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Dossier : Nordahl Lelandais

Au sixième jour du procès, défense d'entrer dans la tête de Lelandais

Lundi, devant la Cour d’assises de la Savoie Nordahl Lelandais a été décrit par des experts comme un homme intolérant à la frustration, un manipulateur, dangereux et narcissique. Le verdict est attendu mardi soir.

Nordahl Lelandais a passé sa journée à écouter les psy
Nordahl Lelandais a passé sa journée à écouter les psy © Radio France - Valentien Pasquier

Lundi, c'est psy ! Défilé de psychologues et de psychiatres à la barre des Assises de Savoie. On n'a pas progressé d'un centimètre sur les origines de la violence. Les mobiles des passages à l'acte ? Ce qu'il ressent quand il donne la mort  ? Ce qui l'a précipité dans une année 2017 jonchée de morts et d'agressions sexuelles d'enfants ? Néant. Les experts ne sont même pas d'accord entre eux sur sa dangerosité. Festival des échelles de quantification du risque de récidive, tests de Rorschach, et autres grilles d'évaluation. Nordahl Lelandais est incarcéré, mais insaisissable

"Énigmatique" , "il dit rien de rien", "lisse". Sans prise. Percer le mystère Lelandais est une entreprise aussi hasardeuse qu’essayer de creuser le tunnel du Mont-Blanc à la perceuse électrique. Aussi kamikaze que vouloir le faire avouer un crime sans preuve matérielle. "Il distribue des pièces du puzzle, mais pas toutes les pièces". 

On a connu aux Assises des parcours de vie bien plus accidentogènes

Aucun élément clinique, pas de pathologie psychiatrique : "Normal" Lelandais. Les prétendues hallucinations au moment des crimes - "j'ai vu la tête d'Arthur sur Maëlys", "je me suis vu depuis un drone", "comme un zombie" - ne sont pas crédibles. Il n'y a pas de psychose, pas de schizophrénie. Pas d'abolition du discernement. 

"Instable", "borderline", "impulsif", "dépourvu d'empathie sauf pour sa mère et sa sœur", "vulnérabilité",  "lutte intérieure permanente", "un monsieur assez abandonné". Certes, le père, miné par une fibromyalgie, est mutique, scotché devant sa télé ou son ordinateur, "absent dans sa présence" comme dit Christiane Lelandais, sa mère. Carence affective ? Maman l'idolâtre et sa sœur est sa plus fidèle alliée. Des amis qui l'adoraient, Nono le rigolo.

Rajoutez au portrait psy des failles narcissiques et au final, vous en ressortez avec du très classique, et vous m’accorderez que Nordahl Lelandais ne l’est pas, classique. Sauf à imaginer que le clan Lelandais cache un lourd secret, rien dans le roman familial "ne prédestine au cataclysme" pour reprendre l'expression de son avocat. On a connu aux Assises des parcours de vie bien plus accidentogènes. D'où vient la bascule ? Le déclencheur ?  "Je n'avançais pas dans la vie". Cela est bien vague.  

Même quand il s'effondre réellement en larmes, pendant trois quarts d'heure, le lendemain où il a désigné l'emplacement du corps de Maëlys, il finira par se reprendre, "remonter la falaise". Confronté au chaos, que ce soit dans les émotions ou dans les scènes de crimes, l'ancien militaire a appris à se réorganiser, comme à l'armée. 

Deux psychologues ont vu à neuf reprises Lelandais en prison
Deux psychologues ont vu à neuf reprises Lelandais en prison © Radio France - Valentien Pasquier

C'est toujours Lelandais qui maîtrise les débats

"Maîtrise", "contrôle", "absence d'expression spontanée". Rien de surprenant. Un des explorateurs de la tête de Nordahl Lelandais nous avait confié avant le procès : "C’est toujours lui qui maîtrise les débats, il ne donne que ce qu’il veut donner". Tous ses collègues disent la même chose. On peut toujours interpréter l’impact de son redoublement en quatrième ou de son amour immodéré des chiens, franchement, ça n’avance pas à grand chose. Même son addiction à la coke et à l'alcool est sujette à caution. On se base sur ce qu'il veut bien indiquer et comme le mensonge ne l'effraie guère. La grande œuvre de Lelandais : tenir à distance ceux qui voudraient entrer dans sa tête. Il la contemple, son œuvre, attentif, il tend l’oreille, captivé par le récit de tous ces psy désorientés qui défilent, alors que l'assistance dans la salle décroche au niveau de l'attention.

"Madame, vous n'aimez pas Nordahl Lelandais" - Maître Jakubowicz à une psychologue 

Cette matière le passionne, surtout quand il en est le sujet, au centre de toutes les attentions. Il en jouit manifestement. "Attrape-moi si tu peux !" On pense au film de Spielberg. Lui en cite un autre à l'une de ces confesseurs mandatés par la juge d'instruction : "The Truman Show" . "Il se sent filmé dans sa vie plus qu'il ne l'a vit vraiment depuis qu'il est devenu le sujet numéro 1 des médias, le monstre Lelandais". Là aussi, on peut imaginer qu'il a trouvé la référence assez jolie pour la servir et nourrir l'analyse du pimpin qui lui rend visite.  

Venu à Chambéry pour dire au monde entier qu'il progresse dans le Dharma, que le bouddhisme lui "apprend l'empathie" (sic) Nordahl Lelandais fait de temps à autre un mini bras d'honneur à Buddha quand, par exemple, l’une des "inquisitrices" ose dire que l’accusé avait une attitude de consommation sans affect : _"l’alcool , les drogues , les enfants..."  Ça, les enfants, non, ça ne passe pas, Lelandais agite sa tête dans tous les sens.  Il ne possède plus son malinois Tyron pour le lâcher sur l’agresseur, mais il a son avocat qui vient quasiment se coller contre la psychologue et lui assène : "Madame, vous n’aimez pas Nordahl Lelandais" . On serait tenter de lui répondre : "Ce n’est pas un crime"._

Mentir pour ne pas s'effondrer  

Si les murs de la forteresse sont si hauts, ce serait pour se protéger de l’anéantissement. À chaque descente aux enfers, il monte le mur. Risque suicidaire, estiment certains psychiatres. "S’il s’ouvre, il s’effondre". Comme lorsqu'il a été hospitalisé cinq mois à l'unité spécialisée psychiatrique du Vinatier. Ne pas perdre la face, expression à prendre au pied de la lettre. "Il se met à l'abri de toute culpabilisation et de la honte, il n'est pas accessible au remord". Là, Nordahl Lelandais rectifie : "Je n'aurais jamais assez de remords pour ce que j'ai fait à monsieur Noyer. Et je renouvelle mes excuses à la famille de monsieur Arthur Noyer". Le retour de volée est signé Maître Bernard Boulloud avocat des parties civiles : "Je vous redis que vos excuses, c'est une grosse gifle pour la famille". Parfois dans le mur, une microfissure. Il prétend avoir été agressé par Arthur Noyer mais il confesse à une de ses visiteuses : "Noyer, il s’est bien défendu." 

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