Faits divers – Justice

Attentats du 13 novembre : "accepter le fait accompli", témoignage d’un Toulousain qui a perdu sa fille

Par Stéphanie Mora, France Bleu Toulouse et France Bleu vendredi 11 novembre 2016 à 7:20

Anne-Laure Arruebo, tuée lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris.
Anne-Laure Arruebo, tuée lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. © Radio France - Stéphanie Mora

Anne-Laure Arruebo avait 36 ans. Originaire de Quint-Fonsegrives, cette employée des Douanes a été tuée sur la terrasse du bistrot la Belle équipe dans le 11e arrondissement de Paris. Jean-Bernard Arruebo, son père, a accepté de nous parler de cette épreuve, un an après.

Dimanche, les parents et les deux soeurs d’Anne-Laure Arruebo seront à Paris pour les commémorations des attentats du 13 novembre. Ils seront présents devant le café La Belle équipe pour le dévoilement d’une plaque avec tous les noms des victimes. Cette semaine, ils nous ont reçu chez eux à Quint, où ils gardent Brennus, le chat d'Anne-Laure qui aimait le rugby.

Comment traverser cette date anniversaire ?

Jean-Bernard Arruebo : "On subit, le temps passe vite ça fait déjà un an. On est invité à des cérémonies on accepte d’y participer parce que nous avons deux filles qui vivent toujours à Paris. Alors on se méfie des mots mais c’est aussi une reconnaissance pour notre fille. Une façon de maîtriser de faire face et d’essayer d’accepter le fait accompli". Jean-Bernard Arruebo parle de sa fille, du souvenir qu’il veut partager : "La douane était sa deuxième famille. C’était une jeune femme compétente qui avait une vie intellectuelle et artistique qu’on a parfois découvert. Elle aimait le dessin, fabriquait des bijoux, elle sortait d’un cour de couture quand elle a été assassinée. Ces amis sont venus à Toulouse pour connaître les lieux de vies d’Anne-Laure, nous avons des contacts plus affirmés".

"Garder un certain calme dans nos vies"

Les parents d’Anne-Laure s'appuient beaucoup sur "13 novembre : fraternité et vérité", une des associations de victimes dont ils sont adhérents. Grâce à cette association "nous ne nous sommes pas sentis tout seuls face à l’évènement. Nous sommes très reconnaissants". L’association est là pour la mémoire mais aussi pour les démarches administratives et juridiques : "Nous rencontrons beaucoup de difficultés (…) Il y a un manque de clarté particulièrement flagrant [dans les procédures]. Je vous donnerai un simple exemple : les frais de déménagement de l’appartement de notre fille ne nous sont toujours pas remboursés (…) donc il est important pour nous d’avoir un référent qui nous permette d’évoquer nos difficultés".

Jeudi, le service des douanes à Toulouse a rendu hommage à Anne-Laure Arruébo en baptisant une salle de conférence du siège régional de son nom. En avril dernier déjà, la ville de Quint-Fonsegrives dont la jeune femme était originaire avait renommé sa médiathèque "Anne-Laure Arruébo". L'université UT1 Capitole a aussi fait un don de livres à la médiathèque de Quint.

Les commémorations sont nécessaires mais il faut aussi des actes.

— le père d'Anne-Laure Arruebo

Depuis le 13 novembre, il y a eu Nice, St Etienne du Rouvray. Jean-Bernard Arruebo se désole : "c’est sûr que tous ces évènements nous font mal parce qu’on pense aux victimes et aux familles, elles vivent la même chose. Les commémorations sont nécessaires, les paroles sont nécessaires mais il faut aussi des actes. Nous attendons de nos politiques qu’ils comprennent ce que nous vivons. Et qu’ils prennent les décisions adéquates je ne viserai ni la gauche ni la droite". Il n’en dira pas plus.

De même, il refuse de s’étendre sur le cas de Salah Abdeslam, seul suspect en vie dans l’enquête sur le 13 novembre. Le retrait de ses avocats le mois dernier et leurs déclarations sur ces conditions de détention ont été un nouveau moment pénible pour Jean-Bernard Arruebo : "Avec ma femme nous avons une certaine indifférence vis-à-vis de cet individu. Dans ma bibliothèque il y a le livre d’Antoine Leiris qui a dit : "vous n’aurez pas ma haine". Je crois que pour nous c’est un aspect important. (…) On est tous attaché à une certaine sobriété et à conserver un certain calme dans nos vies".

Attentats du 13 novembre, vos é[mot]ions

Le 13 novembre 2015, 130 personnes étaient tuées dans les attentats qui ont frappé Paris. Ce soir-là et les jours suivants, vous avez été très nombreux à appeler France Bleu pour vous exprimer. France Bleu met en lumière ces paroles d'auditeurs dans une série de vidéos intitulées "Attentats du 13 novembre, vos é[mot]ions".