Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

Agression de Borgo : la ministre de la Justice a rencontré les blessés et les représentants des personnels à Bastia

vendredi 19 janvier 2018 à 15:50 Par Marion Galland, Didier Arnoux, Maxime Becmeur et Pierre-Louis Sardi, France Bleu RCFM

Après l’agression de deux surveillants de la maison d’arrêt de Borgo ce vendredi matin à coups de couteau par un détenu radicalisé, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, est arrivée à Bastia. Elle a rencontré les blessés à l'hôpital et les surveillants très en colère à Borgo

Nicole Belloubet est arrivée à l'hôpital de bastia
Nicole Belloubet est arrivée à l'hôpital de bastia © Radio France - Didier Arnoux

Corse, France

Après avoir immédiatement fait part de son soutien aux deux surveillants agressés sur Twitter, la ministre de la justice, Nicole Belloubet, est arrivée en Corse peu après 15h. Elle s'est rendue à l’hôpital, puis  au centre pénitentiaire pour rencontrer les syndicats de surveillants. Une rencontre avait été proposé en préfecture mais les surveillants, très remontés, ont refusé. Ils ont tous cessé le travail, ce sont les forces de l'ordre qui les remplacent pour le moment au sein de l'établissement pénitentiaire. 

Ce matin vers 9h30, Selon des sources syndicales, un détenu présenté comme radicalisé a porté plusieurs coups de couteau à deux surveillants. Un des deux gardiens a été blessé dans le dos par un objet tranchant, l‘autre frappé à la tête et aux cervicales. Leur état a nécessité l'intervention de médecins urgentistes du Samu appelés en renfort des pompiers de Lucciana.  Le pronostic vital n'est pas engagé pour les surveillants. Ils ont été transférés à l'hôpital de Bastia. Selon des représentants syndicaux l'auteur des coups aurait bénéficié de la complicité de trois autres détenus. 

Les personnels, qui observaient un mouvement de grève administrative se disent choqués par cette agression qui intervient alors que justement, ils demandaient des moyens (au niveau national) après une agression de surveillants dans une prison du Nord Pas-de-Calais. 

Caroline Tharot, procureure de la République de Bastia : « l’agression a eu lieu à 9h30, à 9h45 intervention du SAMU car l’un des deux surveillants est relativement sérieusement blessé, sans que son pronostic vital soit engagé. Les investigations ne font que démarrer, l’enquête a été confiée à la section de recherche de Corse »

Caroline Tharot, procureure de la République de Bastia, "l'enquête ne fait que démarrer"

La ministre de la Justice s’est rendue immédiatement après son atterrissage à l’hôpital de Bastia pour rendre visite aux deux surveillants blessés. Elle devrait ensuite se rendre au centre pénitentiaire de Borgo puis à la préfecture de Haute-Corse.

Ce matin les représentants syndicaux étaient très en colère, Stéphane Canutti, délégué FO pénitentiaire : « Je suis très en colère et très choqué parce-que pour le moment en Corse on n’avait pas subi ce genre d’agression mais il fallait rester prudent, tout était possible, j’ai eu le tort d’avoir raison. Nos deux collègues ont été agressés lâchement, dans le dos, le gars est un radicalisé bien sûr, il a voulu briller à l’échelle nationale pour faire parler de lui…Le pronostic vital n’est pas engagé mais ils ont vraiment des plaies graves. J’ai tellement la rage que je n’ai même pas envie de parler à la ministre, ça sert à rien. Maintenant en revanche on va monter d’un cran, ça risque de dégénérer dans l’établissement, on va déposer les clés. On s’expose à des sanctions mais il n’y aura plus personne à l’intérieur ! »

Un détenu signalé pour radicalisation 

Le syndicaliste a par ailleurs précisé les conditions de l’agression. «  Il est arrivé de sa cellule vers le kiosque où les surveillants ont leurs ordinateurs, ils étaient de dos et il leur a sauté dessus, il a crié Allah Akbar et il les a percé ! Ce n’est pas un djihadiste mais c’est quelqu’un qui était signalé et qui s’est radicalisé un peu en prison.  Il évoluait dans l’espace commun car c’est une partie de la prison où les gens viennent finir leur peine, ils vaquent à leurs occupations. 

_On ne comprend pas car ça avait été signalé maintes et maintes fois que ce gars-là « risquait de… » , maintenant on est devant le fait accompli. Ici à Borgo on a toujours été raisonnable, on va l’être beaucoup moins maintenant.  _On ne peut pas rester là sans rien faire et se laisser saigner »

Nicole Belloubet, ministre de la Justice, a rencontré les deux surveillants blessés - Radio France
Nicole Belloubet, ministre de la Justice, a rencontré les deux surveillants blessés © Radio France - Didier Arnoux

Nicole Belloubet, "je suis venue apporter mon soutien"

Nicole Belloubet a rencontré les deux surveillants blessés à l'hôpital.  « Bien sûr c’est choquant, quand on voit ces deux personnes qui sont moralement très atteintes. Physiquement également mais l’hôpital les aidera à se remettre, mais moralement …. Cela veut dire que nous devons être très présents à leurs côtés. Je ne suis pas restée longtemps pour ne pas les fatiguer, ils sont blessés extrêmement sérieusement. Je suis vraiment venue apporter mon soutien et aux personnes et à l’établissement ».

"Chair à canon"

Autre représentant syndical, Guillaume Polleux de la CGT à la prison Borgo, « le détenu a agi avec un objet transformé qui lui a permis d’être une lame, il lui a assené plusieurs coups même quand il était au sol, l’autre collègue a été blessé grièvement aussi. Je peux vous dire que quand nos collègues ont été les ramasser ils étaient méconnaissables.

Guillaume Polleux CGT pénitentaire, "nous n'avons eu aucune consigne, c'est inadmissible"

Ce qui nous met en colère, c’est que les services pénitentiaires l’auraient détecté se radicalisant depuis quinze jours et on nous a jamais mis au courant ! Nous n’avons eu aucune consigne. C’est pas possible de nous envoyer comme de la chair à canon au travail, c’est inadmissible, c’est pour ça qu’on a fait sortir tous les surveillants de la prison, _maintenant la prison est aux forces de l’ordre_. »

Manque de formation 

Thierry Machut est premier surveillant à Borgo, il n’a pas assisté à l’agression mais est venu secourir ses collègues. 

« Au début on pensait qu’il y avait un seul détenu mais à priori il y en avait trois autres qui n’ont pas participé directement mais qui était avec lui. La seule chose dont je suis sûre c’est qu’il avait un drapeau palestinien sur les épaules après les faits. C’est pas une agression, pour moi c’est un acte terroriste, une tentative d’assassinat sur deux de nos collègues »  

Thierry Machut, premier surveillant à Borgo « ce n’est pas une agression, c’est une tentative d’assassinat »

Le premier surveillant déplore le manque de formation des personnels. « On a une formation qui s’appelle le PLAT, le plan anti-terroriste, qui avait lieu normalement cette semaine. Les agents qui ont été formés, la seule chose qu’on leur dit c’est de faire remonter l’information, on n’a rien de plus, pas de modus operandi, on ne nous donne pas le nom des gens. S’il y a des détenus radicalisés on ne nous le dit pas. »

Aucun manquement selon la ministre

Après l'hôpital, la ministre a pris le chemin du centre pénitentiaire de Borgo. Devant l'enceinte elle a été sifflée par les surveillants, puis s'est entretenue avec leurs représentants syndicaux à l'intérieur de l'établissement. A sa sortie, Nicole Belloubet, s’est adressé à la presse, qualifiant l’agression de « tentative d’assassinat ». Elle a affirmé avoir ressenti beaucoup d’émotion et de colère après cet événement « qui a bouleversé l’établissement ».

Nicole Belloubet à sa sortie du centre pénitentiaire de Borgo - Aucun(e)
Nicole Belloubet à sa sortie du centre pénitentiaire de Borgo - Maxime Becmeur

« Je viens de parler très longuement avec les représentants du personnel, ils m’ont fait état de leurs préoccupations, de leur besoin de garanties en terme de sécurité, d’équipements, d’autorité et de processus de gestion des détenus. Ils m’ont fait part de leurs soucis quant à la manière dont étaient pris en compte les détenus radicalisés. J’ai parfaitement conscience de leurs préoccupations et je m’engage sur tous ces points à leur apporter des réponses mais vous comprenez bien qu’il y a des discussions qui sont en cours au niveau national et j’attendrai la fin de ces discussions pour apporter des réponses précises. Mais j’ai entendu chacun des mots prononcés, que ce soient des mots de colère ou d’émotion. »

Nicole Belloubet, ministre de la Justice, "le détenu n'était pas fiché S"

A propos des détenus radicalisés, Nicole Belloubet a expliqué qu’à sa « connaissance » il n’y avait pas à Borgo d’autre détenu radicalisé. « Mais nous avons le souci de mettre en place sur l’ensemble de la France un dispositif précis de prise en charge des détenus radicalisés, qui sont soit placés à l’isolement, soit placés dans des quartiers spécifiques pour détenus violents ».

Alors y a-t-il eu des manquements concernant ce détenu qui évoluait presque librement dans l’enceinte pénitentiaire ?  La ministre dément, «  il n’y a pas eu manquement, il y a des soupçons qui ont été portés, puisqu’une enquête avait été ouverte pour soupçon de radicalisation mais cette personne n’était fichée dans aucun de nos fichiers, elle n’était pas fichée S »

"Plus personne dans les prisons"

A l'issue de la visite, à l’extérieur du centre pénitentiaire, Jean-Michel, un surveillant en poste depuis 1992, a pris la parole devant tous ces collègues, les encourageant à ne pas reprendre le travail.  « _Ils veulent quoi qu’il y ait des morts ? Ça ne va pas tarder_. On ne va plus rentrer dans les prisons, depuis lundi c’est agression sur agression, on ne va pas se laisser faire ! S’il faut mettre le feu, on va mettre le feu. J’appelle tous les collègues à rester devant les prisons, Plus personne dans les prisons ! »

Jean-Michel, surveillant à Borgo "ils veulent qu'il y ait des morts?"

En début de soirée, la ministre s'est rendue en préfecture à Bastia pour une rencontre avec les élus. Les deux présidents de l'exécutif et de l'assemblée, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, mais également le maire de Bastia et le député Jean-Felix Acquaviva étaient présents.