Faits divers – Justice

Attentats du 13 novembre 2015 : 1.000 personnes suivies pendant douze ans pour évaluer l'impact du traumatisme

Par Bénédicte Courret, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu lundi 13 novembre 2017 à 17:55

Francis Eustache, neuropsychologue du laboratoire de l'Inserm de Caen co-dirige cette étude sur la mémoire des attentats.
Francis Eustache, neuropsychologue du laboratoire de l'Inserm de Caen co-dirige cette étude sur la mémoire des attentats. - Inserm / François Guénet

Quel souvenir gardez-vous des attentats du 13 novembre 2015 ? Témoins directs des événements ou non, 1.000 personnes ont accepté d'être suivies pendant douze ans par une équipe de chercheurs basée à Caen (Calvados). Il s'agit d'étudier l'impact d'un tel traumatisme.

Le Bataclan, les terrasses de l'est parisien, le stade de France : deux ans après les attentats du 13 novembre 2015, quel souvenir garde-t-on de ces événements terribles ? Depuis Caen (Calvados), une étude sur la mémoire des attentats du 13 novembre est menée avec un millier de volontaires. Des victimes directes des attentats et d'autres sont interrogées et filmées à plusieurs reprises pendant douze ans.

Blessés psychiques"

Francis Eustache, neuropsychologue caennais de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et directeur de l'Ecole pratique des hautes études (EPHE), se penche plus particulièrement sur le syndrome de stress post-traumatique. Tout au long de l'étude, il fait venir à Caen 120 témoins des attentats (victimes et personnels de secours appelés sur place). Dans le laboratoire caennais, ils passent des examens psycho-pathologiques et des IRM et on observe comment ils réagissent à telle ou telle stimulation.

Deux ans après les événements, pour ces "blessés psychiques", le fait de participer à ce programme reste un effort énorme mais le professeur Eustache raconte : "Ils nous disent combien c'est dur de passer tous ces examens mais ils disent aussi qu'ils ont l'impression de devenir acteurs de quelque chose."

Ne pas chercher à oublier "

Outre les 120 victimes des attentats suivies plus particulièrement à Caen, parmi les 1.000 volontaires engagés dans ce programme, on retrouve des habitants des quartiers touchés le 13 novembre 2015 mais aussi des personnalités publiques, François Hollande par exemple, ou des habitants de trois villes hors Île-de-France (Caen, Metz et Montpellier). L'un des enseignements des recherches menées ces derniers mois est qu'il ne faut pas chercher à oublier.

L'historien Denis Peschanski du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) co-dirige l'étude. "C'est une question-clé pour les individus et pour une société" explique-t-il. "Quand on a des phénomènes de ce type-là, il ne faut surtout pas les oublier - on pense à ce qu'il s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale et la collaboration - car ça vous saute au visage. C'est l'objet des thérapies menées pour les personnes qui souffrent de stress post-traumatique. Ça demande un travail souvent très long et c'est aussi la responsabilité de l'Etat et des médias d'accompagner ces personnes."

Conserver et transmettre la mémoire

Le programme 13 novembre se donne aussi pour mission de conserver et de transmettre la mémoire des attentats. Ainsi tous les entretiens menés avec les volontaires sont filmés et utilisés par les chercheurs. Dans l'idéal, l'objectif est que les mêmes personnes témoignent quatre fois, pour étudier au mieux l'évolution des mémoires individuelles et collectives. Les prochains entretiens avec les volontaires de l'étude seront menés en 2018 puis en 2021 et 2026.

Denis Peschanski et Francis Eustache seront à Caen ce mardi soir au Brouillon de culture, 29 rue Saint-Sauveur. Leur livre Ma mémoire et les autres est paru en septembre aux éditions du Pommier. L'enquête "13 novembre" est soutenue par 35 partenaires dont la région Normandie et le programme Investissements d'avenir.