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Faits divers – Justice

Assassinat du père Jacques Hamel : 3 ans après, sa sœur nordiste témoigne de leur enfance et de sa résilience

Trois ans après l'assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, Roseline Hamel, sa sœur résidant à Armentières, témoigne dans un livre de l'enfance et du parcours spirituel du prêtre, de son humilité. Elle évoque également son chemin de résilience.

Roseline Hamel, sœur du père Jacques Hamel assassiné en juillet 2016, nous a reçu chez elle à Armentières.
Roseline Hamel, sœur du père Jacques Hamel assassiné en juillet 2016, nous a reçu chez elle à Armentières. © Radio France - Emma Sarango

Armentières, France

Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel était assassiné en pleine messe en l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) par deux terroristes islamistes. Sa sœur qui habite à Armentières, dans le Nord, confie dans un livre, "Jacques, mon frère" (édité chez Bayard), ses souvenirs d'enfance, le parcours spirituel du prêtre et son dévouement à sa paroisse.

Un grand frère marqué par une enfance troublée

Séparée de son frère par le divorce de ses parents, Roseline arrive dans le Nord avec sa mère, à Houplines à l'âge de deux ans, avant de revenir à Rouen cinq ans plus tard pour retrouver Jacques, de dix ans son aîné. Elle se souvient des années de séminaire de son frère : " Il a toujours été très discret, très humble et cela est dû au cheminement de sa vie: son enfance pendant la guerre (Rouen a subi de nombreux bombardements meurtriers), la séparation de nos parents, la perte d'une petite sœur quand il avait quatre ans."

"Je l'ai toujours connu silencieux, s'adaptant à toutes les situations, très à l'écoute" - Roseline Hamel

Cette timidité a bien failli coûter à Jacques Hamel son ordination: "Je l'ai toujours connu silencieux, s'adaptant à toutes les situations, très à l'écoute. Un jour le directeur du séminaire a confié à mon père que s'il conservait cette timidité il aurait du mal à être prêtre. Pendant ces deux ans là, il a fait un gros travail sur lui pour pouvoir suivre sa vocation".

Un deuil à partager avec le reste du monde

Le jour de l'assassinat de Jacques Hamel, Roseline se trouvait à proximité avec sa famille, sur le point de partir en vacances avec son frère. Dans la cour des pompes funèbres, une employée lui apprend la terrible nouvelle : "« Deux personnes ont été atteintes, l'une est à l'hôpital, l'autre est morte: c'est votre frère ». _J'ai reçu cette nouvelle comme une explosion en pleine poitrine_."

Le deuil fut d'autant plus difficile qu'il a fallu le partager avec le reste du monde : "Face aux réactions de différents chefs d'Etats on s'était dit «Mais qu'est-ce qui se passe, de quoi se mêlent-ils?», et cela jusqu'aux obsèques : devant le monde qui était dans la cathédrale et dehors sous les parapluies, on a compris qu'il fallait le partager, qu'il était devenu un frère pour chacun d'eux."

Je me suis demandé: «Et si c'était mon enfant qui avait fait cette chose affreuse, quelle serait ma douleur?» - Roselyne Hamel

Après six mois de deuil, Roseline Hamel commence à déprimer : "_Je me disais: «_Mais qui peut bien souffrir plus que moi? » et puis je me suis demandé «Et si c'était mon enfant qui avait fait cette chose affreuse, quelle serait ma douleur? ». Elle cherche alors à entrer en contact avec la mère d'un des auteurs de l'attentat, d'abord au téléphone. Deux ans après, les deux mères se rencontrent pour partager leur douleur et avancer ensemble en s'aidant mutuellement.

Témoigner pour apaiser la douleur

L'envie de témoigner n'est pas venue immédiatement à Roseline Hamel. En 2018 à Lourdes, elle est présente pour remettre un prix qui porte le nom de son frère et qui récompense un travail journalistique qui met en avant des initiatives de paix : c'est là qu'elle est encouragée pour la première fois à raconter ses souvenirs dans un livre. Bien qu'elle ait déjà beaucoup évoqué la mémoire de son frère devant la presse, Roseline Hamel refuse plusieurs fois : "D'abord j'ai jamais écrit de livre, et puis ma vie est tellement banale" avant de considérer que revenir sur sa relation avec son frère au milieu des difficultés qu'ils ont connu, pouvait être intéressant.

"Quand j'ai lu le script, j'ai pleuré sur mon histoire, comme si c'était l'histoire de quelqu'un d'autre." - Roseline Hamel

Elle commence alors un travail d'échange avec une journaliste: "Quand j'ai lu le script, _j'ai pleuré sur mon histoire_, comme si c'était l'histoire de quelqu'un d'autre: c'était assez perturbant. J'avais laissé loin dans un coin de ma mémoire ces frustrations, ces peurs."

Roseline Hamel témoigne également régulièrement lors de conférence : "Je me suis donné la mission de marcher sur les traces de mon frère afin que ce martyr qu'il a subi porte des fruits positifs dans l'esprit des gens, dans leur façon de se comporter, de regarder les différences et d'oser vivre ensemble."

"Je suis reconnaissante à l'esprit de mon frère de n'avoir connu ni la haine ni la colère, à son image" - Roseline Hamel

"Ma foi se renforce à chaque fois que je témoigne. Je suis reconnaissante à l'esprit de mon frère de n'avoir connu ni la haine ni la colère, à son image", confie Roseline qui est fière du parcours de Jacques et de l'efficacité de son sacerdoce. La demande de béatification étudiée en ce moment par le Vatican ne changera donc rien au regard qu'elle porte sur son frère, mais cela demeure tout de même "un bonheur".

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