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Assises de Savoie : il assassine son ex-compagne trente ans après un féminicide

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Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu

Deux ruptures se sont terminées par deux féminicides à trente ans d'intervalle. Un sexagénaire comparaît ce lundi devant la cour d'assise de Savoie, à Chambéry.

Il abat Rita sur son lieu de travail à Montmélian.
Il abat Rita sur son lieu de travail à Montmélian. © Radio France - Nicolas Peronnet

Il a tué deux compagnes. À chaque fois, une femme qui le quitte. En 1988 et en 2017. Ce lundi 25 janvier 2021, à Chambéry, aux Assises de la Savoie, débute le procès d'Alberto Cordara accusé d'avoir abattu en pleine rue son "amie" devant le lieu de travail de celle-ci, à Montmélian, en février 2017. Rita, 58 ans, mère de trois enfants, grand-mère, est morte sous les yeux de ses collègues de la SAT, la compagnie de bus. Le sexagénaire est accusé de "récidive d'assassinat". Il a déjà été condamné pour un féminicide trente ans plus tôt, dans sa ville natale, à Turin, en Italie.

Turin-Montmélian deux féminicides

Turin, 1988, Alberto Cordara étrangle sa compagne parce qu'elle refuse sa demande en mariage. Immacolata, 33 ans est retrouvée dans son appartement, les mains liées, sous une couverture, rapporte le journal "La Reppublica". Alberto Cordara est condamné à sept ans de prison, il en passera quatre derrière des barreaux, avant de sortir avec un régime de semi-liberté.

Savoie, 2017. À 59 ans, Alberto est chauffeur routier. Il vit près de Modane, en Savoie, aux portes de la frontière italienne. Jusqu'à la rupture avec Rita, rencontrée trois ans plus tôt. Comme toutes les autres femmes avant elle, Rita ne supporte plus les violences verbales et physiques. Elle veut le quitter, il refuse de partir du logement commun. Dans son audition, plus tard, le possessif maladif décrit "une relation amoureuse paisible" et se dit "surpris" par l'annonce de la rupture. Déni ou réécriture de l'histoire qui dérape ? L’enfer de la tyrannie domestique dure plusieurs mois pour Rita, et s’achève brutalement le 8 février 2017.

"Ensemble pour toujours"

Au petit matin, à l’heure de l'embauche, l'homme est en embuscade sur le lieu de travail de son ex, la société de bus de Montmélian, la SAT. À 6h37 , il se gare près de l’entrée de la SAT, fait les cent pas jusqu’à l’arrivée de Rita. À 6h45, il l’abat de quatre balles, quasiment à bout portant, dans le thorax. Puis il retourne l’arme contre lui. Trois balles, aucune mortelle - deux dans un bras, une dans le foie - il dira qu'il visait son propre cœur, mais "sa main a glissé", il était "sidéré". Quand les policiers arrivent, ils voient l’assassin, le corps en sang, allongé sur sa victime.

La mécanique mortelle semblait inarrêtable. Alberto est un sanguin qui prépare les choses. Deux semaines auparavant, il a rédigé une lettre dans laquelle il explique son futur crime, à destination de sa sœur, et l’ultime SMS envoyé à la fille de Rita, juste avant de passer à l'acte. Ce SMS est sa signature : "Rita et Alberto. Même âge, même type sanguin A +. Ensemble pour toujours".

Juste après l'assassinat de Montmélian
Juste après l'assassinat de Montmélian © Radio France - Nicolas Péronnet

La femme objet

"Ensemble pour toujours". Ce SMS fait réagir Marion qui intervient auprès de femmes battues au sein de l'association "Savoie de femmes". "Pour qu'elle ne soit qu'à lui. À personne d'autres. Et quand on en est là, c'est qu'on est devenue un objet. Souvent les hommes mettent en avant ce qu'ils appellent "passion". Ils justifient leurs actes. Ils sont dans leur bon droit. Et ils arrivent à le mettre dans la tête des victimes."

Alberto Cordara refuse de participer à la reconstitution en octobre 2019. Il n'accepte plus d'évoquer son premier féminicide. En résumé, "j’ai payé ma dette , c’est du passé". Comme s'il n'y avait aucun lien. Comme s'il refusait de faire le lien. Toutes ses anciennes compagnes, après le premier assassinat, ont décrit un homme sujet à des accès de violence verbale et physique. 

Palais de Justice de Chambéry
Palais de Justice de Chambéry © Radio France - France bleu

Marine, de l'association "Nous Toutes 74", est une de ces jeunes militantes qui collent des portraits de femmes tuées sous les coups de leur compagnon. Elle est interpellée par le procès qui s'ouvre à Chambéry. "On peut se demander : comment juge-t-il la vie d'une femme ? Le fait de récidiver, c'est comme si la vie de sa précédente victime n'avait aucune importance. La vie de ses compagnes lui appartient. Cela pose aussi la question du milieu carcéral, sur ce qui est mis en place ou pas pour accompagner les détenus afin qu'ils en sortent changés, différents. Lui n'a visiblement pas du tout évolué."  

Marine de l'association Nous Toutes 74

Quel suivi pour les hommes violents ?

L’avocate d’Alberto Cordara va au procès décortiquer les mécanismes de cette violence. L’homme narcissique serait détruit de l’intérieur. Le drame originel : il épouse son amie d’enfance, elle meurt deux mois après avoir accouché. Là résiderait la phobie de l'abandon, un traumatisme jamais guéri, selon sa défense.

Marion de Savoie de femmes sur le suivi des hommes violents

Après le premier assassinat,  il n'a bénéficié d'aucun suivi. L’homme l'aurait-il accepté ? Il s'agit d'une nécessité capitale d'après Marion de l'association "Savoie de Femmes" à Chambéry. "C'est une demande des femmes battues. Que les hommes soient soignés. Ou en tout cas qu'on s'interroge sur les mécanismes dans son parcours. Pourquoi l'a-t-il commis ? Pourquoi l'a-t-il refait avec d'autres femmes ? Sans ces questionnements, on s'expose à la récidive. Les choses évoluent avec des stages de sensibilisation imposés aux hommes violents ou la mise en place de centre régionaux pour les accueillir. Mais on est encore loin du compte." 

À Grenoble, l’association "Passible" et ses psychologues accueillent et accompagnent les hommes violents. C'est l'une des très rares structures spécialisées.

Pour aller plus loin

  • En avril 2020 , le gouvernement a mis en place un numéro vert pour les hommes violents, ceux qui se sentent déraper. 08 019 019 11
  • Le 3919 Violence Femmes Info est le numéro national de référence pour les femmes victimes de violences.
  • Savoie de femmes : 04.79.85.53.68
  • En cas d’urgence, contactez le 17 pour la police, le 114 par SMS, le 115 pour l’hébergement d’urgence, ou la plateforme www.arretonslesviolences.gouv.fr.
En cas de violence conjugale, composez le 3919.
En cas de violence conjugale, composez le 3919. © Radio France - Radio France

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