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Faits divers – Justice

Procès de la fusillade de Metz Nord : "C'était comme dans un film de tueur"

mercredi 23 janvier 2019 à 23:32 Par Clément Lhuillier, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu

Au premier jour de son procès devant les assises de la Moselle pour la fusillade mortelle du 30 mai 2015 à Metz-Nord, Jean-Ludovic Gbétie a été confronté aux témoignages des rescapés de son carnage. Sans livrer, pour le moment, la moindre explication.

Le palais de justice de Metz
Le palais de justice de Metz © Radio France - Cécile Soulé

Metz, France

Anthony Lavialle s'avance difficilement à la barre, aidé d'une canne et de sa mère. Il est la première des quatre victimes de la fusillade du 30 mai 2015 dans le quartier de Metz-Nord qui a coûté la vie à Céline Royer-Lavialle, 22 ans.  

L'auteur des coups de feu, sur fond d'alcool et de médicaments, Jean-Ludovic Gbetie, est jugé depuis ce mercredi aux assises de la Moselle pour meurtre et tentative de meurtre.  

Regardez le, c'est le survivant de votre carnage

Le visage et le corps du jeune homme portent encore les stigmates de cette sombre soirée de printemps. Il a reçu trois balles, dont une dans la tête. Prisonnier de son corps handicapé, il ne peut pas parler. C'est son avocat, maître Terzic qui s'en charge et qui interpelle l'accusé : "Regardez le, c'est le survivant de votre carnage, vous l'avez exécuté à bout portant".

Sa mère, Patricia Lavialle, pleine de colère, elle aussi s'adresse à l'accusé : "Sa vie est terminée, tu entends ce que je te dis ! Il n'a pas perdu que sa sœur il a tout perdu". Trois fois, elle répète à la présidente lorsqu'elle raconte leur quotidien de soins et de rééducation : "On survit".

Florian Vrevin, lui, avait tenté de désarmé le tireur qui faisait face à son ami. Dans sa fuite, il a pris 2 balles dans le dos. C'est un miraculé, qui parle vite, fait des gestes, mime les scènes : «C'était comme dans un film de tueur» dit-il. «Je culpabilise, parce que moi, je peux vous parler, je ne suis pas handicapé. _Je me demande pourquoi je ne suis pas mort_ Qu'attendez vous de ce procès, lui demande son avocat maître Rondu. Le jeune homme se tourne vers le box : «Je veux que ta peine te fasse bien réfléchir.»

Des rescapés marqués à vie

Edik Mouradov doit être assisté d'une interprète. Il n'avait rien à voir avec l'altercation qui a déclenché cette folie. Il raconte comment il a dû se coucher sous sa remorque pour se cacher, mais que Gbetie s'est accroupi pour tirer deux balles sur lui. 

Bazine Boukaboul a eu plus de chance. Témoin des coups de feu à sa fenêtre du troisième étage, Jean-Ludovic Gbetie a tiré dans sa direction. Il s'en tire avec une blessure légère au visage, sans doute due à un éclat. Les victimes étaient ses amis, quelques minutes avant, il était en bas, avec eux. Le grand gaillard aux cheveux courts a les larmes aux yeux. 

Enfin, Mohamed Bekhaled, se présente à la barre. Le vieille homme était près de sa voiture quand le tireur s'est approché, l'a menacé de son pistolet pour lui ordonner de l'embarquer. Il a pu fuir vers les policiers sans dommages physiques. Maisdepuis, l'angoisse et les cauchemars sont son quotidien.

Un détachement de l'accusé désarmant

La présidente s'adresse à Jean-Ludovic Gbetie : «Qu'est ce que vous pensez de ce que vous venez d'entendre ?»

- C'est terrible, c'est chaud.

- C'est chaud, c'est tout ce que cela vous inspire ?  

- J'ai de la peine, je n'aurais pas imaginé faire ça.

Dans un murmure, la salle étouffe ses protestations devant ce détachement désarmant qui n'a pas quitté l'accusé de la journée.  

Je regrette que M.Gbetie n'ai pas réussi à retranscrire ce qu'il a pu me dire dans le secret du parloir : la douleur, les regrets. C'est un détachement de façade. Il s'est construit une carapace - Maître Dillenschneider, avocate de la défense 

Une personnalité qui interroge  

La première partie de cette journée a été consacrée à l'examen de la personnalité de Jean-Ludovic Gbétie qui soutient toujours ne pas se souvenir précisément des faits qui lui sont reprochés.

C'est un homme au parcours chaotique, marqué par la violence et l'autoritarisme d'un père militaire, et une vie d'adulte instable, où l'alcool, les médicaments et la dépression ont largement pris le dessus. Un divorce, une condamnation pour agression sexuelle sur sa fille, des boulots de carreleur, des licenciements, le décès de sa mère qui la détruit. Un traumatisme qu'il ne parvient pas à exprimer lorsque son avocate maître Dillenschneider lui demande. 

«Il a toujours été violent, a toujours bu. Il était jaloux» tranche son ex-femme qui ajoute que par deux fois, il l'a menacé avec son arme

Un portrait moins reluisant que celui dressé par sa compagne actuelle, dont la déposition a mis au jour plusieurs contradictions avec ses propos aux enquêteurs. «Il buvait par pics, avec des périodes d'arrêts.» Selon elle, il y avait deux Gbetie : celui qui pouvait boire jusqu'à trois bouteilles de whisky par jour et se montrait agressif en paroles et en acte. Et celui qui, sobre, ramenait des croissants et des fleurs à la maison, comme au matin du 30 juin 2015. 

«L'homme que j'aime n'était pas toujours mauvais. Il était malade quand c'est arrivé.» C'est pourtant elle qui a adressé une lettre le décrivant comme violent aux médecins qui soignaient son compagnon interné en psychiatrie, et qui envisageait de lui demander d'aller vivre ailleurs, lassée de cette addiction qui a occupé une bonne partie des débats.