Faits divers – Justice

Assises de la Savoie : beaucoup d'interrogations sur la personnalité de l'agresseur présumé de Nicole Pallud

Par Bleuette Dupin, France Bleu Pays de Savoie jeudi 22 septembre 2016 à 17:47

Presque trois ans après l'agression de Nicole Pallud le jour de la braderie de Chambéry, deux hommes comparaissent depuis lundi matin devant la cour d'assises de la Savoie
Presque trois ans après l'agression de Nicole Pallud le jour de la braderie de Chambéry, deux hommes comparaissent depuis lundi matin devant la cour d'assises de la Savoie © Maxppp - Cyril Sollier

Il n’a pas été question des faits du 29 septembre 2013 à Chambéry lors de la première journée du procès aux assises de l’agresseur présumé de Nicole Pallud et du receleur présumé de son collier volé. Les débats ont porté sur la personnalité des deux accusés.

Karim Bendib, 34 ans, est poursuivi pour avoir racheté le bijou arraché à Nicole Pallud. Il comparait libre. Il travaille à Annemasse dans un restaurant de burgers. Il raconte sa vie chaotique entre la France, où il est né, et l’Algérie où ses parents sont repartis quand il avait un an. A 17 ans il fait le choix de revenir en France alors qu’il ne maitrise pas la langue. Il arrive chez son frère à Chambéry, il a aussi un oncle à Annemasse. Il occupe différents emplois, différents logements, il fait plusieurs tentatives de suicide. Il est dépendant du cannabis. Il corrige : il ne l’est plus.
Ses trois jeunes enfants vivent désormais avec lui, après avoir été un temps chez ses parents en Algérie. Son épouse n’a jamais répondu aux convocations, il ne comprend pas pourquoi. Peut-être parce qu’elle a été hospitalisée après avoir avalé du détergeant. Mais ce n’était pas une tentative de suicide, assure-t-il. L’avocat général lui demande s’il est fuyant et dissimulateur. Il lui reproche de ne pas être très précis notamment sur ses traitements contre la toxicomanie.

« Je suis désolé pour tout cela »

Sur les faits, sa version n’a jamais varié : c’est son coaccusé qui lui a vendu le collier arraché à Nicole Pallud, cette Chambérienne de 70 ans décédée trois semaines plus tard des suites de l'agression. Il dit qu’il n’a jamais su la provenance de ce bijou. Il ajoute qu’il a des parents âgés « mon père a 89 ans, ma mère 73, 74 ans. Je suis désolé pour tout cela ».

Un accusé en situation irrégulière depuis 2007

Aboulasem Nagad est beaucoup plus jeune, il a 26 ans. Il comparait pour vol avec violence ayant entrainé la mort. Il est détenu depuis près de trois ans. Son parcours est linéaire chez lui en Tunisie auprès de ses parents et ses frères et sœurs, jusqu'à ses 18 ans. Il  quitte son pays contre l’avis de ses parents et sans que l'on comprenne bien ses motivations. Il part donc en 2007 direction l’Italie, sans papier « pour tenter l’aventure », dit-il. Il est question aussi de poursuites judiciaires qui l'attendent en Tunisie s'il y remet les pieds mais lui n'en parle pas.

Après l’Italie, direction Chambéry en 2009

En 2009 il quitte Turin parce qu’ « avec la crise, il n’y avait plus de travail ». Direction Chambéry où il ne connait personne. Le président de la cour lui demande de quoi il a vécu. Il ne répond pas clairement. On comprend que la revente de stupéfiants, dont il est aussi consommateur, a contribué à ses ressources. Sa compagne, qu’il a rencontrée en lui vendant des stupéfiants, l’héberge. Il est connu sous plusieurs identités, il est soit né à Gaza – ce qui lui permet d'éviter une reconduite à la frontière- soit en Tunisie. Il a été condamné pour séjour irrégulier mais aussi pour violence, dégradation, ce qu’il nie.

Une injonction de soins est nécessaire, selon l’un des deux experts psychiatres

Le président fait remarquer que ses discours varient selon les personnes à qui il s’adresse. Deux experts psychiatres se succèdent. Pour le premier, A. Nagad ne présente aucune pathologie particulière. Pour le second, il souffre de troubles graves de la personnalité, il est instable et immature, sans compter ses addictions aux stupéfiants mais aussi à l'alcool. « Une injonction de soins est nécessaire pour son bien-être et pour la sécurité d’autrui. S’il arrête de se soigner il aura des ennuis », ajoute l'expert psychiatre.

Ce vendredi sera consacré à l'examen des faits du 29 septembre 2013.