Faits divers – Justice

Affaire Loan : les parents s'expliquent sur la mort de leur bébé devant les assises de la Creuse

Par Valérie Mosnier, France Bleu Creuse, France Bleu Limousin et France Bleu mardi 11 octobre 2016 à 3:05 Mis à jour le mardi 11 octobre 2016 à 3:07

Les procès des parents de Loan doit durer jusqu'à vendredi devant la Cour d'Assises de la Creuse
Les procès des parents de Loan doit durer jusqu'à vendredi devant la Cour d'Assises de la Creuse © Radio France - Valérie Mosnier

Ce lundi avait lieu la première journée du procès des parents du petit Loan devant la cour d'Assises de la Creuse à Guéret. Le procès a commencé avec les interrogatoires de Cédric Danjeux et de Christelle Mourlon, qui reconnaissent être à l'origine du décès de leur bébé en août 2014.

Ce lundi 10 octobre, la première journée du procès des parents du petit Loan se tenait devant la cour d'Assises de la Creuse, à Guéret. Le procès a commencé par les interrogatoires des parents, Cédric Danjeux et de Christelle Mourlon, qui reconnaissent être à l'origine du décès de leur bébé en août 2014. Ce lundi après-midi, dans le box des accusés, Cédric Danjeux est apparu avec des lunettes, regardant très souvent le sol. Devant lui, sur le banc des accusés, Christelle Mourlon, qui comparaît libre, est habillée de noir, cheveux tirés en arrière, mais son regard est dans le vide, et son visage sans expression.

A tour de rôle, devant la cour, ils sont revenus sur leur rencontre au foyer de jeunes travailleurs à Guéret en 2011, puis leur déménagement à Lavaveix-les-Mines, moins d'un an plus tard. Le président de la cour d'Assises pose beaucoup de questions, notamment sur la date du 21 août 2014, date du décès de Loan. Loan était un enfant désiré comme l'ont confirmé ses parents, mais les premiers mois sont difficiles entre les soucis de santé et le manque d'argent.

Une violence latente

Loan est né à l'Hôpital Esquirol à Limoges le 3 avril 2014, il est prématuré et reste hospitalisé environ un mois, les parents font les allers-retours car ils n'ont pas les moyens de rester à la maison des parents de Limoges. Très rapidement, les médecins se rendent compte que Loan souffre d'une malformation cardiaque, il est opéré en juin à l'Hôpital Purpan à Toulouse. Selon maître Portejoie, l'avocat d'une des grands-parents maternels de Loan, les personnels hospitaliers avait le souvenir de son père comme d'un homme agressif, voire violent.

Quand il est interrogé, Cédric Danjeux montre un certain détachement. Il reconnaît des violences sur sa compagne. Christelle Mourlon a porté plainte trois fois contre lui, avant de se rétracter, sauf pour la dernière plainte qui date de début 2015 alors que la jeune femme était en enceinte de cinq mois. Malgré tout, ce lundi devant le tribunal, Christelle Mourlon reste aux côtés de Cédric Danjeux.

"ça m'a monté à la tête " - Cédric Danjeux

Âgée de 26 ans aujourd'hui, Christelle Mourlon, jusque là stoïque, voire impassible, se met à pleurer quand on lui demande de raconter cette matinée du 21 août 2014. Elle explique qu'elle est dans le salon de la petite maison de Lavaveix-les-Mines, il est environ 9h30. Elle joue à la console avec la fille d'une amie pendant que Cédric Danjeux s'occupe de donner le biberon, qu'elle a préparé pour Loan. C'est là qu'elle dit entendre des claques, puis des pleurs. Elle se serait rendue dans la chambre et aurait demandé à son compagnon "de ne pas faire ça", lui aurait proposé de prendre le relais et il lui aurait répondu "dégage !". Elle regagne alors le salon mais Loan, qui refuse toujours de prendre son biberon, reçoit encore trois gifles et "c'est là qu'il tourne de l’œil" selon son père, qui couche le bébé dans son lit avant de sortir fumer une cigarette et boire un café.

Quand il a fini, il dit à Christelle Mourlon qu'il a "fait une connerie". Dans la chambre, le bébé agonise, régurgite et respire de moins en moins fort. Il a des marques de coups sur le visage, ses parents lui passent un gant mouillé, mais il est trop tard.

Un macabre scénario

C'est bien ensemble que Cédric Danjeux et Christelle Mourlon ont choisi d'enterrer Loan près d'un étang de Saint-Sulpice-les-Champs, qu'ils connaissaient pour y avoir pêché. Les gants ont été fournis par la mère, qui a aussi conduit Cédric Danjeux. En revanche, c'est lui seul qui a creusé à une vingtaine de centimètres du sol pour y déposer le sac poubelle avec le petit corps à l'intérieur.

La disparition, ils l'ont aussi pensé à deux, répétée la veille, même si Cédric Danjeux a eu l'idée de l'enlèvement. A force de fréquenter les gendarmeries, il avait vu les affiches d'enfants disparus qu'on ne retrouvent pas souvent. Christelle Mourlon se "doutait que ça finirait mal", mais elle le suit dans l'exécution du plan. Le 27 août au soir, ils vont jusqu'à demander à des passants s'ils n'ont pas vu un homme avec un couffin. Sans parler de la semaine sans Loan, où le père et la mère ont fait comme si de rien n'était, se promenant avec le landau et un poupon à l'intérieur.

Les parents rapidement suscpects

Un scénario qui a très vite montré des incohérences pour les enquêteurs. Selon le directeur d'enquête de la Section de recherches de Limoges, Cédric Danjeux et Christelle Mourlon ne parlaient pas du même nombre de parties de pétanque le soir de l'enlèvement : deux parties en moins d'une heure selon lui, 10 selon elle... Mais ce n'est pas tout, lors de la perquisition au domicile de Lavaveix-les-Mines le lendemain de l'enlèvement, les enquêteurs trouvent une maison propre, rangée, sans couches sales dans la poubelle et seulement un pyjama de Loan dans la corbeille de linge sale. Durant les recherches, les parents ne demandent pas de nouvelles, ils ont l'air décontracté et détachés, ils se renseignent sur le véhicule utilitaire des gendarmes en se disant que ce serait bien pour partir en vacances.

"Vous n'avez pas l'impression d'avoir sacrifié votre enfant pour le garder lui ?"

La principale question qui est revenue lors de ce premier jour de débat, c'est pourquoi ne pas avoir prévenu les secours ? "Je ne peux pas l'expliquer" a répondu Christelle Mourlon. Avait-elle peur de son compagnon ? La jeune femme n'a pas été menacée, Cédric Danjeux ne lui a pas crié dessus ce jour là, insiste l'avocat général. Sébastien Farges qui poursuit, "vous avez porté plainte pour les violences sur votre personne, mais pour Loan vous ne faites rien depuis le début... Vous n'avez pas l'impression d'avoir sacrifié votre fils pour le garder, lui, Cédric Danjeux?" Pour l’avocat général, Christelle Mourlon aurait agit ainsi pour protéger Cédric Danjeux plutôt que Loan. "Je m'étais amourachée" répond Christelle Mourlon, "j'étais prête à faire beaucoup de choses pour lui... mais je regrette le décès de mon enfant".

Maitre Nathalie Bucquet, représente l'Association Innocence en Danger une des parties civiles au procès des parents de Loan

En savoir plus sur l'affaire Loan.

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