Faits divers – Justice

Après l’avalanche mortelle de Valfréjus, les questions auxquelles il faudra répondre

Par Virginie Salanson, France Bleu Isère, France Bleu Pays de Savoie, France Bleu Vaucluse et France Bleu mardi 19 janvier 2016 à 17:08

© Maxppp

Alors que Jean-Yves Le Drian, le ministre de la défense, est venu soutenir les rescapés de l'avalanche qui a fait cinq morts, tous militaires, ce lundi, à Valfréjus, en Savoie, l'enquête commence. Elle devra répondre à certaines questions qui se posent 24 heures après le drame.

Qu'est-ce qui a provoqué cette avalanche ? Les vérifications de sécurité ont-elles été faites dans les règles? Qu'est-ce qui fait que le bilan soit aussi lourd ? Quelles étaient les conditions météo? 

Dans la station de Valfréjus (Savoie), ce mardi matin, les questions se posent au lendemain de l’avalanche qui a mortellement fauché cinq militaires, en pleine exercice d’aguerrissement à la haute montagne. L’avalanche s'est déclenchée lundi après-midi dans un secteur hors-piste de la station, alors qu'une cinquantaine de militaires remontaient la pente en skis de randonnées. La coulée de neige, sans doute une "plaque à vent", redoutable, a littéralement balayé le groupe. Sur les quatorze personnes fauchées, cinq ont été tuées, neuf ont été blessées, dont deux récupérées in-extremis, en état d'hypothermie avancée, mais vivantes. Tous appartenaient au 2e régiment étranger de génie de Saint-Christol (Vaucluse). 

Pourquoi choisir une randonnée à cet endroit, réputé dangereux ?

Mardi matin, les habitants et les touristes se posent la question : que faisaient ces militaires dans cette zone dangereuse ? "Je ne veux jeter la pierre à personne", explique André Fournet, buraliste à Valfréjus et ancien moniteur de ski. "Mais en tant que professionnel de la montagne, on est beaucoup à penser qu'on aurait pas été à cet endroit là". Le fait que ce soient des militaires en exercice n'est pas un gage de "grande compétence en montagne. Ça ne prouve rien" répond-il.

Quelles étaient les conditions météo ?

Les jours précédents, il avait neigé près de 50 centimètres en station, avec des rafales de vent à plus de 100 km/h en altitude et une température proche de -10° toute la semaine en station, "donc pire en altitude". Pour André Fournet, ce sont "trois conditions qui font qu'il y a un risque maximal" martèle-t-il. Trois jours avant le drame, l'Association nationale pour l'étude de la neige et des avalanches (Anena) avait lancé un appel à la vigilance sur les domaines skiables des Alpes "ces prochains jours" en raison de "l'instabilité actuelle du manteau neigeux". Dans le massif des Cerces, le risque d'avalanche était "marqué", de trois sur une échelle de cinq.

Y a-t-il eu des erreurs dans l'organisation ?

"Je ne sais comment ils étaient encadrés" poursuit André Fournet, "mais si on y va [dans cette zone dangereuse ndlr], on y va pas à cinquante" conclut-il. Il semble en effet que, dans cette zone restreinte et raide qu'est le col du Petit Argentier, la plaque de neige se soit détachée à cause du poids du groupe : près de cinquante hommes, équipés lourdement (et notamment de détecteurs de victimes d'avalanche).  

À Valfréjus ce mardi, certains estiment donc qu'il y a eu des erreurs. Le maire de Modane, Jean-Claude Raffin regrette notamment que les militaires n'aient pas sollicité les conseils des professionnels de la montagne, même -et surtout- en allant dans un secteur hors-piste. Il semble que les responsables de l'excursion aient évalué le risque en interne, en se rendant sur place la veille. S'ils ont trouvé la couche [de neige ndlr] relativement stable, "ils se sont trompés" a déploré Jean-Claude Raffin, qui ajoute "l'enquête dira exactement dans quelles conditions tout cela s'est passé"

Pourquoi le bilan est-il si lourd ?

La nouvelle du drame, lundi, a secoué la station de ski de Maurienne et même les touristes, comme ce Luxembourgeois, Sam, actuellement en stage hors-piste, estiment qu'il y a eu des erreurs : "tous ceux qui connaissent le coin savent que c'est un endroit à risque, en plus les conditions météo des derniers jours font que la neige a toute été déposée au même endroit. (...) S'il y a un endroit où je n'aurais pas été skié, c'est celui là". Et Sam d'ajouter : "cinq personnes décédées dans une avalanche ce n'est pas normal. La règle d'or c'est de s'espacer, d'y aller un par un. Ils étaient cinquante. S'il y en a un qui se fait ensevelir, il y en avait 49 pour le secourir".

"On est interpellé par le nombre d'emportés" commente le directeur de l'Anena, Dominique Létang. "Les gens doivent respecter une grande distance de sécurité quand il y a une instabilité du manteau neigeux. L'avalanche, on ne l'évitera pas mais il n'y aura qu'un seul emporté et non 13. Pour moi, les distances de sécurité n'ont pas été respectées".

ECOUTEZ le directeur de l'ANENA Dominique Letang

"Pour l'instant, on essaye de comprendre ce qui s'est passé et comment", a déclaré le procureur d'Albertville, Jean-Pascal Violet, qui a ouvert une enquête de flagrance. Un expert en nivologie a été désigné et est attendu sur les lieux du drame.

Quelles suites judiciaires ? 

Les avalanches mortelles ne débouchent pas nécessairement sur des poursuites judiciaires lorsque les victimes évoluent hors des pistes balisées. Comme l'a rappelé le procureur de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, après le drame des Deux Alpes, "le ski hors piste n'est pas interdit".

Le cas de Valfréjus relève de l'accident du travail pour ces militaires aguerris qui participaient à un entraînement. Si une infraction pénale devait être révélée par l'enquête, le parquet militaire de Lyon serait saisi comme le prévoit le code de justice militaire. En 2012, un légionnaire du même régiment avait déjà trouvé la mort, emporté par une avalanche avec quatre autres soldats, lors d'un exercice à Valloire (Savoie).

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