Faits divers – Justice

Affaire Loan : bataille d'experts devant les Assises de la Creuse

Par Valérie Mosnier, France Bleu Creuse et France Bleu Limousin mercredi 12 octobre 2016 à 1:17 Mis à jour le mercredi 12 octobre 2016 à 1:20

Au 2e jour du procès des parents de Loan, une dizaine de témoins ont été entendus ce mardi par la Cour d'Assises de la Creuse
Au 2e jour du procès des parents de Loan, une dizaine de témoins ont été entendus ce mardi par la Cour d'Assises de la Creuse © Radio France - Valérie Mosnier

Au deuxième jour du procès des parents de Loan devant la Cour d'Assises de la Creuse, place aux témoins. Deux versions d'experts s'opposent sur la mort du bébé de 4 mois fin août 2014.

Les auditions des témoins ont commencé ce mardi 11 octobre aux Assises de la Creuse. Les parents du petit Loan comparaissent depuis ce lundi pour la mort le 21 août 2014 de leur bébé, âgé de 4 mois. Les enquêteurs, les responsables des garde à vue, un premier psychiatre, des amis du couple, la sœur de Christelle Mourlon et les parents de Cédric Danjeux ont été entendus.

Prouver que Loan a été un bébé secoué

D'un côté, il y a la version du Chef du Service de Médecine Légale du CHU de Limoges, le Professeur François Paraf. Il a pratiqué l'autopsie de Loan, le 1er septembre 2014. Devant la Cour, il détaille les hématomes à la face et sur le cuir chevelu, des marques qui atteignent par exemple six centimètres de hauteur sur la joue droite de l'enfant. Le médecin fait aussi référence à des griffures en haut du cou, deux hématomes en dessous du genoux et une fracture superficielle du fémur. Mais surtout, l'expert parle "de lésions cérébrales, un traumatisme crânien" causé par un choc violent à l'origine de la mort de l'enfant, mais impossible pour lui de dire si ces contusions date du 21 août, c'est-à-dire le jour de la mort de Loan, ou si elles sont antérieures de trois à cinq jours.

Mais ces conclusions sont réfutées par un ancien collègue, le Docteur Bernard Magret. Lui aussi a assisté à l'autopsie et a envoyé son propre rapport durant l'instruction. Ce deuxième médecin est catégorique, pour lui, Loan est décédé parce qu'il a été secoué, a reçu des gifles et qu'il s'est asphyxié en régurgitant.

ça change énormément de choses - Me Guillaume Viennois, avocat de Cédric Danjeux

Une brèche dans laquelle s'est engouffré la défense de Cédric Danjeux, "on avait une personne qui depuis le début de l'instruction, depuis qu'il a reconnu les faits, a reconnu avoir porté plusieurs claques à son enfant. Il a été mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. On avait jusqu'à aujourd'hui les conclusion d'un expert qui venait dire que les claques étaient compatibles avec la cause du décès" explique Me Guillaume Viennois "Cédric a toujours dit ce qu'il avait fait et a toujours considéré qu'il était responsable parce qu'il lui avait été indiqué que le décès de Loan était la conséquence des claques portées par son père le 21 août 2014".

"La lumière sur ce dossier est différente aujourd'hui " Me Guillaume Viennois, avocat de Cédric Danjeux

A la fin de l'audience, Cédric Danjeux a une nouvelle fois confirmé les quatre ou cinq claques portées à Loan dans la matinée du 21 août 2014. Mais, il nie avoir secoué son enfant. "J'ai avoué les claques, pourquoi est ce que j'aurais pas avoué le reste ?"

Cédric Danjeux, un homme violent et impulsif

C'est ce qui ressort des auditions des témoins entendus ce mardi. Même si elle reconnaît bien s'entendre avec lui, la sœur de Christelle Mourlon parle de quelqu'un de "nerveux, impulsif et lunatique.. qui pouvait vite s'agacer si on le contredisait". "J'ai peur encore de lui" raconte une amie du couple, qui avait pris l'habitude de passer voir Christelle "elle me le demandait, elle avait pas d'amie, elle était seule". Avec l'aide de la Cour, elle se souvient d'épisodes où Cédric Danjeux pouvait se montrer violent. Elle parle aussi des marques sur les joues de Loan, qu'elle avait remarqué en août, mais Christelle lui aurait répondu que "Loan se pinçait les joues tout seul."

Pour la première fois Cédric Danjeux craque

Cédric Danjeux a pleuré quand son père est venu témoigner ce mardi en fin de matinée. Cet homme de 57 ans ne voulait pas prendre une journée pour venir témoigner, mais il a été obligé. Il a coupé les liens depuis des années avec son fils, qui l'a mis à la porte parce qu'il n'avait pas de travail.

Il est le troisième d'une fratrie de dix enfants. A l'école ça ne va pas fort.. il souffre de dyslexie. En échec scolaire au CP, il part à l'IME du Monteil au Vicomte et à 16 ans commence un apprentissage au Lycée Agricole d'Ahun, mais n'obtient pas son CAP.

Cédric Danjeux a toujours eu un sentiment d'injustice. Avec son frère Frédéric, ils sont les seuls, dit-il, à recevoir des punitions et sans explication. A un moment, il pense même qu'il n'est pas le fils de son père. Face aux questions de la Cour, l'homme s'agace : "Aujourd'hui on juge le papa, ou le fils ?". C'est une figure paternelle dominante dans la famille Danjeux, selon le psychiatre cité comme témoin. D'après l'expert, Cédric souffre d'une carence affective, éducative et sociale. Mais, il ne voyait pas son père comme violent, plutôt comme sévère.

Quand Cédric Danjeux s'exprime, il lui reproche de lui avoir caché la mort de son frère, de sa grand-mère, de ne pas être venu le voir en prison, ni même de lui avoir écrit. C'est la même chose pour sa mère. Pour elle, son mari n'était pas plus sévère qu'avec les autres enfants de la famille.

Mais, lorsqu'un avocat des parties civiles demande au père de Cédric Danjeux de se retourner vers son fils pour lui dire qu'il l'aime, il est catégorique "je ne peux pas".

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