Faits divers – Justice

Aide juridictionnelle : la grande majorité des barreaux en grève

Par Marina Cabiten, France Bleu lundi 19 octobre 2015 à 17:52

© Maxppp

La grève des avocats contre le projet de réforme de l'aide juridictionnelle (AJ) était suivie lundi par l'immense majorité des barreaux de France, le mouvement lancé il y a une semaine s'est durci dans plusieurs villes.

La justice française tourne au ralenti, avec ce lundi "141 des 164 barreaux de France" mobilisés contre la réforme de l'aide juridictionnelle, selon le Conseil national des barreaux (CNB). Les avocats tendent également à durcir le mouvement sur la forme, une grève lancée il y a une semaine qui consiste notamment à ne pas désigner d'avocats commis d'office. 

Appel à ne plus plaider 

À Paris, le barreau appelle même à ne plus plaider du tout. "C'est la pagaille, tout prend du retard, les affaires sont renvoyées", a déclaré le bâtonnier de Paris, Pierre-Olivier Sur, qui a "fait le tour de plusieurs chambres" au palais de justice de Paris. "Nous verrons ce (lundi) soir si nous reconduisons le mouvement demain (mardi). Il y a toutes les chances que ce soit le cas", a-t-il ajouté.

D'autres villes durcissent le mouvement, comme Pau où la grève est totale pour toute la semaine. Ailleurs, comme à Rouen, la grève commence à peine. 

Le CNB a demandé un rendez-vous à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et a d'ores et déjà prévu lors de son assemblée générale de vendredi de mettre au vote "une délibération sur un mouvement de grève générale dans toute la France et de manière illimitée".

Contre une plus importante cotisation à l'aide juridictionnelle

L'aide juridictionnelle (AJ) permet aux plus démunis d'accéder aux services d'un avocat. La garde des Sceaux a présenté une réforme de l'AJ qui prévoit notamment un relèvement du plafond de revenus pour les bénéficiaires, une refonte du barème de rémunération des actes et une participation des barreaux au financement. C'est ce dernier point qui a déclenché la grève. 

Les avocats, qui ont fustigé un "passage en force" de la ministre, dénoncent aussi une baisse globale des revenus des robes noires, avec une baisse du nombre d'unités de valeurs (UV) (soit la rémunération attribuée par l'État) sur les principaux actes comme les divorces, les prud'hommes, les gardes à vue (qui passe par exemple de 300 euros à 180 pour 24 heures, "inférieur au Smic horaire" selon une avocate). Du côté du ministère, on assure que "les portes de la chancellerie n'ont jamais été fermées et restent ouvertes", rappelant que "40 réunions se sont tenues sur l'AJ entre décembre 2014 et début octobre 2015".