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Attentats : première condamnation dans la Drôme après une perquisition administrative

Par Emmanuel Champale, France Bleu Drôme-Ardèche vendredi 15 janvier 2016 à 19:09

Tribunal de Valence, image d'illustration.
Tribunal de Valence, image d'illustration. © Radio France - Charlotte Coutard

Un homme de 41 ans, habitant Portes-lès-Valence, a été condamné vendredi après-midi à quatre ans de prison dont un avec sursis. Lors de son interpellation en Décembre, les policiers avaient découvert chez lui plusieurs armes et des centaines de munitions

C'est la première fois dans la Drôme que la justice condamne un citoyen après les perquisitions administratives post-attentats. Un homme de 41 ans, marié et père de quatre enfants, avait été interpellé le 10 décembre dernier sur ordre du préfet. Aperçu en train de prier sur un stade de Bourg-lès-Valence et contrôlé peu après avec dans sa voiture un portrait de Salah Abdeslam, un des auteurs présumés des attentats de Paris, les enquêteurs avaient perquisitionné chez lui. A son domicile, les policiers avaient découvert dans un coffre-fort, un pistolet-mitrailleur, une carabine, un pistolet et 503 cartouches, dont certaines dans des chargeurs. Dans une autre pièce, il y avait aussi une machette et un sabre portant un drapeau de l'Arabie Saoudite avec cette attestation de foi : " il n'y a Dieu que Dieu et Mohamed son prophète".

Un homme trés méfiant avec des tendances paranoïaques

L'homme, musulman pratiquant, s'est justifié à l'audience concernant la présence de ses armes achetées sur internet, la plupart bien avant les attentats : "je suis collectionneur, j'aime les armes mais je ne m'en serais jamais servi". Pour la photo de Salah Abdeslam retrouvé dans son véhicule, le père de famille a expliqué qu'il avait tiré sa photo sur une imprimante parce qu'il "voulait pouvoir le reconnaître", et que s'il l'avait croisé , il lui "_aurait dit que ce qu'il avait fait était mal". _A l'audience, le prévenu a pleuré à l'évocation des brimades subies lorsqu'il était enfant dans des familles d'accueil, et l'expertise psychiatrique a dépeint un homme très méfiant, avec des tendances paranoïaques, solitaire et animé par des "pensées magiques". 

Un acte "gravissime" évité dans la Drôme ? 

Le procureur de la République a reconnu que cet homme souffre de blessures personnelles mais il a surtout mis en garde contre un individu qui pourrait devenir " un loup, solitaire, un individu incontrôlable,  pas répertorié comme dangereux, exactement le profil que recherche Daech. Vous ne m'empêcherez pas de penser qu'on a échappé à quelque chose de gravissime dans la Drôme". Par ailleurs , le procureur a insisté sur le sabre retrouvé chez le prévenu avec un drapeau de l'Arabie Saoudite : " moi , ça m'a fait immédiatement penser aux décapitations perpétrées par les islamistes"

Cette dernière phrase a fait réagir vivement une personne qui assistait au procès et qui a dénoncé , en criant, un argument "hors sujet et  un amalgame scandaleux". L'homme a été évacué de la salle d'audience par 6 policiers lourdement armés qui sont restés sur place et qui ont surveillé la fin du procès. L'avocate du prévenu , elle aussi, a plaidé pour le refus des amalgames, a expliqué que les armes se trouvaient très facilement sur des sites internet de collectionneur et que l'on ne pouvait pas condamner cet homme "timide" pour des actes hypothétiques. Le tribunal a finalement condamné le père de famille à quatre ans de prison, dont un an avec sursis , maintien en détention, confiscation des armes et obligation de soins.

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