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Faits divers – Justice

Assises de l'Isère : une mère comparaît pour avoir tué son bébé, après un déni de grossesse

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Par , France Bleu Isère, France Bleu

Depuis lundi à Grenoble, les Assises de l'Isère jugent Laëtitia Fabaron pour homicide aggravé. Cette mère de famille de 32 ans, suite à un déni de grossesse, a tué son bébé avant de le cacher dans son congélateur. C'était en mai 2012 à Moirans. Le verdict est attendu dans la soirée.

Laëtitia, 32 ans, au deuxième jour de son procès aux assises de Grenoble.
Laëtitia, 32 ans, au deuxième jour de son procès aux assises de Grenoble. © Radio France - Véronique Pueyo

Grenoble, France

Elle est minuscule et un peu perdue, Laëtitia Fabaron, seule, dans le grand box des accusés de la cour d'Assises de l'Isère. Très mince, brune, les cheveux relevés en chignon, vêtue de noir, elle comparait libre, sous contrôle judiciaire, cinq ans après avoir accouché à Moirans, d'un bébé, alors qu'elle ignorait qu'elle était enceinte. "C'était un lundi, le 14 mai 2012", explique-t-elle. "Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait ! Je n'étais plus moi".

Pour moi, ce n'était pas un enfant, je ne l'avais pas porté" - Laëtitia

De violentes douleurs au ventre la réveillent, elle se traîne dans sa salle de bains, elle doit s'allonger et perd beaucoup de sang. "J'ai poussé et l'enfant est arrivé. Mais pour moi, ce n'était pas un enfant, puisque je ne l'avais pas porté !" Alors, pour que les cris du nouveau-né n'alertent pas ses deux autres enfants qui dorment dans l'appartement, elle l'emporte dans une serviette, le dépose sur son lit, va préparer le petit-déjeuner puis revient avec un sac plastique. Elle l'étrangle avec l'anse et le cache dans le congélateur. "C'était le trou noir, je n'ai compris qu'en garde à vue, un an plus tard, que j'avais commis l'irréparable. Je ne me le pardonnerai jamais." Depuis, elle a donné le prénom de Liam à ce petit garçon qui n'aura vécu qu'une dizaine de minutes, elle l'a enterré et va souvent se recueillir sur sa tombe.

J'ai ouvert le congélateur, je cherchais à manger et j'ai vu le visage d'un bébé" - Adémar

Au cours des débats, ce lundi, on a entendu le témoignage d'Adémar, l'ami de l’époque de Laëtitia. Elle l'hébergeait chez elle. Fin avril 2013, ils se disputent et Laëtitia quitte le domicile avec ses deux enfants, nés de deux pères différents. Adémar, lui, a faim. Il cherche dans le congélateur ce qu'il y a à manger : "je n'avais jamais ouvert le frigo. J'ai ouvert le dernier tiroir. J'ai vu un sac, j'ai cru qu'il y avait de viande dedans et j'ai vu le visage du bébé. C'était l'horreur..." Adémar appelle Laëtitia, elle lui avoue son terrible secret. Il prévient les gendarmes. Laëtitia ne veut pas qu'ils viennent chez elle : "je n'ai pas réfléchi" , se souvient-elle à la barre. "J'ai pris le sac plastique, je l'ai mis sous la poussette de ma fille." Et à pied, elle va déposer le corps dans une haie, à un kilomètre de chez elle, c'est là que les gendarmes le découvriront.

Dans le box, la jeune femme pleure, la tête entre les mains, mais elle trouve le courage de se lever : "Adémar, je te demande pardon pour le mal que je t'ai fait".

La présidente de la Cour s'interroge : "Madame, vous avez été enceinte deux fois, avant le drame, vous avez accouché deux fois. Vous n'avez vraiment rien senti ? "Et Laëtitia raconte qu'elle prenait la pilule, avait ses règles et que trois mois avant l'accouchement, elle est allée aux Urgences de l’hôpital de Voiron, car après un déménagement, elle avait beaucoup forcé et avait des pertes de sang importantes. "L'interne qui m'a reçue m'a dit que c'était sans doute une fausse couche précoce. Il m'a renvoyée chez moi avec du paracétamol sans me prescrire d'échographie. Donc, pour moi, je n'étais pas enceinte, c'était sûr." D'ailleurs, Laëtitia n'a pas pris de poids durant cette grossesse fatale, alors que pour ses deux premiers enfants, elle avait pris plus de dix kilos.

Cela fait quatre ans que je tente de me reconstruire pour mes enfants" - Laëtitia

Laëtitia a fait deux mois et demi de détention préventive d'avril à juin 2013. "A ma sortie de prison, j'ai fait un travail sur moi avec une psychologue pour me reconstruire et comprendre. Mes enfants, je les aime plus que tout au monde. Tout le monde dit que je suis une bonne mère." Quelques mois après sa sortie, elle rencontre Olivier. Ce jeune homme a lui aussi vécu une épreuve terrible. C'est un enfant rescapé du drame du Drac. En 1995, à 7 ans, il a vu ses camarades mourir noyés, suite à un lâcher d'eau, lors d'une sortie scolaire pour observer la vie des castors. Ces deux êtres cabossés par la vie se sont trouvés et depuis s'aiment, pour le meilleur et pour le pire. Un enfant, Swan, est né de leur union, en 2016. Olivier est dans la salle d'audience et ne quitte pas Laëtitia du regard.

Le déni de grossesse touche une femme sur 500

Ce mardi, la Cour a entendu en visio-conférence le Professeur Israël Nisand, chef du pôle gynécologique du CHU de Strasbourg et qui a parlé du déni de grossesse, un phénomène encore mal connu. "Une femme sur 500 est dans le déni de grossesse. Et 25 % des enfants nés de ce déni meurent. Ces femmes ne peuvent pas investir ce qui pousse dans leur corps. Le cerveau est déconnecté".

Laëtitia a peur de retourner en prison mais elle s'y est préparée. "Je voudrais que les gens comprennent ce que j'ai vécu, avec ce déni de grossesse. Quand j'ai entendu parler d'affaires de bébés congelés, je ne comprenais pas ces femmes. Mais mon histoire montre que ça peut arriver", lâche-t-elle dans un sanglot. Le verdict est attendu dans la soirée.

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