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Dossier : Attentats de janvier 2015, le procès

Attentats de janvier 2015 : le mode d'emploi d'un procès hors-norme

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Par , France Bleu, France Bleu Champagne-Ardenne

En janvier 2015, les frères Kouachi et Amédy Coulibaly prenaient pour cibles le journal satirique Charlie Hebdo, trois policiers, un employé et des clients d'un magasin casher. Plus de cinq ans plus tard, ce mercredi 2 septembre, le procès hors-norme de ces attaques s'ouvre à Paris.

Le procès des attentats de janvier 2015 s'ouvre le 2 septembre 2020 à Paris.
Le procès des attentats de janvier 2015 s'ouvre le 2 septembre 2020 à Paris. © AFP - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Ils gravitaient dans la même sphère jihadiste et sont morts à quelques minutes d'intervalle : les frères Kouachi et Amédy Coulibaly ont semé la terreur pendant trois jours de janvier 2015, entre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Ils ont fait 17 morts, dont des piliers du journal satirique Charlie Hebdo, trois policiers, un employé et des clients d'un magasin casher.

Ce mercredi 2 septembre s'ouvre le procès de ces attentats : un procès hors-norme, sous très haute surveillance et filmé. Le tribunal de Paris doit juger jusqu'au 10 novembre quatorze accusés, soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux frères Saïd et Chérif Kouachi et à Amédy Coulibaly. 

Ce procès emblématique, le premier pour un attentat jihadiste commis en France depuis celui qui s'était tenu en 2017 pour les tueries perpétrées par Mohamed Merah, était initialement prévu avant l'été, mais il a été reporté en raison de la crise sanitaire.

Qui est jugé ? 

Ali Riza Polat : omniprésent à tous les stades de la préparation

Les accusations les plus lourdes pèsent sur Ali Riza Polat et Mohamed Belhoucine, tous deux poursuivis pour "complicité" de crimes terroristes et encourant la réclusion criminelle à perpétuité. Seul Ali Riza Polat, un Franco-Turc de 35 ans, prendra place dans le box, Mohamed Belhoucine faisant l'objet d'un mandat d'arrêt. 

En détention depuis mars 2015, Ali Riza Polat, qui avait rencontré Amédy Coulibaly dans une cité de Grigny (Essonne), apparaît "à tous les stades de la préparation" des attentats, selon les juges antiterroristes. Il est notamment soupçonné d'avoir aidé Coulibaly à se procurer l'arsenal utilisé dans les attaques de l'Hyper Cacher et de Montrouge, mais aussi celle de Charlie Hebdo, commise par les frères Kouachi. Juste après les sanglantes attaques, il avait tenté à plusieurs reprises de quitter la France, et notamment de se rendre en Syrie.

Mohamed Belhoucine : le mentor

Egalement accusé de "complicité", Mohamed Belhoucine, ancien étudiant de l'école des mines est considéré comme le mentor d'Amédy Coulibaly avec lequel il a séjourné en prison. Début janvier 2015, il a rejoint, avec son frère Mehdi Belhoucine et Hayat Boumedienne, la compagne de Coulibaly, la zone irako-syrienne. Son décès n'a pas été "officiellement démontré" selon les juges tout comme celui de son frère.

Mohamed Belhoucine est soupçonné d'être l'auteur du serment d'allégeance au groupe Etat islamique lu par Coulibaly dans une vidéo de revendication. Il lui aurait également ouvert le canal de communication avec un commanditaire. 

Mehdi Belhoucine et Hayat Boumedienne : les disparus

Son frère, Mehdi Belhoucine, également jugé par défaut, est lui accusé d'avoir "exfiltré" Hayat Boumedienne, la compagne de Coulibaly, juste avant les attentats, vers la Syrie où elle a intégré l'EI. Visés par des mandats d'arrêt, tous deux sont renvoyés pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et encourent vingt ans de réclusion.

Hayat Boumedienne est également poursuivie pour "financement du terrorisme", pour avoir participé à des escroqueries aux véhicules afin de financer les projets terroristes d'Amédy Coulibaly. Donnée il y a encore quelques mois pour morte, elle est visée par une nouvelle enquête antiterroriste depuis fin avril. En effet, une détenue du camp syrien d'Al-Hol a affirmé qu'elle était encore en vie en octobre 2019.

Nezar Pastor Alwatik, Amar Ramdani et Mohamed Fares : fournisseurs d'armes pour Coulibaly

Nezar Pastor Alwatik et Amar Ramdani, ont été incarcérés par le passé avec Coulibaly à Villepinte (Seine-Saint-Denis), et étaient affectés comme lui à la buanderie de la maison d'arrêt. Ils ne pouvaient ignorer les "convictions islamistes radicales" d'Amédy Coulibaly et son adhésion à l'idéologie de l'EI, selon les juges. Ils seront jugés pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Les investigations ont révélé de très nombreux contacts téléphoniques entre Coulibaly et ses ex-codétenus, ainsi que des rencontres physiques juste avant les attaques. En outre, l'ADN de Nezar Pastor Alwatik a été retrouvé sur deux armes découvertes dans un logement loué par Coulibaly et à l'intérieur d'un gant saisi à l'Hyper Cacher.

Amar Ramdani est, lui, soupçonné d'avoir fait l'intermédiaire entre Coulibaly et un certain Saïd Makhlouf, dont l'ADN a été mis en évidence sur la lanière d'un taser en possession du jihadiste dans l'épicerie casher. Ramdani et Makhlouf s'étaient rendus plusieurs fois fin 2014 en région lilloise, d'où proviennent les armes de Coulibaly. Là-bas, ils avaient rencontré Mohamed Fares, interpellé dans ce volet armes après avoir été désigné fin 2017 dans un courrier anonyme. Selon les investigations, Fares est en lien avec deux des armes qui étaient en possession de Coulibaly, dont un fusil d'assaut.

Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez : fournisseurs d'armes pour les frères Kouachi

Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez, qui vivaient et travaillaient à Charleville-Mézières (Ardennes), d'où sont originaires les femmes des frères Kouachi. Ils sont accusés d'avoir recherché des armes pour Saïd Kouachi. En lien avec Ali Riza Polat, ils s'étaient adressés à un garagiste de Charleroi, en Belgique, Metin Karasular. Une liste recensant les prix de munitions et de détonateurs a été retrouvée dans ce garage. 

Plusieurs déplacements entre la France et la Belgique fin 2014 et début 2015, relatifs selon les enquêteurs au transport d'armes et auxquels aurait également participé Michel Catino, un ami de longue date de Metin Karasular, ont été mis au jour par la téléphonie. 

Willy Prevost et Christophe Raumel : les petites mains

Un autre accusé, Willy Prevost, a fait état d'un transport d'armes plus ancien entre Charleroi et Grigny (Essonne), dès août 2014. Il a grandi au côté de Coulibaly à Grigny, a été l'un des premiers suspects interpellés dans ce dossier, après la découverte de son ADN dans la Renault utilisée par Coulibaly pour se rendre à l'Hyper Cacher. Il a aussi reconnu avoir enlevé le traqueur GPS de la moto de l'attaque de Montrouge. Il a également acheté pour Coulibaly trois gilets tactiques, deux couteaux et un taser, accompagné d'un ami, Christophe Raumel. La qualification terroriste a été abandonnée à l'encontre de Christophe Raumel, qui comparaîtra libre pour "association de malfaiteurs" simple. Il encourt dix ans de prison pour ce délit.

Procès sous haute surveillance et filmé

En raison de la persistance de l'épidémie de Covid-19, les capacités des salles d'audience et de retransmission du tribunal judiciaire, dans le nord-ouest de Paris, sont réduites de moitié. Des mesures exceptionnelles de sûreté sont mises en place, notamment des contrôles par détecteur de métaux. C'est également le premier procès pour terrorisme à être filmé, en vertu de son "intérêt pour la constitution d'archives historiques de la justice".

Sur sollicitation du parquet national antiterroriste (Pnat), le premier président de la cour d'appel de Paris a autorisé l'enregistrement de ce procès "historique". Dans son ordonnance du 30 juin, il souligne que les attaques ayant visé la rédaction de Charlie Hebdo, des policiers et le magasin Hyper Cacher "ont été les premières d'une série d'actions à caractère terroriste dans les mois qui ont suivi et qui ont endeuillé la France". Par "le retentissement et l'émotion qu'ils ont engendrés", les attentats de janvier 2015 ont "largement dépassé les frontières" et "profondément marqué l'histoire du terrorisme national et international", selon l'ordonnance.

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