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Faits divers – Justice

"Au secours Monsieur le Président", l'appel désespéré des riverains de la décharge Montimas à Béziers

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Par , France Bleu Hérault, France Bleu

Des dizaines de mails ont été envoyés aux élus depuis le début de l’année par les riverains de la décharge de Montimas dans l’agglomération des Béziers. Trois plaintes ont par ailleurs été déposées. Des certificats médicaux attestent de maux consécutifs à ses émanations. Des témoignages inquiétants.

Panneau de riverains de la décharge Montimas à Béziers
Panneau de riverains de la décharge Montimas à Béziers © Radio France - Stéfane Pocher

Béziers, France

Les riverains de la décharge de Montimas s’apprêtent à passer un nouvel été, sans doute portes et fenêtres fermées à cause des odeurs qu'ils disent encore percevoir. Sauf si une solution pérenne est trouvée d’ici-là. La sous-préfecture de l’Hérault se dit très attentive à l’évolution de ce dossier bien embarrassant dont les investissements ont déjà été épinglés par la Chambre Régionale des Comptes dans un précédent rapport révélé par France Bleu Hérault.

Les premières plaintes ont été déposées

Le Préfet de l’Hérault doit prendre dans les prochains jours un arrêté interdisant l’acheminement de certains déchets. Contrairement à ce qui a été annoncé publiquement au dernier conseil d'agglomération, cet arrêté n'a pas encore été pris. En attendant, une surveillance des rejets à l’extérieur du site a été mise en place en avril afin d’en quantifier la nature et les teneurs. Cette étude a été confiée à l’organisme agréé, ATMO Occitanie. Une analyse des résultats sera ensuite effectuée par l’Agence Régionale de Santé (ARS).

A ce jour, trois plaintes ont été déposées au parquet de Béziers par des habitants proches de cette décharge pour mise en danger d’autrui. D’autres pourraient suivre. La riposte s’organise et prend de l’ampleur avec le soutien d’un avocat pénaliste. Par ailleurs, un nouveau recours a été déposé le 28 avril au Tribunal Administratif par le Comité de Défense Les Hauts de Badonnes-Montimas contre le Préfet de l'Hérault, et la Communauté d'Agglomération.

Les semaines se suivent et se ressemblent pour les riverains 

Depuis pratiquement quatre mois, ils ont pris l’habitude d’envoyer un mail au Président de l’agglomération de Béziers dès que les odeurs pestilentielles dégagées (par ce site très contesté), deviennent insupportables. De jour comme de nuit, ils alertent alors le Président Frédéric Lacas. Des dizaines de messages envoyés en copie à Robert Ménard, le maire de Béziers (vice-président de l’agglomération de Béziers Méditerranée), Jean-Claude Renau, l’élu en charge des déchets (maire de Lignan-sur-Orb), Philippe Donnadieu (responsable technique du site). L’ARS et la sous-préfecture de Béziers sont également destinataires de ces mails. 

Les jours se suivent, les mails aussi, ainsi que votre indifférence. Après ces quelques jours bien ventés où nous avons laissé à nos voisins la joie d’être GAZÉS, ça y est, nous reprenons la main. Je vous imagine bien dans un sommeil paisible, caché derrière vos mensonges pendant que moi je commence à prendre un médicament contre la migraine et que je demande à qu’elle heure je vais me rendormir"- Message de Chantal écrit le 2 mai 2019 à 23h26

Des odeurs pestilentielles, immondes, irrespirables, irritantes

Cette même nuit du 2 mai, Jean-Paul, déjà victime d’un infarctus n’arrive pas à s'endormir lui non plus. Faisant de l’apnée du sommeil, il est contraint de s'équiper avec un appareil médical, qu’il a bien du mal à supporter quand l’odeur est intolérable, malgré les fenêtres fermées. Jean-Claude fait partie de ces trois riverains ayant porté plainte. Il met en cause non-seulement le président Frédéric Lacas, mais aussi le sous-préfet de Béziers et le préfet de l’Hérault. "Depuis minuit, des odeurs affreuses comme à l’habitude envahissent ma maison. Je viens de jeter le masque de mon appareil ResMed qui amplifie les odeurs nauséabondes. Pourtant  j’ai un besoin vital de cet appareil pour ne pas faire d’apnée et surtout soulager mon cœur déjà affaibli par un infarctus. Comme à chaque fois je me retrouve dans l’impossibilité d’en faire bon usage, mon état médical et la fatigue augmentent à chaque fois. Je ne pourrai, moi ou ma famille, que vous rendre responsable des problèmes qui risquent de plus d'en découler. Voilà plus de deux ans que vous nous laissez être gazés avec toutes les complications de santé que je continue à avoir. Je ne vous souhaite pas bonne nuit car la mienne est bien compromise. Je me demande comment vous pouvez encore dormir avec l’incompétence que vous avez sur les épaules et la honte que vous devriez avoir". 

Obligé de partir de chez soi

L’intensité des odeurs dénoncées varie en fonction de l’orientation des vents. Message d'une habitante le 22 avril 2019 : "Des odeurs de gaz très intenses, immondes, irrespirables, irritantes sont à nouveau apparues chez nous, déclenchant aussitôt des maux de tête. Cette journée, nous la passerons calfeutrés ou nous quitterons à nouveau les lieux pour ne pas subir cette pollution; mais jusqu'à quand ? Bonnes fêtes de Pâques." 

Si certains quittent leur domicile les jours durant lesquels les odeurs sont insupportables, d’autres dans l’impossibilité, réclament un logement de substitution le temps de trouver une solution. Un logement de secours exigé par le collectif pour que les familles les plus touchées puissent trouver un refuge à l’abri des émanations.

Ce n’est plus supportable. Il est urgent que vous trouviez des logements de substitution afin que nous puissions dormir et que vous arrêtiez de nous intoxiquer. Vous, monsieur Lacas qui avez prêté serment, vous pourriez être un peu plus réactif. Il y a à Béziers des appart-hôtels qui nous permettraient d’aller dormir à l’abri sans avoir à déménager ! Ou alors des mobil-homes, vous avez cela en stock à Sérignan ou alors dans le pire des cas accueillez-nous chez vous en chambre d’hôtes. Mesdames, Messieurs, je pense qu’il est temps que vous arrêtiez de nous ignorer car nous sommes réellement en danger et si vous n’avez pas compris jeudi soir que nous étions mal à cause de tous les MAUX qui se déclarent au sein de la population de Montimas, arrêtez de faire de la politique. Nous ne sommes pas que des bulletins de vote, nous sommes des humains"- Une riveraine

Pour un couple qui vient d'avoir un enfant, c'est un véritable empoisonnement

Le  30 mars cette fois, une mère de famille témoigne de sa détresse. Et raconte la mort dans l'âme pourquoi elle envisage de vendre sa maison. À perte. "Hier soir, c'est la larme à l'œil que j'ai endormi mon bébé dans sa jolie chambre, avec l'odeur qui avait inondé cette pièce dans laquelle il dort. Cet achat de maison était le projet d'une vie, nous avons travaillé et travaillons encore dur pour nous l'offrir raconte Delphine. Nous voulions un bel endroit pour créer notre famille, recevoir nos amis. Tout est gâché à présent. Mercredi 27 mars, je me suis rendue à la clinique Causse (Colombiers) pour faire des examens par rapport à mes irritations nasales. Des irritations de plus en plus insupportables. Elles m'empêchent de respirer correctement. L'intérieur de ma cloison nasale est en effet abîmé. Je suis sous traitement anti-inflammatoire durant un mois. Un prochain rendez-vous me permettra de savoir si ce souci de santé vient d'une allergie ou bien de l'environnement dans lequel je vis. Jusque-là je ne voulais pas y croire mais à ce jour je suis certaine que cela est en lien. Je suis aussi sous traitement anti-migraineux et enchaîne les prises de cachets ces deux derniers jours. Vous comprendrez bien qu'à 30 ans et avec un nouveau-né nous ne pouvons pas continuer à nous empoisonner comme tel. Je suis dégoûtée, écœurée. L'achat de cette jolie maison tourne au cauchemar, sachez-le".                                                                      

Personne ne peut ignorer la souffrance des riverains,  ni être insensible à ces témoignages dont certains sont inquiétants.

Difficile d’en faire la liste, mais la souffrance évoquée est la même pour tout le monde. Tous ces courriels, dont la presse est également destinataire, sont corroborés par des certificats médicaux attestant des maux. 

Depuis plus de 18 mois, les riverains interpellent les élus. Lors du dernier conseil d'agglomération en avril dernier, un d'entre eux prend la parole et vaporise une odeur désagréable dans la salle. 

Sentez ce que nous vivons quotidien

Certificat médical d'un enfant  - Radio France
Certificat médical d'un enfant © Radio France - Stéfane Pocher
Le collectif a rassemblée de nombreux certificats médicaux comme celui-ci - Radio France
Le collectif a rassemblée de nombreux certificats médicaux comme celui-ci © Radio France - Stéfane Pocher

Le sous-préfet de Béziers dit ne pas remettre en cause ces témoignages et la perception des odeurs. Christian Poujet a l’intention d’organiser en juin une nouvelle réunion (comme il l’a fait en mars) afin de faire un point sur les résultats obtenus et sur les éventuelles modifications de fonctionnement du site. 

Nous prenons acte des signalements effectués par les riverains ils seront comparés avec les résultats mesurés

Le 26 mars 2019, les représentants des associations de riverains de l’installation de stockage de déchets (non dangereux) de St Jean de Libron, de la communauté d’agglomération Béziers-Méditerranée (CABM), l’exploitant du site et des élus de Béziers, dont le maire Robert Ménard, participaient à cette réunion. Le but était de présenter les actions menées depuis ces derniers mois par la CABM et celles à venir pour supprimer les émissions odorantes du site ressenties par les riverains. Trois mois plut tôt, par arrêté de mise en demeure du 29 janvier 2019, le Préfet de l'Hérault a rappelé à la CABM ses obligations en la matière en fixant des échéances pour la réalisation de travaux particuliers et pour s’assurer de leur efficacité.

Des travaux mais pas d'améliorations selon les riverains

Des travaux prescrits ont bien été effectués par la CABM. Mais restent toutefois bien insuffisants. Bien qu’en diminution, les émissions de biogaz persistent. Elles sont toujours à l’origine de nuisances olfactives ponctuelles à l’extérieur du site, d’où les dizaines de messages envoyés aux élus.

Comme les riverains nous avons tenté d'avoir une réaction des destinataires. De très rares retours. Le dossier est sensible. Jean-Claude Renau, l’élu en charge des déchets à l’agglomération de Béziers toujours très actif et disponible pour répondre aux inquiétudes des riverains, n’a pas souhaité répondre à nos questions, tant que des solutions pérennes et durables n’ont pas été trouvées.