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Dossier : L'affaire Xavier Dupont de Ligonnès

Affaire Dupont de Ligonnès : "Tôt ou tard, le sort de l’auteur de ces crimes sera connu"

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Par , France Bleu Loire Océan, France Bleu

Fausses pistes, fascination, rebondissements et mystère. Dix ans après la "tuerie de Nantes" et la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès en avril 2011, l'ancien procureur de la République de Nantes au moment des faits accepte de livrer à France Bleu ses souvenirs et impressions sur l'affaire.

Xavier Ronsin, procureur de la République de Nantes jusqu'en 2012, travaille maintenant en Bretagne.
Xavier Ronsin, procureur de la République de Nantes jusqu'en 2012, travaille maintenant en Bretagne. © Maxppp - Marc Ollivier

De la disparition soudaine d'une famille nantaise, en avril 2011, à une des affaires criminelles françaises les plus suivies, commentées et fantasmées de ces dernières années, il n'y a eu qu'un pas. Quelques jours de bascule pendant lesquels Xavier Ronsin, alors procureur de la République de Nantes, a été aux premières loges. Du début de l'enquête à aujourd'hui, dix ans plus tard, il se souvient et commente le retentissement de cette affaire, auprès de France Bleu Loire Océan. 

Pourquoi à votre sens cette affaire est-elle devenue aussi exceptionnelle ?

Il y a toujours un peu d’exagération ou de suffisance lorsque l’on est enquêteur, procureur, juge ou avocat à proclamer que l’affaire dont on s’occupe est exceptionnelle et personnellement je me méfie de tous ces qualificatifs d’autant que depuis 40 ans que je suis magistrat, j’ai personnellement connu plusieurs affaires dites "exceptionnelles" et qu’il y en a eu de nombreuses autres "d’exceptionnelles"  en dehors de Nantes.

Pour autant cette affaire est hors norme, parce que quatre enfants et leur mère ont été assassinés, que le suspect, certes procéduralement présumé innocent, est le père et le mari et qu’à la différence de beaucoup de drames familiaux, la personne suspecte des faits ne s’est pas suicidée, immédiatement ou dans les heures qui ont suivi mais a méticuleusement organisé son départ de Nantes.

Le point de bascule a été évidemment la découverte du premier corps.

Ce qui est exceptionnel est l’intérêt extraordinaire et sur la durée que cette affaire a suscité et continue à susciter dans les médias et chez tous les amateurs de "faits divers", mot horrible pour désigner un tel drame. Le point de bascule a été évidemment la découverte du premier corps quelques minutes avant que je ne tienne une conférence de presse qui n’aurait dû traiter que de la disparition inquiétante d’une famille et être le support d’un appel à témoins pour la retrouver. 

Quel est le moment le plus fort dans cette affaire selon vous ?

Dans une affaire criminelle de ce type, il n’y a pas vraiment de moments faibles, mais une énergie et un engagement soutenus sur la durée. Evidemment l’annonce de la découverte des corps, l’autopsie des cinq corps ou la gestion de la communication avec les médias ont constitué chacun à leur mesure beaucoup de moments "forts". Certaines informations qui pouvaient paraître de premier abord crédibles en raison des certitudes affichées voire absolues des témoins quant à la présence de Xavier Dupont de Ligonnès dans tel ou tel lieu ont également fait monter l’adrénaline des enquêteurs et des magistrats, mais à chaque fois il s’agissait de fausses pistes qui pourtant ont toutes été vérifiées.  

Le "retard" pris au démarrage de la cavale de Xavier Dupont de Ligonnès était-il impossible à rattraper ?

Il n’y a pas eu de retard d’enquête puisque dès les premières inquiétudes sur le sort de cette famille, des moyens policiers puis judiciaires très importants ont été déployés. En revanche il est exact que la découverte des corps qui a fait basculer l’enquête dans sa dimension criminelle a pris quelques jours.  Dans une enquête il n’y a jamais de fatalité, de "retard", ni d’échec, ni de réussite. Le temps, la patience, la détermination des enquêteurs et des magistrats finissent toujours par "payer", et j’ai la conviction que tel a été et sera toujours le cas à Nantes.  

Pourquoi la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès fascine-t-elle autant ?

Dès lors qu’une affaire criminelle n’est pas totalement résolue sur le plan judiciaire, soit par l’arrestation de l’auteur soit par la découverte de son corps, le mystère fascine, les hypothèses les plus variées prospèrent et tout un chacun projette ses fantasmes ou ses émotions sur un scénario dont le dénouement n’est pas encore connu. Je pense aussi qu’il y a de la fascination de la part du lecteur ou du spectateur des innombrables articles, reportages et reconstitutions audio ou télé-visuelles  qui ont été produits depuis dix ans, parce que ces assassinats interrogent chacun quant à son rapport au "Mal", à la "pulsion de mort" dans un environnement familial presque banal, classique, de classe moyenne française. 

Une telle densité de volonté criminelle forcément est marquante et fascinante

Lorsque le meurtrier est extérieur à la famille, paradoxalement je pense que l’horreur du ressenti est moindre que si "le Mal" est provoqué de l’intérieur du cocon familial, considéré par tous comme étant le plus protecteur du monde dans toutes les sociétés, notamment à l’égard des enfants. 

S’y ajoute parmi les hypothèses les plus sérieuses pour expliquer ces assassinats, leur caractère planifié, prémédité, y compris par des pièges tendus à des enfants, des traquenards, l’extraordinaire accumulation de mensonges avant et après… Une telle densité de volonté criminelle forcément est marquante et fascinante. Si en plus l’enquête donne à chacun la possibilité de devenir "Rouletabille" comme dans le roman policier de Gaston Leroux et d’épier son voisin de train, de bar, de lieu de séjour afin de démasquer celui qui a disparu, vous avez tous les ingrédients d’une histoire « qui marche » et qui passionne.  

L’affaire a suscité beaucoup de passion, y compris médiatique : cela complique le travail ? Les enquêteurs ont par exemple reçu des centaines de signalements, des lettres, des appels…

Oui, la pression médiatique a été intense, mais elle n’a pas paralysé les investigations. Tous les médias, de télévision, de radio, de presse écrite ou d’internet relayaient au début parfois en boucle, des informations vérifiées mais aussi les rumeurs les plus folles, dans une concurrence exacerbée.

J’ai fait le choix délibéré à l’époque de communiquer par mails tous les jours à l’ensemble des journalistes qui le souhaitaient l’intégralité des réponses aux différentes questions qui m’étaient adressées au lieu de privilégier un tel ou un tel ou de confirmer secrètement « de source autorisée » tel ou tel fait auprès d’un interlocuteur privilégié. J’ai constaté que cette pratique avait apaisé la concurrence et la course à la "fuite" ou au témoin miracle puisque je partageais  immédiatement des informations qui ne nuisaient pas à l’enquête avec tous les médias et avec l’accord préalable du juge d’instruction. 

Quel est votre sentiment sur l’arrestation de Glasgow ? Comment en arrive-t-on à un tel « raté » ? 

De ce que j’ai observé en observateur extérieur mais attentif des relations médias - police justice , puisque depuis 2012 je ne suis plus, ni de près ni de loin, en charge de cette enquête, certains responsables parisiens de la police ont confirmé à des journalistes ce qui n’était qu’une simple hypothèse d’arrestation en Ecosse du suspect des crimes de Nantes. Cette information d’une source apparemment unique et en tout cas non judiciaire, donc émise en violation du secret de l’instruction,  a été reprise en scoop national par tous les médias sans attendre la communication du parquet de Nantes, le seul que la loi autorise à communiquer. Le procureur avait besoin d’une confirmation officielle et écrite par les autorités écossaises de l’identité réelle de la personne arrêtée et d’une validation de cette analyse par le juge d’instruction en charge du dossier, ce qui a pris quelques heures. 

Huit ans après les faits, il a donc semblé impossible et je le regrette profondément notamment en pensant à la famille des victimes, d’attendre seulement quelques heures une confirmation judiciaire des faits, avant de diffuser une information si sensationnelle. Tout cela en raison du système concurrentiel exacerbé des médias dans lequel la pire faute n’est apparemment pas de diffuser une fausse nouvelle mais d’être en retard sur des confrères. 

On ne sait pas avec certitude si on cherche un individu mort ou vivant. Pensez-vous que l’enquête finira par combler les zones d’ombre du dossier ? 

J’avais évidemment une conviction raisonnée et argumentée au moment de mon départ en 2012 de Nantes, mais elle n’a pas d’importance. C’est au juge d’instruction en charge du dossier avec l’aide des enquêteurs de dire, le moment venu, la vérité judiciaire. 

Je suis persuadé que tôt ou tard le sort de l’auteur de ces crimes sera connu.

L’information se poursuit, elle n’est pas classée par un non-lieu. Les enquêteurs ont accumulé une somme considérable de preuves sur les circonstances de ces cinq assassinats. Je suis persuadé que tôt ou tard le sort de l’auteur de ces crimes sera connu. 

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