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Quatre ans de prison requis contre le metteur en scène bisontin Guillaume Dujardin pour agressions sexuelles

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Par , France Bleu Besançon, France Bleu

Le Parquet de Besançon a requis ce mercredi 4 ans de prison dont 2 de sursis à l'encontre de Guillaume Dujardin. Le metteur en scène bisontin est accusé d'agression, de chantage et de harcèlement sexuel par une dizaine d'anciens étudiants entre 2014 et 2017.

Guillaume Dujardin, le créateur du festival de caves en 2015
Guillaume Dujardin, le créateur du festival de caves en 2015 © Maxppp - Ludovic Laude

Quatre ans de prison dont deux avec sursis ont été requis ce mercredi contre le metteur en scène bisontin Guillaume Dujardin. Son procès s'est ouvert devant le tribunal correctionnel de Besançon. 10 anciens étudiants et étudiantes accusent le créateur du festival de Caves d'agression sexuelle, de chantage sexuel et d'harcèlement. Des faits qui se seraient déroulés, alors qu'il était leur professeur, en DEUST de théâtre, à l'Université de Franche-Comté, à Besançon de 2014 à 2017.

Une trentaine de témoignages dès 2017

Dès le 8 février 2018, le président de l'Université fait un signalement au procureur de la République. Il a expliqué avoir reçu en décembre 2017, un courrier anonyme de la part des parents d'une étudiante, qui a suivi les cours des théâtre à l'Université entre 2012 et 2014. Dans cette lettre, ils dénoncent le comportement du professeur de théâtre à l'égard de leur fille. A l'époque, le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, ouvre une enquête. Une trentaine d'étudiantes et d'étudiants témoignent. Guillaume Dujardin est placé en garde à vue et mis en examen. Il est suspendu par l'Université. 

Sous l'emprise de Guillaume Dujardin : récits

Devant la barre, ce mercredi 7 octobre, les victimes, les larmes aux yeux, le visage cerné, se succèdent pour témoigner. La première, les yeux rougis, raconte son arrivée à Besançon : elle a 18 ans, elle est "pleine d'envie de réussir", et veut devenir une grande comédienne. Guillaume Dujardin est son professeur. Il devient bien plus que ça : "un référent, une figure tutélaire." Lors d'un bilan de fin d'années, il lui pose des questions sur sa vie sexuelle. A partir de ce moment-là, une relation d'emprise commence. 

Devoir jouer nu 

Elle raconte plusieurs scènes de répétitions collectives ou individuelles qui se passent le plus souvent au domicile de Guillaume Dujardin. Le maître de conférences a pris l'habitude d'inviter certaines élèves triées sur le volet à venir chez lui, prendre des cours de théâtre particuliers. Peu à peu, précise la jeune femme, il lui demande de jouer nue. "Ca a été progressif. Au début, je devais jouer, avec une jupe, mais je ne devais pas mettre de culotte. Après, c'était avec un manteau sans culotte, et puis après totalement nue."

Il me disait que je deviendrai une immense comédienne - Une victime 

La voix tremblante, la jeune femme, désormais âgée de 24 ans, explique qu'elle devait répéter nue, les yeux fermés. Le metteur en scène bisontin la regardait, s'approchait parfois. 

Et elle explique que, plusieurs fois, il la touche, "lui fait des caresses sur les fesses, sur les seins, les épaules, sur le bas ventre." Et lui dit de ne pas en parler aux autres. "Il me disait qu'ils ne comprendraient pas, qu'on est dans une société morale, que la morale tuait le théâtre. Il me disait aussi que je deviendrai une immense comédienne."

Peu à peu, la jeune femme explique :"il a commencé à me masser, puis à me masturber, avec la langue, avec les doigts." Elle est pris dans un engrenage, a le sentiment de devenir folle. "Plusieurs fois, je lui demande d'arrêter. Mais progressivement, il m'a demandé de le masturber, de lui faire une fellation. Il m'a dit qu'il n'en retirait aucun plaisir."

Un gourou manipulateur 

A chaque fois, les victimes évoquent le même argument de la part du metteur en scène : se mettre nu pour révéler le ou la comédienne qui est en elle ou en lui. Tout ça pour progresser en théâtre. "Quand on voit les propos tenus, par exemple, il faut te reformater, je vais te reformater, on se croirait dans un secte, on est dans un discours d'emprise", dit la présidente du tribunal. 

Il nous faisait des cadeaux, précise une des jeunes femmes. "Il y avait un processus de manipulation, il adaptait ses discours à chacun. Et puis dans toutes les pièces de théâtre, il voyait "du sexe partout". "Il me disait qu'il fallait que je libère mon corps, pour devenir meilleure comédienne."

Des épisodes de simulation d'agression sexuelle, de viol

Pendant plusieurs heures à la barre, les victimes racontent des séances de répétition qui terminaient en strip-tease, où tout le monde était nu :  "Il y a une fois où l'une des camarades était sur un autre camarade, à califourchon sur lui. Guillaume Dujardin lui a demandé de jouer avec son sexe, de souffler dessus. Je me suis mise à pleurer." Il demande à deux autres étudiants à s'embrasser. A une étudiante, il dit "je suis un matteur en scène".

Et puis il y a ces épisodes de violences, des claques données pendant "les cours du soir" comme les appelaient les étudiants. Il y a aussi cette fois où une jeune fille a griffé au sang une autre camarades, toujours sur la demande de leur professeur. Un étudiant raconte aux juges, comment il lui a demandé de simuler une agression sexuelle : "je devais faire semblant de violer une amie, lui arracher ses habits, la bloquer contre le mur, arriver à la faire pleurer", raconte le jeune homme qui confie ne pas être sorti de chez lui pendant deux ans. 

Il voulait m'apprendre la soumission - Une des victimes

Une autre, raconte aussi qu'il l'a enduite de peinture noire, un soir de répétition chez lui. "A ce moment-là, il m'a touchée les seins, les fesses. Il m'a aussi regardée prendre ma douche, m'a frotté le dos." Il lui demande aussi un soir, de se mettre nue, sur une table, en angle droit, pour lui apprendre "la soumission", pendant qu'il tape sur son ordinateur. 

Un mode opératoire 

"Je croyais que tout ça c'était du théâtre, j'étais très fière de rentrer au DEUST de Besançon", évoque une des victimes. Elles décrivent le même mode opératoire : un professeur qui s'intéresse à elles, alors qu'elles arrivent à Besançon, et qu'elles ont des problèmes personnels. "Tonton Duj", comme il se fait appeler, est alors là pour les réconforter. Et puis, il commence à poser des questions : "Est-ce que tu te masturbes, est-ce que tu jouis en ce moment?"

Il leur promet de les aider à progresser, à devenir de meilleurs comédiens. "Il m'a dit si tu veux devenir une excellente comédienne, il faut que tu jouisses sexuellement, je vais t'apprendre", raconte, tremblante une étudiante. Après leurs études, il leur propose des services civiques et des emplois au sein de sa compagnie. Une façon de garder ses victimes auprès de lui, estime le procureur de la République de Besançon. Etienne Manteaux qui emploie le mot de "prédateur" dans ses réquisitions. 

C'était du théâtre, se défend Guillaume Dujardin

L'ancien professeur explique aux juges que tout ça, c'était du théâtre. Il le martèle : "Je n'ai jamais obligé personne à se mettre nu, je n'ai pas eu de signes des étudiants me disant que c'était perturbant". La présidente le coupe : "quand vous proposez à une fille de 18 ans de se masturber devant vous, de l'aider à le faire, il n'y a pas un signal rouge, un warning qui s'allume ? "Si elle m'avait dit non, on ne l'aurait pas fait", répond Guillaume Dujardin. 

Et les claques, les viols simulés? Du jeu d'acteur pour lui. Les attouchements ? Une relation amoureuse consentie. "Finalement lâche-il, j'ai fait une erreur, j'ai cru qu'avec les étudiants, on était dans des relations amicales." Plutôt de l'emprise, de la manipulation disent les victimes, en larmes. Des victimes brisées, selon leur avocate, Me Anne Lassalle pour qui c'est "l'alibi du théâtre". Depuis, une des jeunes femmes a fait quatre tentatives de suicide. Certaines ont arrêté le théâtre, d'autres ont continué, avec un mot en tête,dit une ancienne étudiante, le mot résilience. 

Le jugement sera rendu le 21 octobre prochain

Le jugement a été mis en délibéré : il sera rendu le 21 octobre.  L'avocat de Guillaume Dujardin, Me Mikaël le Denmat a plaidé la relaxe, pour les faits de chantage, harcèlement. Concernant les accusations sexuelles, il estime qu'il n'y a pas d'absence de consentement de la part des victimes présumées.

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