Faits divers – Justice

Assises de la Gironde : 20 ans de prison et des questions après le verdict du meurtre de Coirac

Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde jeudi 1 décembre 2016 à 18:32

La cour d'Assises de la Gironde
La cour d'Assises de la Gironde © Radio France - Stéphanie Brossard

Les Assises de la Gironde ont condamné Nicolas Delbary à 20 ans de prison, pour avoir tué un de ses amis en août 2012 à Coirac, avant de brûler le corps et de faire disparaître sa voiture, pour une dette de 10 à 12 000 euros. Il était jugé pour assassinat. La préméditation n'a pas été retenue.

La cour d'Assises de la Gironde a rendu son verdict après quatre jours de procès et quatre heures de délibéré. Nicolas Delbary est reconnu coupable du meurtre d'un ex-collègue et pote de poker le 13 août 2012 dans sa maison de Coirac dans l'Entre-Deux-Mers pour une histoire de dette de 10 ou 12 000 euros. La légitime défense n'a pas été retenue par les jurés ni la préméditation. Le procès se termine avec de nombreuses zones d'ombres, les mêmes qu'à l'ouverture de l'audience.

Partie de poker menteur

Durant les quatre jours de son procès, Nicolas Delbary n'a manifesté aucune émotion devant l'exposé des faits, baissant la tête le plus souvent, et ne répondant qu'à minima aux questions. A plusieurs reprises, le président de la cour d'Assises de la Gironde a pressé l'accusé. En vain. Il s'est heurté à un mur de silence, ou à cette phrase : "je n'ai rien à dire de plus". Ni sur ce rendez-vous fixé ce 13 août chez lui à Coirac. Ni sur les pressions insistantes de la victime pour récupérer son argent depuis plusieurs semaines. Ni sur ces traces de sang retrouvées sur plusieurs chaussures à l'intérieur de la maison, alors que "la bagarre avec coups de poing et de crosse d'un revolver" a eu lieu au fond du jardin comme le soutient l'accusé. Ni sur la façon dont il a pu bouger les 80 kilos de sa victime, pour le mettre sur le bûcher, alors qu'il a eu toutes les peines du monde à refaire le geste avec un mannequin lors de la reconstitution.

Une attitude qui a agacé le président. "Ce procès n'est pas une partie de poker menteur, dont vous seriez le maître du jeu. Vous devez au moins la vérité à sa famille, qui n'a plus rien, à part les 1527 débris osseux retrouvés de lui, éparpillés dans votre jardin, et placés sous scellés !". Nicolas Delbary aura cette réponse : "j'avais le chaos dans ma tête".

Pas la tête de l'emploi

Alors que s'est-il vraiment passé ? Il demeure de nombreuses zones d'ombre soulignées par l'avocat général dans son réquisitoire. Il n'a pas retenu la préméditation (car il n'y a pas de preuves suffisantes pour dire qu'il lui aurait tendu un piège ce 13 août 2012) et il demandé 20 ans de réclusion criminelle. "C'est une affaire délicate car il n'y a pas de cadavre, ni arme du crime et que l'accusé a pris toutes les précautions pour éviter de se faire prendre, lui, le maniaque, le méticuleux qui a fait disparaître toutes les preuves. Alors, son entourage nous a dit combien cet homme est quelqu'un de bon et de gentil, mais vous savez, en Assises, l'accusé n'a pas souvent pas la tête de l'emploi".

Un trou dans un os qui démontrerait un tir de pistolet ?

Pour l'avocat général, ce qui est certain, c'est qu'il y a eu une affaire d'argent entre eux, "une dette qui a empoisonné leur relation". Mais la thèse de l'accusé sur ce qui s'est passé, présente "bien des invraisemblances". Y-a-t-il eu un coup de feu ? C'est une des questions qui a été posé durant le procès. Les experts légistes et balistiques ne sont pas affirmatifs. C'est "probable" au regard de l'analyse d'un bout d'os de crâne retrouvé et examiné, qui peut évoquer un impact de balle.

Un crime presque parfait ?

Dans l'une des plaidoiries des avocats des parties civiles, maître Sirgue, l'avocat des parents de la victime Stéphane Rivet, avait "tenté de trouver des réponses aux questions qui n'ont pas trouvé d'issues depuis 4 ans". Selon lui, il n'y a "qu'un scénario possible : Nicolas Delbary a supprimé son créancier, avec l'arme (remise par Stéphane Rivet quelques mois avant pour la mettre à l'abri) qu'il avait chez lui". Il y a "de quoi resté pantois devant la mécanique d'organisation et d'intelligence de l'accusé qui a failli réussir le crime parfait, sans penser que les techniques de la police scientifique pourraient le confondre".

La piste d'un troisième homme ?

Pour l'avocat de la défense, maître Grosselle, peut-être toutes les pistes n'ont pas été creusées, peut-être y-avait-il un ou plusieurs autres protagonistes ce jour-là ? d'autres auteurs des faits... Dans sa plaidoirie, il avance ce troisième ADN retrouvé dans la voiture de la victime cachée par l'accusé à Arcachon. Selon lui, "Nicolas Delbary ne veut pas dire qui sait. Parce qu'il a peur. Il préfère moisir en prison plutôt que risquer la vie de sa fille". Il ajoute également que huit ADN ont été retrouvé dans la maison. Car "deux très bons amis ne s'entretuent pas... et il y a bien du monde qui en voulait à Stéphane Rivet" qui a des antécédents judiciaires.

Maître Grosselle l'avocat de l'accusé

L'accusé a 10 jours pour faire appel. La fille de la victime Charlotte Delprat se dit profondément "fatiguée" au terme de l'audience et "dérangée de ne pas savoir toute la vérité".

Charlotte la fille de la victime

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