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"Ateliers sexe", sanctions et montage financier : un prof de yoga jugé à Poitiers, suspecté d'être un gourou

Procès hors norme à Poitiers. Un ex-professeur de yoga et sa compagne comparaissent les 18 et 19 mars 2021 devant le tribunal judiciaire, suspectés d'être à l'origine d'une secte entre Aumagne en Charente-Maritime et Lizant dans le Sud-Vienne, où le couple habite. Deux femmes ont porté plainte.

Un couple devant le tribunal judiciaire de Poitiers les 18 et 19 mars, suspecté d'être à l'origine d'une secte.
Un couple devant le tribunal judiciaire de Poitiers les 18 et 19 mars, suspecté d'être à l'origine d'une secte. © Radio France - Isabelle Rivière

Le prévenu, barbe blanche et veste en flanelle, s'agace rapidement à la barre : "On avait une belle maison en Picardie, j'étais un prof de yoga reconnu. A Lizant, je n'étais plus rien. Tout ça, c'était SON idée", dit Christian en pointant la première plaignante, assise sur le banc. Tout ça, c'est le "projet Sud" : un petit groupe proche de l'enseignant se met en quête d'une maison pour organiser des stages de yoga. Finalement, les élèves en achètent deux. Aumagne, en Charente-Maritime, où ils vivent à six, et Lizant, où ils installent l'enseignant et sa compagne, Catherine. Mais les cours de yoga ne reprendront pas... "Christian était trop pris par les travaux" le défend Catherine. Le couple est poursuivi ce jeudi et ce vendredi devant le tribunal judiciaire de Poitiers, suspecté d'être à l'origine d'une secte.

A Aumagne, s'organisaient des "ateliers sexe" filmés. Du libertinage jusqu'à la zoophilie. "Moi je ne suis pas libertin, ça ne m'intéresse pas" avance Christian, même si on lui apporte les cassettes pour les visionner. Il y ajoute des annotations "truie, grosse conne". "J'en avais marre parfois aussi de regarder tout ça !" souffle le prévenu. Il a aussi des relations avec plusieurs femmes du groupe. "Elles tombent amoureuses de moi..." se justifie-t-il. Et il nie toute implication dans de possibles sanctions organisées. Idem pour l'aspect financier : les élèves lui ont cédé quasiment toutes leurs parts des SCI ayant servi à acheter les maisons : "Je n'ai rien demandé" soupire Christian. "Le déménagement, les femmes, la maison... on dirait que vous subissez votre vie." lui assène l'avocate des parties civiles. Sa compagne, elle, nie avoir été l'intermédiaire entre lui et le groupe vivant à Aumagne.

Dans les ateliers sexe, il fallait se dépasser car on était des femmes coincées.

Aumagne, Marie-Antoinette y a vécu une dizaine d'années, avant de faire une tentative de suicide puis de "s'enfuir" selon ses mots. Toute frêle dans ses amples vêtements blancs, le visage émacié et un turban rose sur la tête, la septuagénaire s'exprime pourtant d'une voix claire. Elle raconte : l'envie de son prof de yoga de quitter la Picardie, il la presse, elle et d'autres élèves pour "le projet Sud". "Il nous traitait de mollassons car on n'allait pas assez vite dans les recherches.

Une fois installée en Charente-Maritime avec d'autres membres du groupe, Marie-Antoinette décrit les ateliers sexe filmés où il fallait "se dépasser car on était des femmes coincées" et surtout les sanctions : "Douches froides toute une nuit, crachats, une fois j'ai dû dormir par terre dans la grange à côté des poubelles". "Vous êtes médecin, brillante, pourquoi ne pas être partie ?" lui demande son avocate. "Parce que Christian nous demandait tout le temps des choses, des tâches administratives, de courir ici et là. On avait un tel rythme, j'étais épuisée... je n'avais pas l'espace de réfléchir" répond la plaignante qui enchaînait des gardes le week-end. "Pendant toute une période, je devais verser à M. R. les deux-tiers de mes gardes, c'était une sanction." Marie-Antoine se décrit aussi isolée, coupée de sa famille. 

Après Marie-Antoinette, défilent à la barre les témoins cités par la défense. Tous ont entre 50 et 80 ans aujourd'hui. Style très classique pour les uns, plus colorés pour les autres. Quatre d'entre eux vivent encore dans la maison à Aumagne. Eux mettent en avant un libertinage choisi. "On a assouvi nos fantasmes" répètent-ils à l'envi. Fantasmes filmés, qui incluent des rapports scatophiles, zoophiles ou encore des simulations de rapports incestueux. La chambre d'arrêt, saisie par la défense alors que les prévenus étaient en détention, a visionné les 800 heures de film et écarté les accusation de viols et agressions sexuelles du dossier, estimant qu'il n'y avait pas de contrainte, surprise ou violence. 

Sanctions ou décisions collectives ?

Des consignes de Christian dans les activités sexuelles ou la vie de la communauté ? Aucune, "seulement des conseils constructif" répètent plusieurs personnes. Tous reconnaissent verser des sommes d'argent tous les mois à Christian, l'équivalent des cours de yoga, qui n'ont pourtant plus lieu depuis des années. "C'était pour compenser, car il travaillait d'arrache pied à Lizant" expliquent les témoins. "Mais il faisait des travaux dans sa propre maison, donc il travaillait pour lui non ?" demande la présidente. "Il a fait sa chambre en dernier !" assure un témoin. 

Le groupe réfute aussi l'existence de sanctions, c'était des "décisions communes" rectifient-ils. Une femme reconnaît tout de même avoir brûlé son propre piano : "C'était ma décision, car j'avais eu un comportement pas correct envers Christian car je m'étais refusée à lui alors même que je suis libertine" explique cette quinquagénaire qui est en relation libre avec l'ancien prof de yoga. "C'est ma vie privée" répète-t-elle. Remarque réitérée par les autres témoins, partagés entre la volonté d'assumer leurs choix de vie et la gêne de voir leur sexualité déballée, parfois même à leurs parents ou enfants lors de l'enquête. Tous revendiquent leur liberté et rejettent les expertises psychologique qui ont conclu à une emprise sur la majorité d'entre eux. Ils dénoncent d'ailleurs la façon dont s'est déroulée l'enquête et comptent mener une action en justice à leurs tours.

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