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Alcool et tir à la carabine au bord de l’eau à Rambervillers devant les assises à Nancy

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Par , France Bleu Sud Lorraine

Laura devait fêter son bac le lendemain à Pierre-Percée mais la lycéenne a succombé après un tir de carabine à plomb à Rambervillers durant l’été 2017. Lors de son procès en appel devant les assises à Nancy, l’accusé plaide la thèse accidentelle sous fond d’alcool et de jalousie.

L’entourage parle d'insultes et de gifles envers sa petite amie. Photo d'illustration.
L’entourage parle d'insultes et de gifles envers sa petite amie. Photo d'illustration. © Radio France - Thierry colin

Un simple accident lors d’une partie de pêche et de carabine à Rambervillers ? Les parties civiles et le parquet n’y croient pas et l’accusé répond d’homicide volontaire devant les assises à Nancy après l’appel du parquet suite au verdict en première instance à Epinal. Un coup de carabine à plomb qui a coûté la vie à Laura, tout juste 18 ans, qui venait d'obtenir son bac professionnel.

A l’audience, David Neuville, ne cache pas ses addictions, «Les bêtises, la violence, l’alcool, la drogue, j’ai toujours connu ça» avoue le trentenaire qui ne conteste pas le portrait dressé de lui : un père de famille qui vit du RSA, qui boit quotidiennement depuis l’âge de 11 ans, qui a oublié la date anniversaire de ses deux enfants. 

Tout le monde parle comme ça à Ramber

Les disputes, les violences, il ne s’en souvient pas à l’audience même quand l’entourage parle d'insultes et de gifles envers sa petite amie dès qu’il avait bu «et il buvait beaucoup». La présidente tente de lui faire détailler les insultes : «Tout le monde parle comme ça à Ramber» répond l'accusé avec un débit trop rapide qui oblige la présidente de la cour d'assises à faire répéter des propos importants. 

Partie de pêche arrosée à la bière

Jugé trois fois devant le tribunal correctionnel d’Epinal en 2015 et 2016, pour vol, violence, outrage et rébellion, le jeune homme ne se rend pas au tribunal, il avait raté son bus. Le dernier d’une famille de 8 enfants qui, à 27 ans au moment des faits, n’a jamais travaillé et n’a plus le droit de posséder des armes, mais il tirait régulièrement à la carabine, chez lui ou dans le jardin. 

Ce soir-là : après une partie de pêche arrosée à la bière mêlée de joints de cannabis, l’accusé parle d’un tir par ricochet, puis d’un accident. La carabine à plomb sera retrouvée au fond de l’eau dans la Mortagne et les versions de l’accusé divergent. A la barre, le gendarme qui a dirigé l’enquête explique que selon lui, le tir n’a pu être accidentel, ce samedi 26 août 2017, et qu’il a fallu viser le cœur. C’est en tout cas le sentiment de l’enquêteur pour qui le tir par ricochet n’est pas plausible.

Une victime tout juste âgée de 18 ans

Devant les jurés de la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle, l’accusé regrette son acte, «Je ne me le pardonnerai jamais, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à elle». Des regrets qui ne satisfont pas les parties civiles et pour l’avocat, maitre Rémi Stéphan, il ne s’agit pas d’un accident mais bien d’un homicide volontaire. La victime, Laura Randour, tout juste âgée de 18 ans, devait fêter son bac le lendemain à Pierre Percée… Elle est décédée  quelques minutes après le coup feu dans un jardin de Rambervillers.

Un accusé qui avait menacé de mort un voisin quelques semaines avant le drame, et qui maniait les armes à feu une fois par semaine. Lors du premier jour d’audience, le côté impulsif, jaloux et possessif ressort avec des témoignages qui se recoupent, «quand il est alcoolisé, il est ingérable, il casse tout».

Le tir peut être volontaire ou involontaire, je n’ai aucun moyen de distinguer l’un ou l’autre

Le deuxième jour a été marqué par l’intervention d’un expert en balistique avec un témoigne en visio depuis l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, l'IRCGN, de Pontoise, et pour le gendarme, le tir fortuit doit être exclu mais le tir accidentel est possible avec une précision de taille «je n’ai aucun moyen de discuter ce qui était visé ou pas».  En revanche, l’expert en armes à feu exclut le tir par ricochet – la première version de l’accusé - car il n’y avait «aucune trace de ripage, le plomb est quasiment intact». 

Mais le spécialiste reconnait que les moyens techniques de la balistique sur une arme à air comprimée sont limités et l’expert de poursuivre : «Je n’ai pas d’incompatibilité entre ce qui a été déclaré à la reconstitution judiciaire par monsieur Neuville et les constats. Le tir peut être volontaire ou involontaire, je n’ai aucun moyen de distinguer l’un ou l’autre.» 

Tir au sol en pleine audience

L’huissier prend le temps de montrer l’arme à tous les jurés en actionnant le cran de sureté puis procède à un tir au milieu de la cour d’assises en direction du sol avec l’arme quasi neuve à l’époque des faits. Le bruit d'une carabine de fête foraine. Pour Emmanuelle Larrière, l’avocate de l’accusé, l’expert en balistique donne les mêmes indications qu’en première instance.

Quand j’ai chopé la crosse, le coup il est parti

Le flou s’installe après la confrontation avec le seul témoin du crime qui «tournait le dos» lors du tir fatal. Les versions des deux amis de beuverie divergent sur l’état d’esprit de la jeune victime avant le drame. L’accusé voulait repartir et ranger son fusil à air comprimé : «Je voulais le décharger et quand j’ai chopé la crosse, j’ai attrapé la poignée et le coup il est parti» (sic). 

David Neuville a des souvenirs détaillés mais aussi des imprécisions qui sèment le doute. Un récit des faits avec des souvenirs tout aussi partiels pour son ami de l’époque dans le quart d’heure qui a précédé le tir de carabine avec une discussion entre Laura et David : «Ils ont continué à bien se chamailler et soit il pensait lui faire mal, soit le coup est parti tout seul» analyse l’unique témoin de la scène qui assure, «j’ai senti le ton monter un petit peu, ils discutaient plus fort, ça a duré 10-15 minutes et le coup est parti, on voyait bien qu’ils se reprochaient des choses». Mais le compagnon de boisson n’a rien vu : il avait le dos tourné en direction du cours d’eau, la Mortagne.  

Experts et incertitudes

Le médecin légiste n’écarte aucune hypothèse dans une affaire où le flou est entretenu par les protagonistes qui évoquent les joints et les cannettes de bières : 1,58g par litre de sang pour l’accusé et 2,06g pour son ami qui se reposait au bord de l’eau. Le médecin légiste ne peut pas dire si la blessure qui a entrainé la mort provient d’un tir volontaire ou involontaire. Un procès avec beaucoup de zones d’ombre et d’incertitudes quant à son issue. 

L’accusé, condamné à 3 ans en première instance à Epinal, risque jusqu’à 20 ans de prison. Verdict attendu ce mercredi après-midi.

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