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Dossier : Nordahl Lelandais

Au procès de Nordahl Lelandais, ce témoignage capital qui renforce les soupçons de la famille Noyer

Ce témoignage a été l'un des moments poignants de cette 3e journée d'audience, le plus capital aussi. C'est celui de Véronique, une ancienne serveuse, la dernière à avoir vu et parlé longuement avec Arthur Noyer, avant qu'il ne monte en voiture avec Nordahl Lelandais et ne soit jamais revu vivant.

Véronique, barmaid, a passé une trentaine de minutes avec Arthur Noyer le soir de sa mort, jusqu'à quelques minutes avant qu'il ne soit pris en stop par Nordahl Lelandais.
Véronique, barmaid, a passé une trentaine de minutes avec Arthur Noyer le soir de sa mort, jusqu'à quelques minutes avant qu'il ne soit pris en stop par Nordahl Lelandais. © Radio France - Valentin Pasquier pour France Bleu

À la barre, Véronique s'exprime d'une voix claire, posée, elle ne se laisse pas impressionner par la cour. Certaine d'elle, de ses souvenirs, de ce qu'elle a vu et dit ce soir là, le 11 avril 2017. 

Elle raconte que, cette nuit là, elle rentrait chez elle quand elle a croisé Arthur Noyer dans la rue au moment où il se fait voler son portable par deux hommes. Elle appelle la police et décide de rester avec lui jusqu'à ce que les forces de l'ordre arrivent. "C’était la proie facile", se justifie-t-elle devant la cour d'assises de la Savoie, "il était bourré, il pouvait pas trop se défendre".

Une "proie facile" incapable de se défendre

À la question du président, Arthur était-il saoul ? Véronique répond : "Oui, clairement, il était ivre. Je le poussais, il tombait ! Il n'avait pas pu s'opposer au vol de son téléphone portable !"

Elle continue : "ça se voyait qu'il était gentil. Même s'il était bourré, il était avenant, drôle. On a même ri sur le fait que ce soit moi, une femme, qui le sauve". Finalement, les deux voleurs rendent le téléphone et, devant la police, Arthur refuse de porter plainte. Les policiers repartent. Véronique reste encore un peu, inquiète qu'il lui arrive autre chose. "Je n'avais pas de voiture, je ne pouvais pas le ramener" regrette-t-elle. En tout, elle aura discuté une bonne trentaine de minutes avec Arthur Noyer.

"Il m'a remercié un nombre de fois incalculable, ça se voyait qu'il était gentil" Véronique, ancienne barmaid, à propos d'Arthur Noyer

La thèse de la bagarre accidentelle mise à mal

Si ce témoignage est aussi capital, c'est qu'il corrobore en tout point le scénario défendu par les parties civiles : celui d'un jeune caporal très éméché, vulnérable et qui devient la proie d'un prédateur. Celui-ci l'a emmené dans un lieu perdu et après, avoir été éconduit, l'a tué dans un accès de colère pense la famille Noyer.

À l'opposé, depuis ses premières déclarations, Nordahl Lelandais a toujours assuré qu'Arthur Noyer avait provoqué la bagarre, que sa mort était accidentelle, qu'il lui avait demandé d'aller à Saint-Baldoph pour retrouver des copains et aller se venger des voleurs de téléphone. D'après l'accusé, en descendant de sa voiture, Arthur Noyer a laissé tomber son téléphone sur le siège et la dispute aurait éclaté quand Nordahl Lelandais aurait voulu le lui rendre. Le jeune caporal l'aurait accusé d'être lui aussi un voleur et envoyé deux coups de poing dans la figure. De ces traces de coups, Nordahl Lelandais n'a jamais pu apporter la preuve, ni par ses amis, croisés en soirée le 13 avril, ni par son médecin traitant qu'il a vu le surlendemain du meurtre.

Or, là, Véronique témoigne qu'Arthur Noyer "titubait", qu'il ne "tenait pas debout", qu'il était "jovial et avait plaisanté avec elle". Le soir de sa mort, le jeune caporal n'était donc ni fâché, ni en état de se battre.

"J'ai parlé plus longtemps que les policiers avec lui, j'ai travaillé 12 ans en discothèque. Je sais reconnaître les gens ivres !"

Ce mercredi, au troisième jour du procès, sentant le danger, l'avocat de l'accusé, Alain Jakubowicz, contre-attaque : les quatre policiers qui ont été appelés par Véronique cette nuit là ont une autre version. Il lit la déposition des policiers qui décrivent un Arthur poli, gentil, mais pas ivre. L'ex serveuse ne se démonte pas. "J'ai parlé plus longtemps avec lui, j'ai travaillé 12 ans en discothèque. Je sais reconnaître les gens ivres !" s'insurge-t-elle. Et un peu plus tard, à notre micro, elle enfonce le clou "Ils l'ont vu sur un laps de temps très court ! Ils sont venus, ils sont intervenus cinq minutes, pas plus. C'est moi qui ai parlé [avec Arthur Noyer] parce qu'il n'était pas forcément en état non plus d'expliquer".

D'ailleurs, quand l'un des policiers appelés ce soir là témoigne à la barre, juste après Véronique, il reconnaît ne pas avoir vérifié le taux d'alcoolémie d'Arthur Noyer, en le faisant marcher par exemple. "Quelle différence faites-vous entre alcoolisé et ivre ?" demande le président. "Ivre, on est énervé. Alcoolisé, on est cohérent. Quand j'interviens, il titube pas, il tombe pas" répond le policier, qui pense avoir passé 15 minutes avec Arthur.

"Non, seulement cinq" précise le président en citant la vidéo surveillance. 

En partant, il m'a fait un baise-main, "je me souviens, ça m’a fait rire !"

Véronique, interviewée par France Bleu à la sortie de la salle raconte encore : "il m'a remercié un nombre de fois incalculable et donc en repartant quand je lui ai dit "Écoute, prend soin de toi", il est venu et il m'a fait un baise-main ! Ça m'a surprise et ça m'a touchée. Je trouve ça trop mignon, ça se voyait qu'il était gentil. Après moi, ça me fait de la peine pour sa famille parce que je me dis, je me mets à leur place, si j'étais les parents, ça serait triste" conclut-elle dans un sanglot.

Les parents Noyer justement, n'ont pas cillé pendant cette journée si intense et si douloureuse. Ils répondront pourtant, avec dignité et gentillesse, au petit signe que Véronique leur fera en quittant la salle. Didier et Cécile Noyer lui envoient un "merci". Son témoignage, précieux pour les parties civiles, pourrait en effet changer le cours du procès. 

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