Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire du petit Grégory

Affaire Grégory : Marcel et Jacqueline Jacob remis en liberté sous contrôle judiciaire

Par Christophe Tourné et Anne Pinczon du Sel, France Bleu Bourgogne, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu mardi 20 juin 2017 à 15:04 Mis à jour le mardi 20 juin 2017 à 17:15

Stephane Giuranna et Gary Lagardette, les avocats des époux Jacob.
Stephane Giuranna et Gary Lagardette, les avocats des époux Jacob. © AFP - Philippe Desmazes

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon a décidé mardi de remettre en liberté le grand-oncle et la grand-tante de Grégory Villemin, quatre ans, retrouvé mort en 1984 dans les Vosges. Les époux sont remis en liberté sous contrôle judiciaire.

La chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Dijon a décidé mardi de remettre en liberté immédiate Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory Villemin, retrouvé mort en 1984 à l'âge de quatre ans dans les Vosges. Ils sont placés sous contrôle judiciaire et ne retourneront pas chez eux dans les Vosges, mais seront placés dans deux logements différents à des adresses tenues secrètes.

Le parquet avait requis le maintien en détention de Marcel et Jacqueline Jacob lors d'une audience à huis clos mardi matin. Arrêtés mercredi dernier dans les Vosges, Marcel et Jacqueline Jacob ont été écroués vendredi. Ils ont été mis en examen et placés en détention pour "enlèvement" et "séquestration suivie de la mort", 32 ans après la mort de l'enfant.

Libérés mais chacun de leur côté

Les deux époux ne retourneront pas chez eux dans les Vosges, mais seront placés dans deux logements différents à des adresses tenues secrètes dans le cadre de leur contrôle judiciaire.

"C'est un dossier qui ne repose sur rien. Jacqueline Jacob a dit qu'elle n'avait rien à voir avec l'affaire" — Maître Gary Lagardette, avocat de Jacqueline Jacob

"J'attendais d'en savoir plus de l'accusation mais je n'ai pas plus d'éléments que ceux entendus lors de la conférence de presse" de vendredi, a dénoncé Me Stéphane Giuranna, l'avocat de Marcel Jacob, ajoutant que son client "a hurlé son innocence ce matin dans le box". "C'est un dossier qui ne repose sur rien. Jacqueline Jacob a dit qu'elle n'avait rien à voir avec l'affaire, elle est dévastée à l'idée de rester en prison", a déclaré son conseil, Me Gary Lagardette.

Maîtres Stéphane GIURANNA (D) et Laure IOGNA-PRAT (G), avocats de Marcel JACOB - Maxppp
Maîtres Stéphane GIURANNA (D) et Laure IOGNA-PRAT (G), avocats de Marcel JACOB © Maxppp - Alexandre MARCHI

Une mise en examen 32 ans après le drame

L'arrestation surprise du couple, la semaine dernière dans les Vosges, a relancé l'affaire, jamais élucidée depuis la découverte du garçon de quatre ans, pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne, le 16 octobre 1984. Les deux septuagénaires ont été mis en examen pour enlèvement, séquestration suivis de mort et placés en détention. Ils n'avaient jamais été inquiétés jusqu'alors même si leurs noms apparaissaient au fil des 12.000 pièces du dossier : dans un arrêt de 1993, la cour d'appel de Dijon les avait au contraire disculpés.

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Sont-ils les corbeaux ?

Avec eux, l'accusation pense avoir identifié les fameux "corbeaux" et selon elle, "il y a un élément qui associe ces actes, ces lettres, les appels téléphoniques, l'acte d'enlèvement et la mort de l'enfant", plusieurs personnes ayant concouru à la réalisation du crime. Les soupçons se fondent sur des rapprochements graphologiques ou lexicaux, comme la récurrence de l'expression "le chef" pour désigner Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, dont les auteurs auraient voulu se venger.

Ce terme est notamment utilisé dans la lettre de revendication du meurtre, postée à Lépanges-sur-Vologne le 16 octobre 1984, semble-t-il avant même l'enlèvement de l'enfant d'après le cachet de la Poste. Signe que son auteur aurait joué directement un rôle.

L'expression fut aussi employée par Marcel Jacob, ouvrier, lors d'une altercation avec Jean-Marie Villemin, devenu contremaître, deux ans avant le drame. Me Giuranna ne voit là qu'une banale opposition syndicale, "pas un mobile pour assassiner un petit garçon, c'est délirant". Et "chef, c'est un mot que tout le monde employait" dans la famille, souligne Me Lagardette.

Dissiper les rumeurs

Le parquet général s'appuie aussi sur l'absence d'alibis "confirmés ou étayés", ce que conteste encore la défense. Trois décennies plus tard, les enquêteurs vont s'employer à vérifier les emplois du temps des différents protagonistes au regard de leurs déclarations antérieures. Et en procédant à de nouvelles auditions.

Murielle Bolle, la belle-sœur de Bernard Laroche, premier suspect tué en 1985 par Jean-Marie Villemin, pourrait être entendue prochainement. En 1984, âgée de 15 ans, elle avait affirmé devant les gendarmes qu'elle était avec son beau-frère le jour du meurtre et avoir assisté à l'enlèvement de Grégory, avant de se rétracter trois jours plus tard. "Compte tenu du climat actuel, qui ressemble étrangement à celui qui régnait dans ce dossier fin 1984, il me semble important que les doutes et les rumeurs soient rapidement dissipés", a déclaré à son avocat, Me Jean-Paul Teissonnière.

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"Ce n'est pas possible que ces gens-là aient quelque chose à voir" avec le meurtre, a rétorqué lundi Ginette Villemin, 61 ans, dont le défunt mari, Michel Villemin, oncle de Grégory, était très lié à Bernard Laroche, tout comme Marcel Jacob. Elle avait été placée en garde à vue la semaine dernière sans être mise en cause. Parce que les gendarmes lui ont posé "les mêmes questions" qu'il y a 32 ans, elle ne croit pas que la justice résoudra l'affaire un jour.

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