Faits divers – Justice

Affaire Jonathan Vantillard : un premier procès dix ans après les faits

Par Anne Pinczon du Sel, France Bleu Bourgogne jeudi 12 octobre 2017 à 19:32

La photo de Jonathan a été placardée à l'endroit où il a été retrouvé mort
La photo de Jonathan a été placardée à l'endroit où il a été retrouvé mort © Radio France -

Dix ans après le meurtre de Jonathan Vantillard à Auxonne, deux voisins étaient jugés ce jeudi pour non assistance à personne en danger. Un procès qui n'a pas permis à la famille du jeune homme d'obtenir les réponses qu'elle attendait.

C'était il y a dix ans. Le 17 avril 2007, Jonathan Vantillard, 18 ans, est retrouvé agonisant dans la cour de son immeuble. Les enquêteurs pensent d'abord à un accident, avant de réaliser qu'il s'agit d'un meurtre. Jonathan a été roué de coups et deux voisins auraient peut-être pu lui porter secours. Ce jeudi, Loïc et Coralie était jugés devant le tribunal correctionnel de Dijon pour non assistance à personne en danger. Mais le ou les meurtriers n'ont toujours pas été retrouvés.

Des questions cruciales restent en suspens

" Je sais que la famille de Jonathan ne pourra ressortir que déçue de ce procès, voire avec de l'amertume " prévient l'avocate générale au moment de commencer son réquisitoire. Parce que l'audience de ce jeudi n'apportera pas les réponses attendues. Qui a tué Jonathan ? Et pourquoi ? La question centrale de cette audience, c'est de savoir si Loïc et Coralie avaient compris que Jonathan avait besoin d'aide et qu'ils ont délibérément décidé de ne pas lui porter secours. Les derniers mots que Loïc a lancé à Jonathan quand il l'a découvert dans la cour ont été répétés plusieurs fois à l'audience : " tu dessaoules sacoche ? " Pour la défense, c'est bien la preuve que le jeune couple n'a pas conscience de l'état grave dans lequel se trouve Jonathan. Coralie et Loïc ne cessent de répéter qu'ils pensaient qu'il avait trop bu, qu'il était en train de décuver, et qu'au pire, il s'était pris une claque ou deux.

Mais la partie civile met en avant le comportement contradictoire des deux jeunes gens. Ils savaient que Jonathan était handicapé ( il est né sans oreilles et il était appareillé), il était en position foetale dans la cour, il avait bu, " rien que ça, ça méritait de l'aide " D'autant que Coralie veut d'abord appeler les pompiers, avant que Loïc ne la dissuade : il a été condamné à une peine avec sursis un peu avant, et il ne veut pas avoir d'ennuis. Avec leurs amis, les jeunes gens se mettent d'accord " s'il se passe quelque chose, il ne faudra rien dire. "

C'est facile de refaire le monde

La défense met l'accent sur le fait que ça aurait pu arriver à n'importe qui. " Tous les Dijonnais qui passent derrière la Fnac, qui voient des SDF allongés au sol, je n'en n'ai jamais vu un seul appeler les secours, moi le premier ! C'est facile de refaire le monde, mais ça c'est la vraie vie telle qu'on la connaît tous " s'énerve l'avocat de Coralie.

Dans la salle d'audience la tension est palpable. Depuis dix ans, la colère et la douleur ne se sont pas estompées. Il y a des larmes, des interjections, des départs précipités. " On a laissé mourir mon fils, et peut-être qu'on a laissé fuir les assassins. Je me pose des questions, et ça fait dix ans que j'attends ce moment" murmure d'une voix tremblante le père de Jonathan. " Le meurtrier, hélas, il n'est pas là, mais ça ce n'est pas de leur faute " répond l'avocat de Coralie.

L'avocate générale a requis deux ans de prison avec sursis et mise à l'épreuve pour Loïc et un an de prison avec sursis pour Coralie. La décision a été mise en délibéré au 23 octobre