Faits divers – Justice

Assises de la Creuse : le verdict attendu ce mercredi

Par Valérie Mosnier, France Bleu Creuse mercredi 19 octobre 2016 à 2:05 Mis à jour le mercredi 19 octobre 2016 à 2:08

Le verdict est attendu ce mercredi
Le verdict est attendu ce mercredi © Maxppp - Belloumi

Après trois jours de procès, le verdict est attendu ce mercredi aux Assises de la Creuse. Depuis lundi, Joël Vaslin comparaît pour le meurtre de Nathalie Bourdarias son ex-compagne à Saint-Fiel, le 18 avril 2014. L'audition de leur fils, âgé de 8 ans, restera un moment fort de ce procès.

Troisième et dernier jour du procès de Joël Vaslin ce mercredi devant les Assises de la Creuse. Le verdict est attendu dans l'après-midi, après les réquisitions de l'avocat général et la plaidoirie de la défense ce matin. L'homme de 72 ans est accusé du meurtre de son ex-compagne le 18 avril 2014 à Saint-Fiel, il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Joël Vaslin a frappée Nathalie Bourdarias lors d'une violente dispute, mais il ne se souvient pas l'avoir étranglée. La victime est décédée une semaine après à l'Hôpital de Guéret, le 25 avril 2014. Le couple, qui avait 27 ans d'écart, était séparé depuis environ un an. Une situation mal vécue par Joël Vaslin, toujours amoureux, qui avait également peur de perdre son rôle de père puisque Nathalie Bourdarias avait un nouveau compagnon.

Une période de bonheur de six ans

L'histoire entre Joël Vaslin et Nathalie Bourdarias commence à l'été 2007. L'ancien programmeur informatique dans le secteur bancaire a 63 ans, il vient s'occuper du club de sports nautiques de Vassivière. Il apprend qu'un ancien voisin et ami de 30 ans, Gabriel Bourdarias est très malade, il est hospitalisé à Limoges et que sa fille Nathalie fait tout pour le rapatrier à Saint-Fiel. Il l'aide et il est très vite attiré par la jeune femme. Mais, il s'interdit "d'aller plus loin" dit-il "à cause de la différence d'âge et je suis encore marié". Son couple dans le sud de la France bat de l'aile, il veut partir pour éviter à sa femme, qui souffre d'un cancer, encore plus de douleurs. Les sentiments sont réciproques du côté de Nathalie, le couple s'installe finalement en octobre 2007 et à un fils en août 2008. Un bébé que Joël Vaslin "ne voulait pas trop, mais j'y tiens plus que tout". Il parle d'une relation fusionnelle avec cet enfant, sa mère travaillait et lui en tant que retraité avait le temps de s'en occuper. Au milieu de l'année 2012, Nathalie veut un deuxième enfant, Joël Vaslin est réticent mais accepte "je me rends compte que je vais la perdre". Finalement, il n'y aura jamais d'autre bébé, Nathalie avait réfléchit et abandonné son projet. Les relations se détériorent en 2013, "je ne comprends pas" dit Joel Vaslin. Le couple signe un papier devant le notaire pour une garde alternée de leur fils durant les deux mois d'été, "mais pour moi, en septembre on refaisait le point". Nathalie ne voit pas les choses comme ça, pour elle le couple est séparé et elle obtient la garde exclusive de l'enfant, après un accident de la route de Joël Vaslin avec son fils le 31 août 2013, qui vaut au père 15 jours d'hospitalisation à La Valette. Mais, il s'accroche à l'espoir de reconquérir Nathalie, il va jusqu'à acheter le terrain à côté de chez elle, pour faire construite un chalet. La jeune femme, se sent de moins en moins rassurée selon sa famille et puis elle fréquente un autre homme, bien plus jeune que Joël Vaslin, qui aurait alors aussi eu peur de perdre son rôle de père auprès de son fils, dont il avait finalement récupéré la garde alternée.

Un homme froid mais à la personnalité complexe

C'est un homme aux cheveux blancs, l'air un peu perdu, amaigri et fatigué qui s'est présenté devant la Cour d'Assises de la Creuse. Il se tient droit dans le box des accusés, ses mains tremblent un peu, mais quand Joël Vaslin prend la parole, il est capable de raconter dans le moindre détail son histoire avec Nathalie. L'homme parle beaucoup, donne beaucoup de détails qu'il digresse et en oublie les questions.

Me Edith Verger-Morlhigem, l'avocate de Joël Vaslin

Il est souvent décrit comme une personne froide, imbue d'elle-même, hautaine, rigide et stricte. L'enquête de personnalité relève une part d'égocentrisme, un manque d'humilité, de l'autosuffisance qui peuvent s'expliquer par une fragilité et des failles dans l'enfance : un père très souvent absent, une mère qui usait du fouet pour le punir. Joël Vaslin parle aussi d'agressions sexuelles par des amis de ses parents de 5 à 13 ans.

Il restera marié plus de 30 ans à la même femme, avec qui il aura deux fils. Mais il dira pourtant au psychologue "j'ai découvert l'amour à 60 ans". Nathalie et son fils sont tous pour lui explique la défense : "il n'existe que pour eux, à travers eux et sans eux il n'existe plus, il n'est rien et c'est ce que Nathalie lui dit et ça c'est totalement insupportable pour lui, comme si c'était une blessure physique et à cette blessure, il rend renvoie une autre blessure physique en attaquant Nathalie".

Quelque soit le verdict, votre fils est votre tribunal - Me Mazure, avocate de la partie civile

" Nous sommes ici pour que Nathalie ne sombre pas dans l'oubli", lors de sa plaidoirie, ce mardi soir, Me Hélène Mazure parle pour les cousins de la victime mais aussi son nouveau compagnon. Elle revient sur la rencontre en 2007, l'investissement de Joël Vaslin pour la famille Bourdarias, pour elle "il voit là un moyen de redevenir utile, indispensable et endosse le costume du héros". Quand la relation se complique en 2013, Joël Vaslin fait tout pour garder Nathalie, ça devient du harcèlement quotidien dit l'avocate.

Le jour des faits, après l'école, pourquoi est-elle montée chez Joël Vaslin ? Nathalie ne pourra jamais donner sa version, mais des témoins racontent qu'elle ne voulait jamais monter chez lui. Seule certitude, elle est morte étranglée. Me Mazure continue "Joel Vaslin dit peut être vrai quand il raconte qu'il n'a pas de souvenirs", même si le psychiatre exclue une altération du discernement ou une confusion mentale. Pour elle, "les mains sur la gorge ne sont pas dépourvues de volonté, elles sont commandées par votre volonté" dit-elle en se tournant vers l'accusé "vous n'êtes pas une victime". Nathalie allait mieux avec son nouveau compagnon, il ne l'a pas supporté et l'a fait taire à jamais rajoute t-elle a destination des jurés. Puis elle revient vers Joël Valin "Ce 18 avril votre fils à perdu ses deux parents et quelque soit le verdict, il est votre tribunal."

Me Hélène Mazure, avocate de la famille de la victime, partie civile

ça veut dire que mon papa l'a étranglée ? - fils de la victime et de l'accusé

C'est le moment fort et très émouvant de ce procès, l'audition du fils de Nathalie Bourdaris et de Joël Vaslin, mardi en fin d'après-midi. C'est un petit garçon de 8 ans qui accepte de répondre aux questions de la Cour, le président l'avertit les questions seront difficiles, "c'est courageux de venir, mais tu préfères savoir plutôt que de ne pas comprendre, je me trompe?" "non"... L'enfant assis derrière une table est en visiconférence depuis une autre salle du Tribunal pour éviter de le traumatiser encore plus. Il avait 5 ans quand le "drame", comme il dit, s'est produit. Le 18 avril 2014, il a vu ses parents s'enfermer dans la cuisine, il dit qu'il trouve le temps long, il va donc les voir et demande plusieurs fois à entrer... pas de réponse... Par la serrure il voit les pieds de sa mère puis entend son père pousser un "non" très fort, puis celui ci lui ouvre. "J'ai vu plein de sang partout, j'ai vu qu'elle était morte". "Tu sais de quoi ta maman est morte ?" "J'ai entendu un cognement" "Aujourd'hui on juge ton papa, parce ce n'est pas de ça qu'elle est morte... Tu veux savoir ? " "Je veux bien savoir" "Ta maman ne pouvait plus respirer parce qu'on l'a empêchée, son cou était serré" " ça veut dire que mon papa l'a étranglée ?"

La question est saisissante, mais elle est importante, dira juste après la cousine de Nathalie Bourdarias, qui a la garde de l'enfant. Il avait deux questions essentielles depuis un an : Pourquoi papa a fait ça ? Et comment papa a fait ça ? "Il a une réponse, mais on lui doit la vérité sur la deuxième pour qu'il puisse continuer à grandir."

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