Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Dossier : Nordahl Lelandais

Au cinquième jour du procès, Nordahl Lelandais : "Je dis ce qui s'est passé"

Aux Assises de la Savoie, quatre heures de questions pour un accusé figé dans sa version. Nordahl Lelandais a deux prisons : Saint-Quentin-Fallavier et sa tête. C'est son avocat qui le dit.

L'interrogatoire de Nordahl Lelandais
L'interrogatoire de Nordahl Lelandais - Valentin Pasquier

À quoi ressemble un interrogatoire de Nordahl Lelandais ? À une joute perdue d'avance. Debout dans le box, chemise blanche et barbe plus fournie au fil du procès, il est prêt pour le récital. Même si les traits semblent creusés par les nuits agitées et les témoignages déchirants entendus dans cette enceinte qui lui est dédiée, il est d'attaque pour répondre à toutes les questions sur cette nuit du 11 au 12 avril 2017 où il a tué Arthur Noyer. Répondre à tout à condition de se renier en rien. Embarqué sur la galaxie de ses mensonges, il reste à l'arrêt, stradivarius de l'excuse, orfèvre en explications qui ne le feront pas avancer d'un orteil vers une autre destination que SA vérité. 

"Tout était étalé dans les médias. Mon visage non flouté, mon adresse... Ça m'a bloqué. Ils ont tout donné." - Nordahl Lelandais, accusé

Méthodiquement, pourtant, François-Xavier Manteaux, le président de la cour d'assises de la Savoie, lit toutes ses versions livrées au fil d'une kyrielle de convocations chez les gendarmes et les juges. Résumé : Noyer, connaît pas - Noyer, je l'ai laissé à Saint Baldoph - Noyer, je l'ai tué sans vouloir le faire - Noyer, c'est lui qui m'agressé. Traduction par Nordahl Lelandais : "Je suis allé à la vérité par étape. Tout était étalé dans les médias. Mon visage non flouté, mon adresse... Ça m'a bloqué. Ils ont tout donné." 

Et lui n'a rien donné. Aucune explication entre avril 2017 - mort du caporal - et août 2017 - arrestation dans l'affaire Maëlys. Or aucun média persécuteur n'avait à l'époque la moindre idée de son existence. Lelandais non seulement s'est caché mais a festoyé. Le lendemain de son crime, un ciné avec un pote pour vivre les sensations basiques de "Fast and Furious" - "C'est lui qui voulait y aller". Et le jour d'après soirée discothèque avec la bande de Chambé où Nono le rigolo avait mis l'ambiance - "J'étais mal au fond de moi". On est quand même très loin d'un bonhomme qui assumerait ses actes et se rendrait à la gendarmerie la plus proche. Pourquoi ? "Par lâcheté." 

"Paniqué ? Et trois minutes après vous éteignez votre portable ?" - François-Xavier Manteaux, le président de la cour d'assises de la Savoie

Face au corps d'Arthur Noyer, sur le parking de Saint Baldoph, il s'essaie à l'emphase : "J'aurais voulu avoir un manuel d'émotions. J'ai paniqué". Le président n'a pas la même définition de l'affolement : "Paniqué ? Et trois minutes après vous éteignez votre portable ?" Risposte éclair : "Oui, il faut faire quoi quand on panique ?" Échantillon de l'arrogance contenue depuis lundi derrière les paravents de "Monsieur le juge", "Maître" ou encore "Madame la procureure générale". Lelandais se braque, et jamais ne craque. On imagine les migraines des enquêteurs après avoir passé des heures à essayer de coincer le Savoyard à la table des interrogatoires. Autant attraper une anguille avec des moufles. 

La salle d'audience de la cour d'assisses de la Savoie à Chambéry
La salle d'audience de la cour d'assisses de la Savoie à Chambéry © Radio France

Maëlys

Face à tant d'assurance, le président sort son atout maître : Maëlys. Car en enlevant la vie de la fillette, il prétend avoir revu la scène du caporal. C'est lui qui fait le lien dans ses dépositions, amène finement celui qui le passe à la question. Long silence. Il tangue légèrement d'avant en arrière. Lelandais n'est pas venu pour parler du crime d'enfant. "Je ne souhaite pas en parler." Le président le pousse. 

"Comme pour Arthur Noyer, vous aviez dit aussi que vous ne souhaitiez pas donner la mort de Maëlys." Cela appelle a minima une réponse : "Bien sûr, je ne voulais pas" . Comme pour Arthur Noyer, il a éteint son portable. Et il ne s'est "pas débarrassé du corps dans le centre-ville du Pont-de-Beauvoisin". Dissimulée dans le massif de la Chartreuse. Pour Arthur aussi, le chemin dans le coffre a été long cette nuit d'avril 2017. 30 kilomètres. Une route de montagne. Le convoyeur maintient qu'il était en panique, qu'il manquait de lucidité. Ce n'est pas le cas dans cette salle d'Assises.  

"Vous ne pouvez pas regarder la Lune, mais vous pouvez encore taper sur un être humain assez fort pour lui donner la mort ?" - François-Xavier Manteaux, le président de la cour d'assises de la Savoie

Le président Manteaux le ramène à la soi-disant vision du caporal, "hallucination", lorsqu'il a tué Maëlys. Et Lelandais a soudain l'âme des grands mélancoliques : "Après le décès d'Arthur Noyer, tout a été compliqué, tout a été différent et il y a des choses que j'arrivais plus à faire. Regarder la nuit par la fenêtre, la Lune... Alors ce soir-là j'ai eu une hallucination." Le président tacle sévère : "Vous ne pouvez pas regarder la Lune, mais vous pouvez encore taper sur un être humain assez fort pour lui donner la mort ?" Le boxeur dans les cordes n'apprécie pas du tout : "Je vois pas le rapport." Confronté à l'ombre de Maëlys, il finit par lâcher, très agacé : "On est dans quel procès ?" Une chose est sûre, Maëlys lui fait perdre son aplomb.

Alain Jakubowicz, avocat de Nordahl Lelandais
Alain Jakubowicz, avocat de Nordahl Lelandais - Valentin Pasquier

Son avocat lui propose de donner une autre version

Un rien théâtral, Maître Jakubowicz prend possession du centre de la scène, on ne peut pas dire que cela lui déplaise. La barre des témoins. Une manière de prendre à témoin les jurés. Il s'installe ici afin de converser les yeux dans les yeux avec son client. Sur le ton d'un père qui demande des comptes à son garnement qui vient de faire une grosse bêtise. Tutoiement de rigueur. Nordahl avait tout. "Une famille aimante, des amis que beaucoup aimerait avoir, certes un grand poil dans la main, mais rien qui ne prédestine au cataclysme". Que s'est-il passé en cette année 2017, cette "descente aux enfers qui a fait de lui l'ennemi public numéro un, le monstre Lelandais ?" 

Il lui propose "de sortir de ses deux prisons : le centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier et sa tête". A quel moment a-t-il basculé ? "Je n'avançais pas dans ma vie". Papa Jaku administre une calotte : "Tu crois que la famille d'Arthur Noyer peut entendre que tu as tué leur fils parce que tu n'avançais pas dans ta vie ?" La tape sur les doigts ne suscite pas une réaction phénoménale : "Compliqué... Un enchaînement... Je sais pas... À ce moment, je me perds tout seul..." "Bien", conclut son défenseur, "on s'en contentera". L'avocat qui gronde son client en audience est un grand classique. Il donne l'impression de chercher lui aussi la vérité, alors qu'il est bien là pour servir les intérêts de celui qu'il défend, c'est son métier et son honneur. 

L'avocat produit ensuite le déroulé minuté de la version de Nordahl Lelandais, séquencé par les caméras de vidéo-surveillance, les bornages téléphoniques et les pas de son Appli Santé. Après 3h31, 81 pas puis 11 pas. Ces pas sur l'application santé de son iPhone correspondent à la mise à mort d'Arthur (81 pas) et la mise dans le coffre (11 pas). Sinistres équivalences. Alain Jakubowicz comble les lacunes des repères technologiques avec le concours de son client qui trouve du remblai pour chaque vide : là je suis dans ma voiture parce que je suis paniqué, là je cherche un endroit mais il est trop visible, etc. 

La thèse de la bagarre qui tourne mal est gravée dans le marbre. Maître Jakubowicz éclaire la cohérence de la thèse de l'accusé. Jusqu'au moment de vérité où tout peut basculer. Le twist final comme on dit en fiction. Le retournement. " La vérité, Nordahl, c'est ton problème. Est-ce que ça s'est passé pour les raisons qu'on vient d'indiquer ? Le mobile sexuel ne changera rien à la peine. C'est sans conséquences".  Un frisson dans la salle. Et si... Et non. Nordahl Lelandais n'attend pas pour faire retomber le suspens "Y a rien de sexuel. Je dis ce qui s'est passé". Il n'est pas interdit de penser que ce moment de vérité a été bien préparé. Effet sans effets. 

Le jour où l'on découvrira un nouveau métal intordable, il sera opportun de le baptiser le "Nordahl". Quatre heures d'interrogatoire. Sans une égratignure. Sans une fausse route. L'expérience, sans doute. 

La salle d'audience de la cour d'assises de la Savoie
La salle d'audience de la cour d'assises de la Savoie © Radio France - Véronique Pueyo
Choix de la station

À venir dansDanssecondess