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Assises de l’Yonne : 12 ans de prison pour avoir tenté de tuer son frère pour une histoire d'héritage

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Par , France Bleu Auxerre

Le verdict est tombé ce vendredi, après trois jours de procès : l’homme accusé de tentative de meurtre sur son frère à Valravillon (Yonne) en septembre 2017 à cause d’un différend lié à l’héritage familial a été condamné d'une peine de 12 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises, à Auxerre.

La cour d'assises de l'Yonne, à Auxerre, a jugé pendant trois jours un habitant de Fleys, accusé de tentative de meurtre sur son frère à Valravillon le 27 septembre 2017.
La cour d'assises de l'Yonne, à Auxerre, a jugé pendant trois jours un habitant de Fleys, accusé de tentative de meurtre sur son frère à Valravillon le 27 septembre 2017. © Maxppp - Florian Salesse

L’avocate générale avait requis une peine de 15 ans de prison, le verdict n'en était pas loin. Ce vendredi, la cour d’assises de l’Yonne, à Auxerre, a condamné Christian Cheuillot-Gaudeau à 12 ans de réclusion criminelle, pour tentative de meurtre sur Laurent Cheuillot-Gaudeau, son frère, commise le 27 septembre 2017. Reconnu coupable du chef de tentative d’homicide volontaire, cet habitant de Fleys, dans le Chablisien, a obligation de suivi socio-judiciaire durant cinq ans et obligation de travailler. L’homme de 56 ans a également interdiction de rentrer en contact avec son frère et ses enfants, sa sœur et le compagnon de cette dernière. Une injonction de soins a également été délivrée par la cour.

L’enjeu du procès était de démontrer si, oui ou non, Christian Cheuillot-Gaudeau, ouvrier viticole de 56 ans, a volontairement voulu tuer son frère aîné et agriculteur, Laurent, 57 ans, il y a bientôt quatre années, dans un champ à Valravillon, dans l’Aillantais. Au moment des faits, le premier aidait le second à couper des tournesols.

"Si je ne m’étais pas défendu, il m’aurait esquinté"

En début de soirée ce jour-là, peu avant 19h, tout est parti d’une dispute à propos d’une succession familiale pour laquelle le mis en cause se sent lésé depuis des années. "Quand je lui ai parlé de ma visite chez le notaire, mon frangin s’est énervé et j’ai pris peur, justifie l'accusé lors de l’exposé du déroulé des faits au tribunal. Si je ne m’étais pas défendu, il m’aurait esquinté."

Mais le premier coup de manche de pioche sur la tête, c’est bien le mis en cause qui le porte à son frère, dos tourné. Puis viennent les coups de couteau, dix au total, dont un à l’abdomen et un autre proche de la carotide alors que la victime est à terre. "Si vous aviez peur, demande circonspect le président du tribunal, pourquoi ne pas être parti une fois votre frère au sol, vous qui êtes décrit par toutes vos connaissances comme un sacré sportif, adepte de vélo et de course à pied ?" "Je voulais en découdre, mais jamais je n’ai pensé à tuer mon frère, je regrette, jure Christian Cheuillot-Gaudeau. Si j’avais voulu, je l’aurais égorgé comme un mouton en cinq secondes." Des déclarations qui choquent l’assistance. "Mais pourquoi avoir tenté de poursuivre votre frère qui s'enfuyait sur son tracteur ?" relance la cour. "Je voulais finir la conversation répond l’accusé. Il n’était pas mourant, non plus. La preuve, il est encore là."

Un accusé décrit comme "violent"

Des sentences un peu abruptes de ce genre, la cour d’assises a souvent pu en entendre de la bouche de l’accusée durant les trois jours du procès. L’étude de sa personnalité a pu éclairer sur le caractère de Christian Cheuillot-Gaudeau, décrit comme "violent". "Quand on vous pousse à bout, il faut bien utiliser la force" dixit le quinquagénaire aux cheveux gris et courts. Dans le box des accusés, cet habitant de Fleys dans le Chablisien, en détention provisoire depuis le début des faits, est brut de décoffrage, à fleur de peau.

L'attitude de cet homme trapu colle avec la description de l'enquêtrice de personnalité. Un "rustre" au passé alcoolique se sentant "rejeté" par sa famille depuis des décennies et "capable de procéder avec violence depuis tout jeune". Comme lorsqu’il tira à la carabine en direction de sa sœur en 1984, coupable à ses yeux de fréquenter "un manouche" et donc indésirable au domicile familial. "C’était une Winchester avec 17 balles, si j’avais voulu, comme j’étais champion de tir, elles seraient parties en plein dans sa tête. C’était juste pour lui faire peur" précise-t-il. Il y a aussi ce jour de 1993, lorsqu’il poussa sur le trottoir sa belle-sœur qui tenait son enfant dans les bras, ce qui lui a valu un internement psychiatrique. Ou encore, en 2007, cette condamnation à deux mois de prison avec sursis pour avoir menacé au couteau un voisin qui l’empêchait de dormir en faisant trop de bruit avec sa voiture.  

"Je savais qu'un jour, ça finirait mal"

"C'est une bête sauvage, un monstre dont toute la famille a une peur bleue, il frappait nos parents" : à la barre, Catherine, la sœur de l’accusé, n'a pas de mots assez durs pour qualifier Christian Cheuillot-Gaudeau. Aussi durs que le regard qu’elle lui lança au moment de se présenter à la cour d’assises. "Il était difficile à vivre depuis tout jeune, il ne fallait pas le contrarier. Il aimait tout contrôler, et il a tout le temps usé de violence comme seul moyen d’interaction. Et puis, il est raciste, il est pollué par les idées du Rassemblement National, Marine Le Pen... Alors ça n'arrange rien" témoigne son frère, un peu plus costaud que Christian, mais beaucoup plus posé et calme.

Les relations étaient plus que compliquées entre le mis en cause et le reste de la famille, sauf peut-être Laurent, qui était le seul qui côtoyait encore. Mais c'est la mort du père en 2012, qu'il admirait par-dessus tout - décès dont il rend responsable sa mère, sa sœur et son frère - ainsi que la question de l'héritage qui cristallisera toutes les tensions. "Christian a eu l'impression de se faire voler mais nos parents avaient tout divisé de façon égale au centime près", insiste Laurent Cheuillot-Gaudeau. Sauf que l'accusé, persuadé de se faire rouler dans la farine, a toujours refusé de signer quoi que ce soit chez le notaire tout en cultivant un sentiment de frustration. Qui éclatera ce 27 septembre 2017. "Je savais qu'un jour, ça finirait mal, souffle le frère du mis en cause, mais jamais je n'aurais pensé qu'il s'en prendrait à moi."

Pas de maladie mentale

Il s’en est effectivement pris à son aîné, mais Christian Cheuillot-Gaudeau était totalement conscient de ce qu’il faisait. C’est ce qui ressort des expertises psychologiques et psychiatriques de l’accusé. "Ce n'est pas un malade mental mais un homme en pleine possession de ses moyens. Il a un sentiment profond de persécution", détaille un expert. Le suspect croit qu'il est victime d'un complot, que sa famille "veut l'écarter de l'héritage, s'en débarrasser". Et à cela s'ajoute "un caractère paranoïaque et impulsif qui peut le faire basculer dans une colère explosive". "Sa responsabilité est entière mais sa violence ne se manifeste que dans le cadre familial" nuance un psychiatre qui insiste : "Il existe un profond sentiment de fraternité chez Christian Cheuillot-Gaudeau. C’est ce frein qui l’a empêché d’aller plus loin face à son frère."

Mais "les faits commis par Christian Cheuillot-Gaudeau constituent une tentative de donner la mort" : le verdict des assises de l’Yonne est clair, limpide. Et si le meurtre n’a pu être commis c’est uniquement "parce que la victime a pu s’échapper". Le tribunal a motivé sa décision par "la violence des nombreux coups portés par le mis en cause, les zones du corps visées avec un manche de pioche et un couteau qui caractérisent l’intention d’homicide". Contrairement à ce qu’affirme l’accusé, "son frère n’a jamais été menaçant envers lui ce 27 septembre 2017" poursuit la cour, qui souligne que "Christian Cheuillot-Gaudot ne se remet pas en question, ne semble pas se rendre compte des faits qui lui sont reprochés". C’est pour toutes ces raisons auxquelles il faut ajouter "la dangerosité" du personnage que l’accusé a écopé de 12 années de prison.

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