Faits divers – Justice

Amiante : les ex-salariés de Carel et Fouché ne feront pas appel

Par Thomas Larabi, France Bleu Maine mardi 18 juillet 2017 à 17:20

Plus de trente ex-salariés de Carel et Fouché sont décédés des suites d'une maladie liée à l'amiante
Plus de trente ex-salariés de Carel et Fouché sont décédés des suites d'une maladie liée à l'amiante © Radio France - PHOTOPQR / LE DAUPHINE

Ils étaient 141 à avoir saisi les prud'hommes contre Alstom. L'objectif : être dédommagés de leur préjudice d'anxiété du fait de l'exposition à l'amiante. Déboutés pour cause de prescription, ils ont décidé collectivement de ne pas faire appel de cette décision pour des raisons financières.

Déboutés par les prud'hommes pour prescription dans le conflit les opposant à Alstom, les 141 ex-salariés de Carel et Fouché ne feront pas appel. Une vingtaine de plaignants souhaitait continuer le combat juridique, mais les salariés ont décidé collectivement de ne pas interjeter appel, pour des raisons financières.

L'addition aurait pu monter jusqu'à 1 000 euros par personne

Outre les frais d'avocat, en cas d'échec en appel, les plaignants auraient dû rembourser les frais de justice d'Alstom. L'addition aurait alors pu monter jusqu'à 1 000 euros par personne. Pour Guy Aubier, ancien salarié, cela a été vite vu : "J'ai fait les comptes, comme tout le monde. C'est prohibitif, c'était évident que personne n'irait". Jean-Pierre Prigent, président de l'association culturelle "Carel et Fouché", est sur la même longueur d'ondes : "Les retraités de Carel et Foucher touchent 1 200 euros de retraite. S'il avait fallu rajouter 50 ou 100 euros tout le monde y serait allé, mais là c'est trop... Tout le monde est déçu".

Dans ce conflit les opposant à leur ex-employeur, les plaignants souhaitaient se voir dédommager leur préjudice d'anxiété. Un préjudice lié aux risques de maladie du fait de leur exposition à l'amiante. Comme une épée de Damoclès au dessus de la tête de Guy Aubier : "J'ai été faire des tests, et mon médecin m'a dit "pour l'instant, tout va bien". Mais j'ai des copains qui sont tombés malades au bout de vingt ans. Je les ai vu partir les uns après les autres". En effet, plus de 30 salariés de l'usine sont déjà décédés des suites d'une maladie liée à l'amiante. Un chiffre que Guy Aubier pense erroné : "On dit trente morts, mais il y avait beaucoup de turn-over dans l'usine, des contrats courts. Des fois on était jusqu'à 800 salariés. Alors il y a sûrement beaucoup plus de victimes".

On va voir comment on peut continuer notre action

Malgré cet échec Jean-Pierre Prigent ne baisse pourtant pas les bras. Le regain d'intérêt pour les dégâts de l'amiante, porté par le très médiatique avocat Eric Dupond-Moretti, lui donne de l'espoir pour la suite : "On va continuer un travail de veille juridique. Et puis on va se réunir en septembre, se repositionner et voir comment on peut continuer notre action". Pourquoi pas en s'alliant avec d'autres associations de victimes de l'amiante, et en s'appuyant sur le travail du FIVA (Fonds d'investissement des Victimes de l'Amiante). Et il le promet : "Tout le monde est motivé. Si les conditions sont réunies pour refaire une action en justice, on la refera".