Faits divers – Justice

Attentats du 13 novembre : ce qui a changé dans le domaine de la sécurité

Par Didier Charpin, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) lundi 13 novembre 2017 à 6:03

Sécurité accrue depuis le 13 novembre 2015 dans les lieux de festivités
Sécurité accrue depuis le 13 novembre 2015 dans les lieux de festivités

Directeur de Musées, salles de spectacle ou lieux touristiques : tous reconnaissent que les mesures de sécurité ont été changées depuis les attentats du 13 novembre 2015. Entre contrôles physiques et observation des comportements, il s'agit de détecter d'éventuels suspects. Illustration à Caen.

13 novembre 2015. Il y a deux ans la France subissait une vague d'attentats sans précédent. Les attaques quasiment simultanées devant le Stade de France, sur des terrasses de bars et restaurants et surtout au Bataclan. Pour un très lourd bilan de 130 morts en quelques heures. Très rapidement cette vague d'attentats a entraîné un renforcement des mesures de sécurité devant des lieux publics.

Zénith de Caen

Les dirigeants du Zénith de Caen ont dû réagir très vite après l’attaque du Bataclan. « Le lendemain nous avions une comédie musicale pendant tout un week-end avec 10 000 spectateurs attendus » se souvient Sylvie Duchesne, la directrice de la plus grande salle de spectacle à Caen. « Le matin du 14 novembre nous étions tous sur les dents dans mon bureau à se demander si le spectacle pourrait avoir lieu ». Finalement il s’est tenu mais avec des contrôles renforcés, autour et à l’entrée du Zénith. La police était là et les palpations obligatoires ont été mises en place avant l’accès à la salle. « On a repensé notre façon de travailler. Il y a deux ans nos agents étaient déjà présents mais moins insistants. Quand de temps en temps ils étaient curieux le public l’acceptait mal. On entendait ’pourquoi vous vous voulez savoir ce qu’il y a dans mon sac ?’. Aujourd’hui ces contrôles sont bien acceptés et les gens qui avaient des craintes au lendemain de l’attentat peuvent voir qu’on fait ce qu’il faut pour les rassurer ».

Le Zénith de Caen n’a pas subi une perte de public depuis le 13 novembre (date à laquelle il faut rajouter l’attentat de Manchester le 22 mai dernier). La direction annonce 234 000 visiteurs annuels. Le (sur)coût de la sécurité est à la charge des producteurs de spectacles. En cas de grosses difficultés ils peuvent solliciter un fond d’urgence mis en place par l’Etat après la tragédie du Bataclan.

File d'attente devant le Mémorial de Caen, le temps de contrôler chaque visiteur - Radio France
File d'attente devant le Mémorial de Caen, le temps de contrôler chaque visiteur © Radio France - Marcellin ROBINE

Mémorial de Caen

Le Mémorial de Caen est forcément un site jugé sensible. Ne serait-ce que par son affluence annuelle : près de 400 000 visiteurs dont 100 000 scolaires. «Beaucoup de choses ont changé » reconnait Stéphane Grimaldi, le directeur. « Déjà des mesures opérationnelles prises immédiatement : fouilles de sacs, plots en béton devant l’entrée et des consignes données aux personnels ». Le site compte une centaine de salariés et plusieurs réunions ont été organisées pour bien définir le mode de réaction en cas d’attaque. « L’idée est de déclencher l’alarme au plus vite et de protéger les visiteurs. Soit les cacher dans des espaces de confinements prévus à cet effet, soit les évacuer mais en respectant des consignes précises » détaille Stéphane Grimaldi. Ces gestes n’ont pas été décidés par le seul directeur « un diagnostic sécurité a été confié à des professionnels. Ils nous ont remis un rapport sur la conduite à tenir » précise le directeur du Mémorial de Caen.

Le rôle des agents de sécurité

Le 13 novembre 2015 a été un électrochoc pour les organisateurs de concerts ou de compétitions sportives. Jamais une salle de spectacle (le Bataclan) ou une enceinte sportive (Stade de France) n’avaient été visées par des terroristes. Si les barrages se sont avérés efficaces à Saint-Denis, le carnage n'a pu être évité au Bataclan. Depuis, le recours à des sociétés privées s’est généralisé pour assurer le filtrage des spectateurs. Dans l’agglomération caennaise, l’entreprise Mag Sécurité intervient dans les lieux les plus fréquentés, en particulier le Stade Michel d’Ornano, d’une capacité de 21 000 places. « J’ai entre 100 et 120 agents les soirs de matchs, en fonction de l’affluence » énumère Gaël Brouard, le gérant de cette société installée à Cormelles-le-Royal. « Les contrôles se font en deux temps pour notre part. Tout d’abord l’accès à l’Esplanade où nous vérifions la détention d’un billet pour le match et nous demandons aux spectateurs d’ouvrir leur manteau et leur sac. Le second contrôle se fait au moment d’accéder aux tribunes et là il s’agit de palpations ». Si un spectateur refuse de s'y soumettre, l’agent ne peut pas les imposer. Mais le récalcitrant ne pourra pas franchir le point de contrôle et les agents (qui n'ont pas le pouvoir d'interpeller) vont contacter la police. Selon Gaël Brouard le public accepte volontiers ces contraintes « avant on tombait sur des personnes qui nous disait ‘Non vous ne me touchez pas’. Maintenant c’est l’inverse, les gens nous font des reproches s’il n’y a pas de contrôles ».

Le Stade d'Ornano, la plus grosse concentration de spectateurs dans la ville de Caen. - Aucun(e)
Le Stade d'Ornano, la plus grosse concentration de spectateurs dans la ville de Caen.

Derrière ces missions très visibles, des agents se glissent aussi dans la foule pour détecter des comportements suspects. Une participation plus discrète mais fondamentale dans la lutte contre le terrorisme. « Si quelqu’un a un gros manteau par rapport aux températures, il peut cacher une ceinture d’explosif ou un fusils et ça doit nous alerter ! Nous devons aussi être attentifs aux personnes qui observent trop le dispositif de sécurité. Ou à celles qui ont des sueurs ou le regard fuyant, parce qu’il y a forcément une certaine fébrilité chez quelqu’un qui s’apprête à passer à l’acte » énumère Gaël Brouard. La détection de ces attitudes suspectes fait partie de la formation renforcée imposée dans cette profession après les attentats du 13 novembre 2015. Un cursus étendue à 150 heures contre 80 avant l’attaque du Bataclan.