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Affaire Karachi : le procès sur le financement de la campagne d'Édouard Balladur commence ce lundi

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Par , France Bleu, France Bleu Cotentin

Un premier procès s'ouvre ce lundi dans le volet financier de l'affaire Karachi. Six hommes sont jugés au tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur, en 1995.

Édouard Balladur a-t-il financé sa campagne de 1995 grâce à des rétrocommissions occultes ?
Édouard Balladur a-t-il financé sa campagne de 1995 grâce à des rétrocommissions occultes ? © AFP - Thomas Samson

Dans la tentaculaire affaire Karachi, un premier procès s'ouvre ce lundi : six hommes sont jugés au tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. Le procès se tiendra en l'absence du principal intéressé, Edouard Balladur, et de son ancien ministre de la Défense François Léotard : tous deux viennent d'être renvoyés devant la Cour de justice de la République, seule habilitée à les juger.

Les rétrocommissions ont-elles alimenté la campagne d'Édouard Balladur ? 

Trois politiques, un industriel et deux intermédiaires doivent répondre, jusqu'au 31 octobre, d'abus de biens sociaux ou de complicité et recel de ce délit, notamment au détriment de la branche internationale de la Direction des constructions navales, la DCNI.

Au cœur du dossier, des soupçons de rétrocommissions sur des sommes réglées à des intermédiaires, le "réseau K", en marge de la vente de frégates à l'Arabie saoudite et de sous-marins au Pakistan. Si le versement de pots-de-vins à des agents étrangers étaient alors la règle à l'international, jusqu'à leur interdiction en 2000, les rétrocommissions étaient proscrites.

Pour l'accusation, ce sont ces rétrocommissions qui auraient alimenté les comptes de campagne d'Edouard Balladur dans un contexte très particulier : celui de la lutte fratricide qui opposait alors au sein de la droite française le Premier ministre sortant, sans appareil, au maire de Paris Jacques Chirac, qui avait lui le soutien du RPR. 

Un attentat en représailles de l'arrêt des commissions ?

L'affaire prend sa source dans l'enquête sur l'attentat de Karachi : le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un bus transportant des salariés de la DCNI coûtait la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant à la construction des sous-marins dans le port pakistanais de Karachi. L'enquête, qui avait au départ privilégié la piste terroriste d'Al-Qaïda, s'en était éloignée en 2009 pour explorer les possibles liens, non confirmés à ce jour, entre l'attaque et l'arrêt du versement des commissions en 1995.

Le procès qui s'ouvre ce lundi ne dira pas si l'arrêt du versement des commissions, décidé par Jacques Chirac après son élection, est ou non lié à l'attentat survenu sept ans plus tard.  C'est exclusivement le volet financier du dossier qui sera jugé, mais en l'absence donc du principal intéressé, Edouard Balladur, et de son ancien ministre de la Défense François Léotard.

Plus 300 millions d'euros de commissions occultes ? 

Après des années d'enquête, les juges d'instruction ont estimé que plus de 300 millions d'euros de commissions "indues" et "exorbitantes" sur des contrats d'armement avaient été versées au "réseau K" (pour King, allusion au roi d'Arabie). Un réseau "inutile" et imposé par le gouvernement en fin de négociations pour enrichir ses membres et financer par des rétrocommissions la campagne Balladur, via des sociétés offshore, selon les magistrats. 

Trois prévenus issus du monde politique  

Les trois prévenus issus du monde politique nient tout financement illégal : Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne d'Edouard Balladur et aujourd'hui un des dirigeants du groupe de luxe LVMH; Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller à l'époque du ministre de la Défense; Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy et surtout engagé dans la campagne d'Édouard Balladur. Ils sont jugés aux côtés de Dominique Castellan, ancien patron de la DCNI, ainsi que deux hommes d'affaires : le Franco-libanais Ziad Takieddine et l'Espagnol d'origine libanaise Abdul Rahman Al Assir, membres du "réseau K". La présence de ce dernier, qui réside en Suisse, est peu probable.

Pendant l'enquête, après avoir longtemps tergiversé, Ziad Takieddine avait concédé avoir financé la campagne d'Edouard Balladur à hauteur de 6 millions de francs (moins d'un million d'euros), affirmant avoir été sollicité par Nicolas Bazire via Thierry Gaubert, ce que les deux hommes contestent.

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