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Au procès de la violente agression par des extrémistes de droite, leurs avocats demandent des peines "justes"

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A Nantes, le verdict est attendu en fin de journée dans le procès de quatre hommes pour des violences sur deux jeunes garçons commises en mai 2017, à Nantes. C'était lors de la soirée qui a suivi l'élection d'Emmanuel Macron comme président. Les accusés sont des sympathisants d'extrême-droite.

La salle des pas perdus du tribunal de Nantes. La salle des pas perdus du tribunal de Nantes.
La salle des pas perdus du tribunal de Nantes. © Radio France - Pascale Boucherie

Des violences commises sur Steven Dardenne et Erwan David, 16 et 18 ans à l'époque, le 7 mai 2017 en soirée, à Nantes. "Un lynchage" pour l'avocate générale qui ce matin a demandé des peines de prison allant de 2 à 10 ans à l'encontre des quatre accusés. Ces hommes, âgés aujourd'hui de 23 à 32 ans, sont des sympathisants de l'ultra-droite. Certains ont été membres du GUD, organisation d'extrême-droite. Rappelons qu'un cinquième mis en cause, condamné pour violences par le passé, est mort de manière accidentelle, à l'été 2020. Après les réquisitions de l'avocate générale, les avocats de la défense plaident depuis la fin de matinée.

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Des avocats qui demandent à juger les accusés "pour ce qu'ils ont fait, pas pour ce qu'ils sont"

Le premier à s'avancer à la barre est Me Le Mintier, l'avocat d'un jeune homme jugé pour des violences commises contre Steven Dardenne, la victime la moins atteinte. Il a été demandé 2 ans de prison contre son client. "C'est la haine qui va le mener à être ce petit soldat qui fait qu’il part quand on donne le top départ." Me Le Mintier évoque le sentiment de culpabilité de son client et demande aux jurés de faire la distinction entre les accusés car les rôles ne sont pas les mêmes, mais aussi entre les victimes, rappelant que Steven Dardenne a eu cinq jours d'ITT. "Je ne minimise pas ses blessures, mais elles sont moins graves que celles d'Erwan".

Me Radot défend aussi un garçon poursuivi pour les violences sur Steven et contre qui il a été requis 3 ans. L'avocat rappelle qu'on a voulu faire la politique dans la salle d'audience mais que son client - si, jeune, a été intéressé par l'Action française, mouvement royaliste et nationaliste - n'est pas d'extrême-droite : "pas un tract n'a été retrouvé chez lui, pas une arme (...) il n'est pas bercé par l'ultra violence comme il a pu être dit". Il demande de ne pas retenir la préméditation, circonstance aggravante, car pour lui si le groupe attend les deux jeunes pour les frapper, c'est sur un "coup de sang, loin d'une réflexion froide."

Des avocats qui s'appuient sur des peines prononcées dans d'autres procès

Il demande aussi à la cour d'assises de revenir à une peine "plus juste" citant les 8 mois avec sursis prononcé par le tribunal correctionnel de Nantes pour des faits de violence sur fond de racisme à l'encontre du cinquième accusé, décédé avant ce procès. "Là on vous demande 3 ans. Et pour M.Dardenne, on ne peut pas parler d'ultra violence. Son certificat médical, c'est, Monsieur, on vous donne du Doliprane et c'est tout. Il y a rien", argumente-t-il. A ce moment-là, le jeune Steven avait déjà préféré quitté la salle d'audience.

Juste avant la suspension d'audience, c'est Me Cabioch pour l'accusé jugé pour des violences sur Erwan David, le garçon le plus gravement blessé, qui s'adresse aux jurés. Il a été demandé 8 ans de prison contre son client, qui a déjà un casier. Lui l'affirme, "on ne peut pas nier que cette agression - car c'en est une, il n'y pas d'autre mot - a eu lieu dans un contexte politique, mais ne les jugez pas pour leurs idées politiques, ce qu'ils sont ou ont été, mais pour ce qu'ils ont fait. Vous ne jugez pas quatre extrémistes, quatre fachos, mais quatre accusés." Il rappelle que ce que son client a fait "c'est un seul coup de pied. Un de trop." Un coup de pied dans la tête d'Erwan, qualifié de "pénalty" par l'un des protagonistes.

Comme son confrère Me Radot juste avant, Me Cabioch compare la peine demandée contre son client - 8 ans - à une sanction prononcée dans une autre affaire, en l'occurrence les 5 et 8 ans de prison prononcés à l'encontre des meurtriers de Clément Méric, jeune tué par des skinheads en 2013. "Là, il y avait un mort", se permet-il de souligner. Lui aussi fait le souhait d'une "peine juste".

Me Cabioch demande aux jurés, lors de leur délibéré, de mettre de côté l'infirmité permanente d'Erwan. C'est un élément aggravant mais Me Cabioch souligne que depuis 2018 il n'y a plus eu d'expertise de faite, reprochant au passage à l'avocate générale de ne pas avoir réclamé une nouvelle expertise.

Me Bonneau fait référence à Charles Maurras

Me Pierre-Marie Bonneau est l’avocat de l’accusé qui risque le plus, le plus âgé, à l’encontre de qui il a été requis 10 ans de prison. Un homme qui s’est présenté comme un "identitaire". L’avocat toulousain en début d’intervention a tenu à rappeler ce qu’est le Gud à ses yeux, évoquant à plusieurs reprises l’essayiste nationaliste et antisémiste Charles Maurras. 

Me Bonneau a aussi voulu démontrer que les victimes, "qui sont bel et bien victimes", précise-t-il, ont selon lui "participé de près ou de loin à des violences presqu’aussi inadmissibles et subies avant" par le groupe auquel son client appartenait. Il rappelle que, selon les témoins, son client n’a pas donné de coup, qu’il a même empêché l’un de co-accusé d’utiliser la barre de fer. Pour Me Bonneau, la préméditation ne peut pas être retenue car "quand il prend la direction de Nantes-Ouest il ne pensait pas trouver les victimes. C’est du triste hasard. Cinq personnes, après une soirée frustrante, humiliante, s’apprêtaient à rentrer chez elles, et là coup de sang, on croit reconnaître ceux qui nous ont coursés. C’est quelques centièmes de secondes et la décision idiote, tragique est prise"

Et de poursuivre : "on n’inflige pas 10 ans à quelqu’un parce qu’il a fait peur. C’est un coup de pression, une bonne trouille, pas un massacre, pas un lynchage." Il évoque aussi le cinquième mis en cause, le "fou du GUD" comme surnommé par un confrère dans la matinée, cet homme décédé accidentellement à l’été 2020 . "Cet homme nous a manqués dans ce procès, mais ne le remplaçons pas par mon client. Mon client a commis une seule faute, celle de s’arrêter. Il n'a pas mis de coup" Me Bonneau demande une peine "plus prometteuse d'avenir que destructrice."

Les mots des accusés avant que la cour se retire pour délibérer

Avant que les jurés aillent délibérer, les accusés ont eu, comme c'est l'usage, l'occasion de s'exprimer une dernière fois. Celui qui risque le plus a "demandé à être jugé sur les faits, non pour ses opinions." Un s'est dit "désolé affirmant avoir changé en cinq ans." Les deux autres ont précisé "n'avoir rien à déclarer."

>>>>Peu avant 16h, la cour s'est retirée pour délibérer. Verdict attendu dans la soirée.

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