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Faits divers - Justice
Dossier : Charente et Charente-Maritime : affaires non résolues

Affaire non résolue: il y a 20 ans, le meurtre de Lucie Valin près de La Rochelle

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Par , France Bleu La Rochelle

Le 11 février 1998, une retraitée de 83 ans, Lucie Valin, est tuée sauvagement à son domicile de Dompierre-sur-Mer. Peu après, sa carte bleue est utilisée dans un distributeur de La Rochelle pour retirer 3000 francs. Un suspect a été incarcéré dans cette affaire, avant de bénéficier d'un non-lieu.

Lucie Valin, prise en photo à l'occasion d'une fête de famille, quelques années avant son meurtre.
Lucie Valin, prise en photo à l'occasion d'une fête de famille, quelques années avant son meurtre. - Claudy Valin

La Rochelle, France

C'est au moment de l'autopsie de Lucie Valin, que ses proches réalisent la violence du meurtre de cette retraitée de 83 ans, à son domicile de Chagnolet, hameau de Dompierre-sur-Mer (Charente-Maritime), à quelques kilomètres de La Rochelle, le 11 février 1998 dans la soirée. Le ou les agresseurs "ont commencé à lui taillader les poignets" se souvient l'avocat Claudy Valin, neveu de la victime et avocat de sa famille dans ce dossier. "Ensuite ils se sont mis à la frapper au visage, soigneusement, méthodiquement. On casse d'abord le nez, ensuite on casse les dents, jusqu'à ce qu'elle donne le numéro" de sa carte bleue.

C'est en effet le mobile privilégié pour ce crime: quelques heures après le meurtre, 3.000 francs sont retirés à un distributeur proche du marché central de La Rochelle. "Elle a résisté jusqu'au bout de ses forces" poursuit Claudy Valin. "Et comme ils ont réalisé que ce qu'ils avaient fait était hautement répréhensible, ils ont supprimé la victime qui était en même temps le témoin. Ils l'ont égorgée purement et simplement."

Avant de craquer, la vieille dame a visiblement "résisté jusqu'au bout de ses forces" imagine Claudy Valin, qui se souvient du caractère très robuste de sa tante. Toute sa vie, Lucie Valin a vécu dans l'angoisse que son mari ne rentre pas à la maison. D'abord officier de police, il a longtemps travaillé à la DST (ancêtre de la DGSI, la direction générale de la sécurité intérieure). "Dans la famille, on disait qu'il travaillait dans les services secrets." Des missions parfois sensibles, qui l'ont notamment conduit dans l'Algérie en guerre. "Ma tante s'était construit une carapace, pour résister aux angoisses", estime Claudy Valin. Ce qui l'avait programmée pour "résister" à ses agresseurs.

Des empreintes de baskets Nike

Aucune trace d'effraction. Mais sur le seuil de la porte et dans la cuisine de Lucie Valin, les gendarmes découvrent plusieurs traces de pas dans le sang de la victime. Empreintes laissées par la chaussure droite d'une paire de Nike Diverge, taille 45. Un mois après le meurtre, un homme est arrêté en Ariège avec ce modèle dans ses bagages. Jean-François D. était à La Rochelle au moment des faits. Mais l'analyse des chaussures ne donne rien. Pas de sang ni d'ADN de la victime, le suspect est relâché.

Un an plus tard, pourtant, Nathalie Poireau et Jean-Luc Nadaud, un couple de marginaux, mettent à nouveau en cause Jean-François D, croisé dans un foyer rochelais. Peu de temps après le meurtre, ils ont vu le suspect nettoyer ses chaussures, rappelle l'avocat de la famille de la victime, Claudy Valin: "avant qu'il les nettoie, Nadaud dit très clairement: j'ai le souvenir d'une marque de sang séché sur l'une d'entre elles. Et Jean-François D va s'évertuer à nettoyer ses chaussures, ce qui n'était pas dans ses habitudes." Quand Nathalie Poireau tente d'attraper une des chaussures, elle est violemment rabrouée. "Et il s'est mis à nettoyer ses chaussures avec de la crème à récurer. Ce n'est quand même pas ordinaire!"

Cette fois, une analyse des chaussures par la gendarmerie fait bien le lien avec les traces retrouvées chez la victime. Incarcéré durant plus d'un an, le suspect tient bon, il n'avoue pas. Jean-François D va jusqu'à accuser du meurtre deux connaissances croisées à La Rochelle: "Il les accuse, et lors d'une confrontation, il maintient" se remémore Claudy Valin. "Il va jusqu'à dire: c'est bien mes chaussures - et donc le juge d'instruction se retrouve tout près de la vérité - mais c'est eux qui me les avaient prises ce soir-là. Evidemment les autres s'en défendent. Et vérification faite, ils ne sont pas de la même pointure."

Le meurtre a été commis dans ce pavillon de Dompierre-sur-Mer, où Lucie Valin vivait seule depuis le décès de son mari. - Aucun(e)
Le meurtre a été commis dans ce pavillon de Dompierre-sur-Mer, où Lucie Valin vivait seule depuis le décès de son mari. - Capture d'écran Google Maps

Le suspect accuse des connaissances pour le meurtre

Autre moment troublant, quand Jean-François D est confronté aux images très crues de l'autopsie de la victime. Vertige, nausée, l'homme s'effondre...  "Aveu implicite", martèle l'avocat Claudy Valin, quand à l'époque, la défense y voyait au contraire une preuve d'innocence. Deux nouvelles expertises des chaussures, l'une suisse, l'autre belge, viennent contredire celle de la gendarmerie. En 2004, six ans après les faits, la juge d'instruction en charge du dossier jette l'éponge, et signe une ordonnance de non-lieu en faveur de Jean-François D. Le parquet n'y voit rien à redire.

Les magistrats ont-ils voulu protéger leur carrière en évitant un acquittement aux assises? Claudy Valin se pose la question: "Sans doute qu'une petite crainte professionnelle les conduit à une espèce de timidité. Parce que des éléments, il y en a quand même à foison." Un faisceau d'indices concordants, mais pas de preuve irréfutable. "Mais en matière criminelle, il n'y a jamais de preuve irréfutable" se récrie Claudy Valin. "Il faudrait des aveux. Mais il n'y aura pas d'aveux à espérer de quelqu'un comme Jean-François D."

Une scène de crime très mal exploitée

Cinq ans plus tard, le parquet tente un nouveau coup de poker. Et fait analyser les vêtements de la victime. Sans résultat. Comme n'avaient rien donné, quelques années plus tôt, l'analyse d'un mégot et d'une lettre de scrabble trouvés au domicile de Lucie Valin. Il faut dire que très peu d'échantillons ont été relevés sur la scène de crime, rappelle Claudy Valin: "à l'époque, on ne recherche pas l'ADN. On en est encore à relever des empreintes, mais des empreintes tellement brouillées puisque les gendarmes, de bonne volonté sans doute, ont mis leurs mains partout, leurs pieds partout... ce qui donne des relevés d'empreintes inexploitables."

L'affaire peut-elle encore rebondir? C'est l'espoir de la famille de Lucie Valin, son fils et ses deux filles, toujours marqués par ce meurtre atroce. Mais pour cela, présage leur cousin Claudy Valin, il faudra sans doute que le coupable soit arrêté pour une autre affaire. Et qu'un enquêteur consciencieux retrouve trace de son séjour à La Rochelle, en 1998. L'affaire en tout cas ne sera pas prescrite avant une bonne dizaine d'années.

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