais l'avocat général n'a pas voulu suivre ces demandes. Pour condamner quelqu'un de non-assistance en danger, il faut qu'il y ait preuve du péril de la victime, et de l'inaction volontaire du coupable : "aucun des deux éléments n'est réuni aujourd'hui", assénait l'avocat général. "La seule chose que l'on peut reprocher à l'accusée, c'est un manquement au principe de précaution, ce n'est pas pénalement répréhensible", a-t-il ajouté.

La mauvaise gestion du Tribunal de Vienne

Tous les avocats, sans exception, ont regretté la mauvaise gestion de la procédure par le parquet de Vienne. "Une information judiciaire aurait du être ouverte", ont dénoncé ensemble la partie civile, l'avocat général, et la défense. Au final, le dossier manquait d'éléments pour pousser l'enquête, et cette audience n'était qu'un approfondissement de la première instance, sans nouveauté déterminante.

"Il aurait fallu des analyses, notamment médicales, faire intervenir des experts afin d'observer les effets du médicament ingurgité, mieux déterminer les causes de la mort", a précisé l'avocate des parties civiles. Voilà pourquoi l'avocat général a préféré suivre le délibéré du tribunal correctionnel de Vienne. La cour d'appel de Grenoble rendra son arrêt le 6 décembre prochain. Sauf grande surprise, la belle-mère de Julien devrait être relaxée. La mère de l'adolescent pense toutefois à poursuivre l'affaire au civil.

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