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Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire du petit Grégory

Affaire Grégory : Murielle Bolle espère qu'on retrouvera le coupable et "qu'ils nous laisseront enfin tranquilles"

jeudi 8 novembre 2018 à 6:01 - Mis à jour le jeudi 8 novembre 2018 à 9:17 Par La rédaction de France Bleu, France Bleu, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu Bourgogne

Murielle Bolle, l'une des protagonistes de l'affaire Grégory, sort ce jeudi un livre intitulé "Briser le silence". Elle répète qu'elle est innocente, tout comme son beau-frère Bernard Laroche, et explique à franceinfo qu'elle espère qu'un jour, cette affaire sera derrière elle.

Murielle Bolle sort de son silence sur l'affaire Grégory et publie un livre.
Murielle Bolle sort de son silence sur l'affaire Grégory et publie un livre. © Maxppp - Eric THIEBAUT

Vosges, France

Pour la première fois depuis que l'affaire Grégory est revenue sur le devant de la scène en 2017, Murielle Bolle prend la parole. Elle publie ce jeudi un livre, "Briser le silence", aux éditions Michel Lafon, où elle raconte comment elle a vécu ces événements, depuis que Grégory Villemin, 4 ans, a été retrouvé mort dans la Vologne, dans les Vosges, le 16 octobre 1984. Aujourd'hui quinquagénaire, elle confie à franceinfo : "J'espère qu'un jour on retrouvera le coupable et qu'ils nous laisseront enfin tranquilles".

"Je pense qu'avec ce livre les gens comprendront maintenant que je suis innocente, que je n'ai rien à voir dans tout ça. Cette affaire m'a détruite. J'essaye de survivre. Je vais continuer à me battre jusqu'au bout de toute façon, jusqu'à prouver mon innocence", explique Murielle Bolle, que franceinfo a rencontrée dans l'appartement de sa nièce, dans les Vosges. Lors de sa garde à vue en 1984, Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory Villemin, avant de se rétracter. Bernard Laroche avait été incarcéré, puis relâché, avant d'être tué d'un coup de fusil par son cousin Jean-Marie Villemin, le père de l'enfant, en 1985.

Aujourd'hui, Murielle Bolle maintient que les enquêteurs lui ont dicté ses aveux. "Je n'en pouvais tellement plus des hurlements des gendarmes. Ils m'ont insultée de menteuse, ils ont dit que Bernard Laroche avait avoué, qu'il était venu me chercher au collège. Ils m'ont menacée de maison de correction. Et il y en a un qui est entré en furie, en tapant les poings sur la table, en disant que j'avais couché avec Bernard, que j'étais sa maîtresse. C'était inimaginable d'entre ça", se remémore-t-elle. Elle affirme avoir ensuite répondu "oui" aux questions des gendarmes parce qu'elle voulait "juste rentrer chez moi (...) C'est ma parole contre la leur. Pour eux ils sont irréprochables". 

Je m'en voudrais toujours, parce que si je n'avais pas eu peur des gendarmes, Bernard serait encore là" 

Si elle est revenue sur ces accusations, cinq jours plus tard, Murielle Bolle assure que ce n'est pas lié à une raclée, contrairement à ce qu'on dit affirmé plusieurs témoins : "Je n'ai pas été frappée. J'étais chez ma sœur Marie-Thérèse, et mon beau-frère avait acheté le journal. Il a vu que Bernard avait été arrêté, et mon témoignage qu'avaient fait les gendarmes. Et là j'ai tout fait voler ce qu'il y avait devant moi, je suis partie dans la chambre. Ma sœur m'a dit : 'qu'est-ce qu'il y a ?' Je lui ai dit : 'C'est pas vrai, c'est pas moi. Ce sont les gendarmes qui m'ont forcée à dire ça.' Et on a été revoir le juge Lambert. Je m'en voudrais toujours, parce que si je n'avais pas eu peur des gendarmes, Bernard serait encore là en ce moment." 

Le livre de Murielle Bolle sur l'affaire Grégory. - AFP
Le livre de Murielle Bolle sur l'affaire Grégory. © AFP - Jean-Christophe Verhaegen

Après de nombreux rebondissements judiciaires, l'affaire Grégory a de nouveau explosé au printemps 2017. Murielle Bolle et Marcel et Jacqueline Jacob, le grand-oncle et la grand-tante de Grégory Villemin, ont été mis en examen pour enlèvement et séquestration suivis de mort. Murielle Bolle a passé 38 jours en prison : "Cela m'a détruite complètement. Tout s'écroulait. J'ai été insultée de tous les noms, de tueuse d'enfant, de monstre".  

Murielle Bolle affirme qu'elle comprend les parents de Grégory mais : "ce n'est pas nous"

En mai 2018, nouveau coup de théâtre, ces mises en examen ont été levées pour "des points de procédure". C'est ce qui permet à Murielle Bolle de prendre la parole, et de s'adresser aux parents du petit Grégory. Elle dit les comprendre. "Je suis une maman aussi maintenant. Je comprends qu'ils continuent à chercher. Qu'ils arrêtent de s'acharner contre nous, parce que ce n'est pas nous. Qu'ils cherchent ailleurs, c'est tout. J'espère qu'un jour on retrouvera le coupable et qu'ils nous laissent enfin tranquilles. Même si ça avait été Bernard, cela pouvait m'arracher le coeur mais je l'aurais dit. Je n'aurais jamais caché un tel crime", dit Murielle Bolle.   

Le 16 novembre prochain, le conseil constitutionnel doit dire si les droits fondamentaux de Murielle Bolle ont été respectés lors de sa garde à vue de 1984.