Faits divers – Justice

L'enseignant juif agressé à Marseille témoigne

France Bleu Provence et France Bleu jeudi 14 janvier 2016 à 16:35

Benjamin Amsellem dans le bureau de son avocat, maître Fabrice Labi
Benjamin Amsellem dans le bureau de son avocat, maître Fabrice Labi © Radio France - Rosalie Lafarge

Trois jours après son agression, Benjamin Amsellem accepte de témoigner. Cet enseignant juif de 35 ans a été agressé lundi à Marseille parce qu'il portait une kippa. Son agresseur, un jeune garçon de 15 ans, l'a attaqué avec une machette au nom de Daech.

Au micro de France Bleu Provence, Benjamin Amsellem a accepté de revenir sur l'agression dont il a été victime lundi.

"Je me rendais sur mon lieu de travail, le matin. J'ai senti que je recevais des coups dans le dos, plusieurs coups, jusqu'à ce que je comprenne que j'étais agressé. Quand je me suis retourné pour voir ce qui m'arrivait, j'ai vu mon agresseur et j'ai compris qu'il voulait me tuer. J'ai essayé de me défendre comme j'ai pu, notamment avec un livre que j'avais sous le bras, mais je n'arrivais pas vraiment à éviter les coups. Alors j'ai commencé à courir, j'ai trébuché, il m'a rattrapé et il a continué à me frapper jusqu'à ce que deux personnes,  à vélo et à moto, arrivent. A ce moment là, il a lâché son arme et est parti en courant. J'ai cru que c'était mon dernier jour, j'ai eu très peur de mourir."

Et aujourd'hui ? Comment vit-on après une telle agression ?

"Je suis très éprouvé, j'essaie de me relever doucement, avec l'aide de mon entourage, de mes proches et de ma famille. Ce n'est pas évident, on essaie d'avancer, mais la scène est encore très présente et ça me revient souvent en tête encore aujourd'hui. Je pense qu'il va me falloir beaucoup de temps et un suivi psychologique."   

Comment recevez-vous les déclarations très violentes de votre agresseur qui a des mots extrêmement durs à votre égard ? Aux enquêteurs il a confié que son seul regret était de ne pas vous avoir tué. 

"C'est glaçant, ça fait froid dans le dos. Je l'ai compris tout de suite quand je l'ai vu et de par la force des coups qu'il m'a donnés. J'ai senti que c'était son intention. Mais l'entendre encore trois jours après, c'est effrayant." 

Comprenez-vous l'appel du président du consistoire israélite de Marseille qui suggère de ne plus porter la kippa dans la rue, par sécurité ? 

"Le problème principal, ce n'est pas la kippa. C'est la haine et la dangerosité de ces gens-là qui veulent tuer. Personnellement, aujourd'hui j'ai ma kippa. Parfois je mets une casquette, mais c'est personnel. Je pense que cet appel a été lancé par amour envers la communauté. Mais c'est à chacun de faire son choix." 

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve est à Marseille ce jeudi. Il est venu pour vous voir. C'est important ?  

"C'est rassurant de voir que les hommes politiques ont pris conscience de la gravité des faits. Je pense que c'est une visite importante pour la communauté, pour la rassurer. Le gouvernement a réagi tout de suite après l'agression. Ils font les choses et ils les font bien." 

Le témoignage complet de Benjamin Amsellem

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